Facebook, Apple, les femmes et les ovocytes

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Politique/Société

Facebook, Apple, les femmes et les ovocytes

NBC News l’a révélé ce 14 octobre : les deux multinationales Facebook et Apple entendent favoriser la congélation d’ovocytes de leurs salariées afin qu’elles puissent différer leur grossesse sans sacrifier leur carrière. Les deux sociétés sont ainsi prêtes à financer cette coûteuse opération de conservation des gamètes à hauteur de 20 000 $ par femme, le système étant déjà mis en place chez Facebook et prévu pour janvier chez Apple. Il s’agit, au motif de l’égalité entre homme et femme au travail, du droit de celle-ci à disposer de son corps et du progrès de la science, de libérer la femme du joug de l’« horloge biologique », cette disposition naturelle qui fait que la fertilité de la femme s’amenuise avec le temps pour s’arrêter complètement autour de 40 ans. Hélas, l’horloge biologique n’est pas l’horloge capitaliste…

Un rêve d’égalité

Les femmes, que les puissants de ce monde veulent à tout prix « libérer », pourront donc se consacrer corps et âme au travail, au sens propre du terme. La direction des ressources humaines des entreprises s’invite dans la vie familiale, l’enfant devient un projet entre le père, la mère… et l’employeur.

« Vous n’aurez pas à choisir entre votre carrière et votre vie de famille, vous pourrez travailler comme un homme », c’est le message adressé aux salariées, à qui l’on fait miroiter le rêve de l’égalité homme-femme. Un rêve qui n’a pourtant plus aucun sens dans la mesure où tout est fait pour ôter à la femme ce qui fait sa spécificité. La femme est dématérialisée, considérée comme un individu asexué, jusqu’à constituer finalement un moyen efficace de rentabilité économique. Avant d’être une machine à fabriquer des enfants, elle est priée d’être une machine à faire de l’argent.

Un choix libre ?

« Il faut offrir cette possibilité à des jeunes femmes qui, en toute connaissance de cause, font leurs calculs, risque contre risque, et choisissent cela en étant informées », commente le professeur René Frydman. Voilà qui devrait consoler tous ceux que la gestion des ressources humaines façon Apple ou Facebook chagrine : les femmes ont le choix ! L’offre de financement de conservation des ovocytes n’est pas obligatoire… En tout cas pas officiellement. Officieusement, le discours tenu à propos des femmes qui interrompent leur carrière pour mettre au monde et élever leur enfant est souvent très culpabilisant : elles « sacrifient » leur travail, coûtent cher à l’entreprise, sont un poids pour l’employeur qui doit les remplacer… Bref, ce sont des entreprises « pro-choix ». Et le terme est choisi à dessein car la dualité entre le discours de ces grands patrons et la réalité de leur gestion de l’entreprise ressemble fort à celle du lobby pro-avortement, notamment à celle du Planning familial. Ce puissant organisme n’a que les termes de choix et de liberté à la bouche et pourtant, lorsqu’une femme s’y présente, enceinte et ne sachant que faire de l’enfant qu’elle porte, on ne lui présente comme seule option possible que l’avortement. Si d’aventure elle voulait garder le bébé, alors elle serait priée de rebrousser chemin et d’aller se plaindre ailleurs.

De l’humain à la technique

Facebook et Apple ont le sens de l’efficacité, c’est le moins que l’on puisse dire. Il est plus facile, en effet, de s’occuper des employés en faisant des chèques qu’en développant un accompagnement vraiment humain. « Le but est alors bien de simplifier l'être humain, de le dématérialiser, de le désindividualiser, au nom de cette simplification rendue possible par la technologie moderne. L'homme est ainsi peu à peu sacrifié à l'argent, à l'entreprise, au capitalisme, nouvelles religions du monde », commente le philosophe Bertrand Vergely. Dans quelques années sans doute, lorsque la science offrira cette possibilité, ces multinationales financeront pour leurs employées la gestation par utérus artificiel. Alors les femmes pourront congeler leurs gamètes vers 30 ans, travailler dur jusqu’à la retraite puis, la retraite venue, confier aux médecins le soin de fabriquer leur enfant à qui elles expliqueront qu’elles l’ont conservé en pièces détachées des années durant dans une cuve d’azote liquide pour faire carrière tranquillement. Ce sont les femmes « libres » de demain… Ce sont les esclaves idéales de la société de consommation.

« Et si on se congelait tous un moment, histoire de laisser les autres formes du vivant souffler un peu et de laisser Dieu un peu tranquille pour réfléchir à la suite de l’histoire ? », réagit, consterné, un internaute.

 

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