Affaire Gerson : et si on reparlait de la liberté de l’enseignement privé ?

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Politique/Société

Affaire Gerson : et si on reparlait de la liberté de l’enseignement privé ?

« La mission d’inspection n’a pas constaté de risque d’endoctrinement des élèves ou d’atteinte à la liberté de conscience des élèves et des familles. Rien dans les observations de la mission ne justifie une remise en cause du contrat d'association entre l’État et l’établissement ».

L’établissement en question, c’est le lycée Gerson (Paris XVIe), devenu la bête noire de la classe médiatique lorsque, le 14 avril dernier, Europe 1 dénonçait des « dérives intégristes » rapportées par une source restée anonyme… Rien à signaler, donc, selon l’avis du ministère de l’Éducation nationale publié le 8 septembre dernier. Le soufflé retombe brusquement après près de cinq mois d’acharnement médiatique, de communiqués en pagaille, d’inspections diverses et variées.

Au départ de l’affaire, le témoignage d’une lycéenne suite à une intervention d’Alliance Vita sur les problématiques de la Procréation médicalement assistée (PMA), de la Gestation pour autrui (GPA) et de la prévention de l’IVG chez les jeunes. Les intervenants auraient qualifié l’avortement d’homicide volontaire et celles qui y ont recours, de « semi-meurtrières ».

Les mots qui gênent

Qu’est-ce qu’une « semi-meurtrière » par rapport à une meurtrière « normale » ? Quelqu’un qui tue mais pas entièrement ? L’histoire ne le dit pas mais la formulation reste obscure et ne ressemble en tout cas pas à la sémantique habituelle d’Alliance Vita. L’association, qui a notamment développé une antenne d’écoute pour les femmes en difficulté par rapport à l’IVG, sait bien comment choisir les mots justes pour parler de cette terrible réalité.

L’IVG constitue bien un meurtre dans le sein de la mère dès lors qu’il y a enfant dès la conception. Mais être capable de qualifier objectivement cet acte, refuser l’avortement, n’oblige pas à agresser verbalement les femmes qui y ont eu recours, le plus souvent dans des situations très douloureuses. Et cela, Alliance Vita le sait parfaitement, qui écoute, conseille et réconforte chaque année de nombreuses femmes en situation de détresse.

Contre l’intégrisme, la République !

Comme par hasard, quelques heures après la révélation choc d’Europe 1, on apprenait dans la grande presse qu’une grande partie du corps enseignant du lycée Gerson appartenait à… l’Opus Dei ! Le méchant était tout trouvé, l’intrigue pouvait se dérouler sous les yeux offusqués des citoyens français. Bref, un lycée catholique, bourgeois, intégriste, contre l’IVG et dirigé dans l’ombre par l’Opus Dei : les autorités laïques et républicaines se devaient d’agir. Dès le 16 avril, le ministère de l’Éducation nationale diligentait donc une mission d’inspection afin de répondre à la question suivante : dans quelle mesure la séparation entre ce qui relève de l’Éducation nationale et du caractère propre de l’établissement – à savoir la vie scolaire et non les enseignements – est-elle respectée?

Lors des semaines qui suivirent, certains professeurs du lycée Gerson ont expliqué dans la presse que cet établissement connaissait effectivement des « dérives intégristes »… sans véritablement étayer leurs propos. De son côté, Alliance Vita avait fermement démenti les propos qu’on lui prêtait tandis que le rectorat, ayant pris connaissance de l’affaire par la presse, déclarait n’avoir reçu aucune plainte de parents ou de professeurs. La direction du lycée Gerson avait également précisé que l’intervention d’Alliance Vita avait eu lieu dans le cadre des heures de catéchèse. Or ces heures, dites aussi de « Vie scolaire », relèvent de la liberté des établissements privés sous-contrat. Le contrat qui les lie à l’État leur permet de développer leur « caractère propre », en dispensant notamment un enseignement conforme à la doctrine catholique dans le cas des écoles confessionnelles.

Enseignement privé… de liberté ?

Alors que l’enquête diligentée par le ministère n’était pas encore achevée, la région Île-de-France votait la suspension des subventions au lycée en question, lesquelles aides s’élevaient à 73 788 euros. Une décision lourde de conséquences pour l’établissement scolaire qui, privé de moyens financiers, menaçait de fermer ses portes. Le député UMP Valérie Pécresse s’était emparée de l’affaire, avait saisi le préfet et ce dernier avait finalement, en août dernier, contraint le conseil régional de verser au lycée Gerson l’argent qui lui était dû.

L’école a donc pu ouvrir à nouveau ses portes aux élèves pour la rentrée 2014 mais la bataille financière qui s’est greffée à la bataille des idées pose, une fois de plus, la question du statut de l’enseignement privé sous-contrat. Quelle liberté d’enseignement pour des écoles que la moindre entorse à la doxa du ministère de l’Éducation nationale expose à la faillite financière ? Quelle liberté pour des écoles dont l’existence dépend des caisses de l’État ?

Il se trouve que l’intervention d’Alliance Vita à l’origine de l’affaire avait eu lieu durant les heures de catéchèse, ce qui protégeait le lycée, au moins juridiquement, contre l’ire du ministère. Mais plus les années passent, plus les directives officielles liées à l’enseignement entrent en contradiction avec l’enseignement de l’Église, d’une part et contre le bon sens le plus élémentaire et la morale naturelle, d’autre part. Ainsi, une école catholique désireuse de former et d’éduquer des enfants sains (et si possible saints) ne peut plus se contenter d’exercer son caractère propre une ou deux heures par semaine ! C’est l’enseignement en général qui doit être dispensé à la lumière du magistère et de la morale naturelle. Or Najat Vallaud-Belkacem, nouveau ministre de l’Éducation nationale, n’aime pas beaucoup ça…

L’histoire n’est pas terminée

Désormais le lycée Gerson, et Alliance Vita avec eux, ont été blanchis. Une décision inattendue de la part d’un ministère de l’Éducation nationale que l’on sait pour le moins réticent à l’enseignement catholique en général et à tout ce qui pourrait aller contre la doxa de la « santé reproductive » en particulier ! Et Europe 1, si prompte à livrer ses enquêtes en avril dernier, brille aujourd’hui par son silence.

Fin de l’histoire ? Alliance Vita n’entend pas en rester là, comme en témoigne son communiqué du 9 septembre : « Alliance Vita prend acte de la conclusion du ministère de l’Éducation nationale qui reconnaît ne pas avoir “constaté d’atteinte à la liberté de conscience des élèves”, et demande que toute la lumière soit faite sur cette campagne de dénigrement. Pour Tugdual Derville, Délégué général d’Alliance Vita : “La polémique lancée dans les médias en avril 2014 était donc artificielle ; le reconnaître cinq mois plus tard ne suffit pas à réparer le préjudice porté à notre association. C’est pourquoi, dans la logique de la plainte que nous avons déposée dès le lancement de ces accusations mensongères, nous demandons que la vérité soit faite sur cette campagne de dénigrement : qui l’a lancée ? avec quels moyens ? dans quel but ? (…)”. Alliance Vita rappelle que la plainte qu’elle a déposée est en cours d’instruction auprès du tribunal de grande instance de Paris. »

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