Nouvelle traduction du Lectionnaire liturgique :
de la traduction à la réduction ?

Rédigé par Abbé Michel-Jean Pillet le dans Religion

Nouvelle traduction du Lectionnaire liturgique : <br />de la traduction à la réduction ?

Une « nouvelle traduction officielle liturgique intégrale » de la Bible. Rome (la Congrégation pour le Culte divin) et nos évêques l’avaient souhaitée et ils l’ont promulguée. En exécutants dociles et confiants, les communautés et les paroisses se procurent les nouvelles éditions pour le Lectionnaire des dimanches et pour celui de la semaine : des volumes coûteux, mais rien n’est trop beau pour la sainte liturgie… et bien souvent, reconnaissons-le, ce n’est pas du luxe, compte tenu de l’état de délabrement, dans nos sacristies, de bien des lectionnaires usés qui n’ont pas été remplacés depuis la réforme liturgique. Du coup, cette nouvelle présentation du texte biblique attire l’attention du lecteur et de l’auditeur, qui sont amenés, spontanément, à mettre en parallèle et à comparer la nouvelle traduction avec l’ancienne, que nos assemblées avaient progressivement mémorisée depuis des décennies.

Il est évident qu’aucune traduction n’est infaillible et ne peut prétendre rendre parfaitement le texte source, en hébreu ou en grec, souvent plus riche et plus dense que sa traduction en français. Et l’on peut toujours discuter sur des variantes sans importance (1) : la tâche des traducteurs n’est pas facile, qui doivent tenir compte et du sens littéral et du génie propre de la langue française orale. Cependant, après déjà une expérimentation de plusieurs mois, on ne peut pas ne pas buter et s’interroger sur certaines traductions qui apparaissent comme des réductions. Je n’en donnerai que deux exemples qui sont assez flagrants.

La « Maison » qui est le « Temple »

Le mardi de la quatrième semaine de Carême, la liturgie nous offre la magnifique vision d’Ézéchiel (47) qui voit jaillir du côté droit du Temple l’eau vive qui fait fleurir le désert et assainit les eaux de la mer Morte. Préfiguration de Jésus Lui-même qui se présente comme le Temple nouveau (Jn 2, 19-21) d’où jaillit l’eau vive du salut (Jn 4, 10 ; 7, 38 ; 19, 34 ; Ap. 22, 1). Dans la traduction nouvelle, à quatre reprises, au lieu de « Temple », le texte se contente de parler de « Maison ».

On objectera que l’hébreu n’est pas plus explicite et emploie bien ce simple terme de maison. Mais dans les chapitres précédents, il n’est question que de « Maison du Seigneur », de « Sanctuaire » où le culte divin est célébré : il est clair que, pour Ezéchiel, il s’agit bien du Temple qui est à Jérusalem, et pas de n’importe quelle maison… Pour les hommes de la Bible, les bédouins du désert, résidant sous des tentes ou habitant des maisons troglodytes, la « Maison » ne pouvait être que celle d’un prince ou désigner le Temple de Dieu.

Cela n’est plus du tout évident pour l’auditeur de la nouvelle traduction. Or, que l’on consulte la Bible de Jérusalem, la Bible des Peuples ou encore la TOB, toutes ces traductions prennent soin de préférer le terme « Temple » à celui de « Maison », pour bien conduire le lecteur dans la juste interprétation du texte dans son contexte. La nouvelle traduction nous prive de cette « clef » et du coup nous empêche d’ouvrir les portes des riches citations parallèles du Nouveau Testament évoquées plus haut.

« En ce temps-là » qui est « l’Heure où Jésus passait de ce monde à son Père »

Dans son Évangile, saint Jean introduit le Triduum Pascal (chap. 13 à 21) par cette ouverture solennelle : « Avant la fête de la Pâque, sachant que l’heure était venue pour Lui de passer de ce monde à son Père, Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout ». Or, depuis le vendredi de la quatrième semaine de Pâques jusqu’au jeudi de la septième semaine – pas moins de dix-sept jours de suite, hormis l’Ascension –, la liturgie nous donne à entendre l’Évangile selon saint Jean, introduit chaque fois par ce verset (du moins jusqu’à présent dans l’ancien lectionnaire) : « A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, Il disait à ses disciples »… Rappel johannique quotidien, en ce temps pascal, de cette « heure » capitale où le Sauveur va livrer sa vie pour nous faire « passer » avec Lui à la vraie Vie. Et du coup, nous recevions vraiment l’évangile du jour comme faisant partie des derniers enseignements du Seigneur et annonçant déjà les fruits de sa Passion. La même glose introductive, on la retrouvait, dans les trois années A, B et C, pour les évangiles (toujours selon saint Jean) des cinquième, sixième et septième dimanches de Pâques !

J’ai consulté le missel anté-conciliaire que j’avais reçu à ma profession de foi et qui m’a accompagné quelques années, jusqu’à la réforme : la traduction française du récurrent « In illo tempore » prenait déjà soin de préciser et de circonstancier : « Dans le discours après la Cène » ou encore « Au soir du Jeudi saint »… Hélas, la nouvelle traduction ne prend plus cette peine : elle se contente d’une formule on ne peut plus banale et passe-partout : « En ce temps-là »… qui nous fait perdre de vue la densité poignante de ce moment unique où les Apôtres, au terme du dernier repas, recueillent le testament d’amour du Maître et l’annonce prophétique de sa Résurrection et du don de l’Esprit. J’aimerais bien savoir quel exégète éclairé est passé par là pour mettre en doute ce cadre spatio-temporel où s’inscrivent ces propos du Seigneur… 

Pour ma part, et je ne suis pas le seul, je vois là un réel appauvrissement et une amputation que je déplore vraiment. Car toute traduction de l’Écriture doit s’inscrire dans la tradition dans laquelle l’Église l’a toujours reçue et interprétée. Déjà la traduction française de la liturgie eucharistique, par certaines insuffisances ou inexactitudes, a posé depuis longtemps des questions qui n’ont toujours pas trouvé de réponses (2). Il est à craindre que la « nouvelle traduction officielle » du Lectionnaire apporte parfois, aux prédicateurs comme aux fidèles, plus de difficultés qu’un réel profit.

 

  1. Etait-il bien utile et nécessaire de changer des formulations dans des passages qui, depuis longtemps, étaient déjà bien mémorisés par les fidèles comme par les prédicateurs ?

  2. Cette traduction du missel doit être elle aussi revue et corrigée.

 

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2 commentaires

Par Berna, le

Cela fait partie du plan de destruction de la liturgie romaine, du sacerdoce, de l'Eglise Catholique : le traducteur a-t-il seulement la foi en Dieu ??
Est-il chrétien ? catholique ?
C'est tellement impensable et énorme qu'il est difficile pour beaucoup d'admettre que cet amoindrissement du texte, amènera à un amoindrissement de la foi en Dieu.
Ainsi, les obstacles levés, la religion universelle, sans le Christ, verra le jour et triomphera, pour la perte de nos âmes...

Par Jocelyne, le

Changer tous les termes et donner un autre sens me fait penser à toutes "ces réformes"tous ces changements de moeurs dont certains font allusion. J'ai le sentiment que c'est urgent et que l'Eglise doit évoluer comme le monde évolue. On constate que l'ordinaire de la messe n'est plus exact : rares sont les fois où les chorales disent Saint,Saint,Saint ;c'est devenu "Hosanna,hosanna,au plus haut des cieux etc.." le moment de la paix, " tout le monde prend des nouvelles et c'est le capharnaüm: la paix elle aura ton visage,la paix elle aura tous les âges, la paix sera toi sera moi etc.." le Gloria: est un chant de louange laissant entendre une ou deux fois le mot gloire, le Kyrié : Prends pitié de tout homme pécheur,Tu sais de quoi nous sommes pétris ... Après la célébration, c'est le marché car tout le monde reste pour parler de ses "affaires". Je suis peut être hors sujet mais je souffre de toutes ces modifications et de ce non respect de la liturgie. J'espère que notre Eglise catholique pour plaire au monde ne donnera pas de "petite bénédiction "comme on entend pour les unions illégitimes ou mariage pour les personnes du même sexe !