Retour sur l'inauguration de la statue de Jean-Paul II à Paris

Rédigé par Thaddée Grzesiak le dans Religion

Retour sur l'inauguration de la statue de Jean-Paul II à Paris

Le samedi 25 octobre dernier, une statue représentant saint Jean-Paul II était inaugurée par plusieurs personnalités religieuses et politiques (Pour en savoir plus sur ce saint pape, vous pouvez commander notre hors-série qui lui est consacré). Cet événement n'a pas laissé insensible les Polonais présents en France. Retour sur une cérémonie aux larges répercussions. 

 

Paris aux couleurs de la Pologne

Par un temps radieux, ce samedi 25 octobre, une foule joyeuse sortait de la cathédrale Notre Dame de Paris pour se rendre dans le square Jean XXIII, situé entre la cathédrale et la Seine, en passant par le parvis Jean-Paul II, proche du point zéro d’où sont calculées toutes les distances à partir de la capitale.  

La messe débutée à 10h 30 venait de se terminer ; chose étonnante beaucoup de fidèles parlaient polonais et de nombreux enfants portaient des costumes folkloriques. La cérémonie avait été présidée par le Cardinal André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, avec, à ses côtés, Mgr Marek Jedraszewski, Archevêque Métropolite de Lodz, Mgr Wieslaw Lechowicz délégué de la Conférence épiscopale, chargé des questions de l’émigration polonaise, Mgr Stanislas Jez, Recteur de la Mission Catholique Polonaise en France, Mgr Milandou, évêque de Brazzaville et deux cent prêtres, dans une nef archi-comble.

Quel événement avait donc rassemblé une telle foule ? C’était la conclusion d’un chemin de croix de près de quatre ans, qui pourrait se résumer ainsi : comment diable installer une statue de Jean-Paul II à Paris ?

Il était une fois…

Il était une fois le Directeur des Beaux-Arts de Moscou, le russo-géorgien Zourab Tsereteli, qui, pour témoigner son admiration à « ce pape polonais qui a permis à des millions d’hommes de retrouver leur liberté », réalisa une imposante sculpture en cuivre de 3,5 mètres de haut et pesant 1, 5 tonne, représentant Jean-Paul II en prière, debout, les mains jointes, et vêtu d’une ample chasuble.

En 2011 cette œuvre, débarqua à la Mission catholique polonaise de Paris, rue St Honoré, et M. Paul Kostka de Sztemberg membre du Conseil de l’association « Concorde» fut mandaté pour négocier, avec les Autorités de Paris, l’installation de la statue devant l’église Notre Dame de l’Assomption - dédiée à la Mission depuis 1844 - et sise place Maurice Barrès (1er arrondissement). 

En 2013, au terme de deux années de réflexion, les Bâtiments de France furent au regret de signaler que c’était chose impossible car cette œuvre d’art « trop lourde, trop grande, trop moderne » ne pouvait prétendre orner la place et jurait avec la façade classique de l’église.

Divers lieux furent proposés, comme le Champ de Mars, où le Pape avait réuni beaucoup de jeunes et d’adultes lors des JMJ (Journées Mondiales de la Jeunesse) de 1997, mais « le Champ de Mars, lié aux Etats généraux de la Révolution française » fut jugé incompatible avec un mémorial clérical.

L’entrée de l’UNESCO, place de Fontenoy, où le pape prononça le fameux discours de 1980, fut proposée, sans succès, et, début 2014, la Direction des espaces verts de la ville de Paris s’opposa à son tour à l’installation d’un monument dans le square Jean XXIII, pour une évidente « question de sécurité ».

Une station à la Visitation

Pendant ce temps la statue reposait rue Denfert Rochereau, (XIV arrondissement) dans le couvent des Sœurs de la Visitation, fort bien nommées d’ailleurs, car à partir de 2012, la statue y reçu la visite d’innombrables visiteurs.

Bien sûr, au fil des ans, certains suspectèrent la bonne volonté du maire de Paris, mais cette insinuation fut rejetée avec indignation du fait que Bertrand Delanoé, lui-même, avait accepté en 2006, de baptiser le parvis de Notre Dame de Paris « parvis Jean-Paul II ». Quoiqu’il en soit Madame Anne Hidalgo lui succéda à la Mairie de Paris, en avril 2014, et l’autorisation tant attendue fut accordée au printemps. L’architecte des Monuments Historiques fit part de son accord, la Mairie contacta le  Service des espaces verts, qui s’adressa à la Préfecture, et celle-ci délivra l’autorisation d’installer « un objet d’art » dans un lieu public.

Un retard providentiel

En effet, la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat stipule qu’ « il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit ». Une chose est sûre tous les frais ont été supporté par la Mission Catholique Polonaise ainsi que le rappelle Mgr Stanislas Jez, sans oublier, bien évidemment le don de l’artiste, M. Zourab Tsereteli, estimé à 300 000 euros. Cette estimation, qui ne prend en compte que le prix des matériaux, du transport et du temps passé,  est évidemment dérisoire pour une œuvre d’art de cette qualité.

Mgr Patrick Jacquin, Recteur et archiprêtre de Notre Dame de Paris, constata, qu’après tout, les retards cumulés furent providentiels, car, le mois d’avril 2014, qui vit l’élection de Mme Hidalgo à la Mairie de paris, fut aussi celui de la canonisation de Jean-Paul et du bon pape Jean XXIII. Allez comprendre quelque chose aux desseins de la Providence !

Une mémorable inauguration :

Jean XXIII accueille Jean-Paul II, chez lui, au chevet de la cathédrale. Après avoir franchi les grilles, gardées par la police et des commandos en armes, une foule filtrée pénétra dans le square Jean XXIII. En tête de cortège on pouvait reconnaître, outre les Eminences déjà citées, Madame Anne Hidalgo, puis, M. Zourab Tsereteli, M. Paul Kostka de Sztemberg, M. Edouard Balladur, le Prince Henri, Comte de Paris, les familiers de la Mairie de Paris et de la Mission. Vite rejoints par Mme Agnieszka Kucinska, Consule Générale de Pologne à Paris, en l’absence de S.E. M. Tomasz Orlowski, Ambassadeur de Pologne, rappelé en août à Varsovie, pour y être chargé d’importantes responsabilités. Les chorales polonaises, les jeunes de la Polonia (communauté polonaise) en costumes folkloriques, les scouts, les Anciens combattants, les porte-drapeaux et porte-bannières, apportaient une note vivante, musicale, colorée. 

Le dévoilement de la statue, recouverte d’un voile blanc, eut lieu en un clin d’œil, par les soins de Mgr Vingt-Trois et de Zourab Tsereteli. Présentées par M. l’abbé Christian Gawron, Vice-recteur de la Mission catholique polonaise, les personnalités se succédèrent au micro pour les discours rituels.

Pour le Cardinal Vingt-Trois :

Chacun de nous porte en lui l’image de Jean-Paul II, chacun se souvient des foules qui l’entouraient lors de ses innombrables voyages, lorsqu’il célébrait une messe. Lorsqu’on le voyait, bien droit, le visage concentré, comme aujourd’hui, il émanait de sa personne une telle qualité de prière intérieure, que bien peu de rassemblements parviennent au degré de silence et de recueillement qu’il parvenait à susciter.

 Le Cardinal remarqua aussi le subtil et très ressemblant sourire malicieux voltigeant sur les lèvres du Jean-Paul II de Tsereteli.

Selon Mgr Jedraszewski :

Sans faire référence à St Jean-Paul II, il est impossible de comprendre les changements survenus dans l’Eglise et les bouleversements historiques du siècle dernier et des débuts du XXIème. […] L’île de la Cité est un lieu de mémoire exceptionnel, pour Paris, la France, l’Europe, c’est une mémoire inscrite dans la pierre, je citerais Notre Dame de Paris, la Sainte Chapelle. J’aimerais également citer le Point Zéro, si proche de la cathédrale, d’où sont calculées toutes les distances qui séparent Paris de la France et du monde : ce n’est pas seulement aux kilomètres que nous devons penser, mais aussi à la distance spirituelle, affective, historique, qui nous rattache au cœur de cette cité, liée à Clovis et à St Louis. Cette proximité du christianisme on ne pourra pas l’effacer […] St Jean Paul II est particulièrement attaché à la France où il s’est rendu 7 fois en voyage apostolique, j’en rappellerais quatre temps forts :

– Celui du 1 juin 1980, au Bourget, lors duquel, en faisant référence au « Martyroligium Romanum – le Martyrologe Romain » et aux martyurs de la Lutèce des Parisiens, il s’écria : « France qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? »
– Celui du 2 juin 1980, au siège de l’Unesco où il a prononcé un discours inoubliable, sur la dignité des hommes appelés à s’épanouir, grâce à la culture de leur nation.
– Celui de 1997, lors des Journées Mondiales de la Jeunesse - JMJ et de son appel à la jeunesse, mais aussi à nous tous : « Allez avec le Christ par les routes du monde ! »
– Celui du 15 août 2004, lorsqu’à bout de forces, à Lourdes il a dit : « Soyez des femmes et des hommes libres. Défendez votre liberté ! »[…]

Ce monument de Jean-Paul II renforcera encore ces liens, en ce lieu fréquenté par 7 millions de touristes chaque année.

Mgr Jedraszewski rappela qu’une autre statue, dédiée à Jean-Paul II, se trouve sur le sol français, depuis 2008, dans l’enceinte de la Maison d’accueil « Bellevue » de la Mission catholique polonaise, route de Bartrès à Lourdes. Elle est l’œuvre de M. Czeslaw Dzwigala.

De son côté, Madame Anne Hidalgo, Maire de Paris, déclara :

 Je suis heureuse de voir aboutir ce magnifique projet car je suis le maire de tous les parisiens, et par conséquent des parisiens catholiques. Il est vrai que la capitale est connue pour son caractère frondeur et par ses manifestations, nous aimons la discussion, les débats, mais nous formons une seule communauté unie par les valeurs de tolérance et de laïcité. La cérémonie d’aujourd’hui en témoigne. 

L’allusion aux « Manifs pour Tous » ayant traversé Paris en tous sens, de 2012 à 2014, fit sourire l’assistance.

Pour M. Zurab Tsereteli :

Je suis plein d’admiration pour ce pape polonais qui, par son action, a rendu la dignité humaine à des millions d’hommes et de femmes, et ceci, au plan universel. Cela a concerné non seulement les pays de l’Est, où, sous la chape d’un régime totalitaire, les gens étaient privés de leur personnalité et de la possibilité de dire ce qu’ils pensaient, mais aussi tous les opprimés des pays qu’il visitait. Le Pape par ses mots très forts, prononcés au moment de son investiture : « N’ayez pas peur » s’est adressé aux gens qui se sentaient oppressés, et ils l’ont entendu comme un appel : « N’ayez pas peur, montrez que vous existez. 

La statue elle-même

De l’avis général elle est très ressemblante à Jean-Paul II. L’artiste a réussi le plus difficile, comme l’a souligné le Cardinal Vingt-Trois, traduire un jeu de physionomie familier au Saint Père : un mélange d’autorité, de bonhomie, et de malice. Sur trois faces du socle du monument furent gravées les inscriptions suivantes. Sur la face frontale :

Saint Jean-Paul II, 18-05-1920  Wadowice Pologne, + 02-04-2005 Vatican

  « Frères et sœurs, n’ayez pas peur d’accueillir le Christ !  N’ayez pas peur ! Ouvrez, ouvrez toutes grandes les portes au Christ ! A sa puissance salvatrice, le Christ sait ce qu’il y a dans l’homme ! Et lui seul le sait !»

Extrait de l’homélie de St Jean-Paul II, place St Pierre, 220 octobre 1978

A noter que le Cardinal Vingt-Trois préféra cette inscription au célèbre « France qu’as-tu fait des promesses de ton baptême ? », proféré au Bourget, le 1er juin 1980, par Jean –Paul II, et qui fut d’abord proposé.

Sur la face latérale  gauche :

« Non à la guerre ! Elle n’est jamais une fatalité. Elle est toujours une défaite de l’humanité. »

Extrait du discours de St Jean-Paul II, St Siège, 13 janvier 2003

Sur la face latérale  droite :

 « Il n’y a pas de paix sans justice, il n’y a pas de justice sans pardon. »

Extrait de l’homélie de St Jean-Paul II, Rome, 1 janvier 2002.

Des tivolis attendaient les participants à l’inauguration pour le traditionnel cocktail, la vie de tous les jours a reprenait son cours, tandis que sur l’esplanade de Notre Dame les touristes allaient et venaient au soleil. Un verre de bière Zywiec dans une main, et de charcuterie dans l’autre, les convives notèrent qu’un miracle supplémentaire, venait de se produire : celui de la réconciliation russo-polonaise en pleine crise ukrainienne :

Un Russe de Moscou venait d’offrir à la Communauté polonaise de Paris un exceptionnel témoignage d’amitié et celle-là le lui rendait bien.

« Là où il y a la guerre, que je mette l’amour ». Cette prière de saint François convenait bien à ce jour là. Merci Seigneur de nous avoir donné un tel pape. Alleluia !

 

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