Hymnes du Temps pascal

Rédigé par Pierre Julien le dans Religion

Hymnes du Temps pascal

Si c’est d’abord dans la nuit pascale, sommet de l’année liturgique, que l’on célèbre la Résurrection du Seigneur, l’Église nous offre de le faire dans un temps que l’on pourrait qualifier de « parfait » puisqu’il dure sept fois sept jours. Durant l’octave elle-même, chaque messe reprend ce verset : « Voici le jour qu’a fait le Seigneur ; passons-le dans l’exultation et une joie débordante » (Ps 117, 24).

En ce temps, la liturgie résonne de mille alléluias, chant d’exultation et d’action de grâces pour la victoire de Jésus sur la mort. Ainsi, dans l’office romain antique, c’est-à-dire tel qu’il était avant la réforme de saint Pie X (1911) – et que l’on retrouve le dimanche dans l’office monastique traditionnel –, il était prévu de reprendre chaque jour de férie les laudes du dimanche in Albis, dont la première antienne est composée de neuf alléluias chantés sur le huitième mode grégorien, traditionnellement qualifié de perfectus, parfait…

Des hymnes éloquentes

Pour la période qui sépare Pâques de l’Ascension, l’ordinaire de l’office comporte des hymnes assez anciennes (Ve-VIe siècle). À l’office de nuit (forme extraordinaire), l’hymne Rex sempiterne Domine retrace l’histoire du Salut. Après l’évocation de l’union éternelle des trois Personnes de la Trinité, l’hymne parle de la Création, de la chute et de la Rédemption : « Par les eaux du baptême, vous (ô Christ) nous avez donné le pardon, alors que nous étions liés par les chaînes de nos forfaits ; vous n’avez pas refusé de porter la Croix pour les hommes, et pour prix de notre Salut, vous avez répandu votre Sang » (trad. Desjardins). Les deux autres hymnes correspondent bien au moment auquel elles sont affectées. À Laudes, au point du jour, l’hymne chante avec lyrisme la sortie du Christ du tombeau : « L’aurore brille de tout son éclat, le Ciel retentit de louanges, le monde exulte d’allégresse, l’enfer qui gémit hurle aussi. Car notre Roi très puissant de la mort a brisé les forces, et, foulant aux pieds les enfers, il libère les malheureux. Lui qui, enfermé sous une pierre et gardé par des soldats, triomphe en noble cortège et surgit victorieux du tombeau. C’en est fait des gémissements et des douleurs de l’enfer, l’Ange resplendissant proclame : “Il est ressuscité, le Seigneur !” » (trad. Le Barroux).

La Pâque des Hébreux

À Vêpres, office du soir, il est question… du dîner. Et c’est l’occasion de revenir à la Pâque des Hébreux : « Conviés au dîner (cenam) de l’Agneau, immaculés, vêtus de blanc, la mer Rouge une fois franchie, chantons le Christ, notre Prince. (…) Protégés, au soir de la Pâque, contre l’Ange exterminateur, nous sommes ainsi affranchis de l’implacable empire de Pharaon. Notre Pâque à nous, c’est le Christ, c’est lui, l’Agneau immolé ; pain azyme de pureté, sa chair nous est offerte » (trad. Le Barroux revue).

Chacune des trois hymnes s’achève, avant la doxologie, par cette prière : « Daignez, Auteur de toutes choses, en cette joie de Pâques, contre tout assaut de la mort défendre votre peuple » (trad. Le Barroux), dont Urbain VIII a modifié ainsi le texte : « Pour être toujours, ô Jésus, la joie pascale de nos âmes, délivrez de la mort cruelle du péché ceux que vous avez fait renaître à la vie » (trad. Labergerie).

C’est une évidence : la résurrection vient après la mort. Ainsi, pour suivre Jésus, tête du Corps qu’est l’Église, la liturgie la fait demander à ses fidèles pendant le Carême : « qu’aidés par (l’)intercession (de la Vierge Marie), nous ressuscitions (resurgamus) de nos péchés » (cf. oraison de l’antienne Ave Regina cælorum).

 

Les textes latins des hymnes sont ceux du Bréviaire Romain, tels qu’ils étaient avant la réforme d’Urbain VIII (1629-1631). Les Bréviaires de certains Ordres religieux les ont conservés tels quels jusqu’à la réforme issue de Vatican II. La traduction est due au chanoine Desjardins (Toulouse, XXe s.).

 

A Matines
(Auteur inconnu, Ve-VIe siècle)

A Laudes
(Auteur inconnu, mais d’une haute antiquité)

A Vêpres
(Auteur inconnu. D’après un hymnologue, l’auteur serait Nicétas de Rémésiana
[Dacie, actuelle Serbie], mort après 414)

 

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