Le musée de la Visitation expose 400 ans d'histoire. Entretien avec Jean Foisselon

Rédigé par Clémence Gidoin le dans Culture

Le musée de la Visitation expose 400 ans d'histoire. Entretien avec Jean Foisselon
Jean Foisselon, co-comissaire de l'exposition

Entretien avec Jean Foisselon, co-commissaire de l’exposition du musée de la Visitation
Propos recueillis par Clémence Gidoin

Comme chaque année, le musée qui fait la fierté de Moulins revisite ses collections et présente un évènement de taille, qui permet aux visiteurs de découvrir une nouvelle facette des monastères de la Visitation. L’exposition de 2015 retrace leur naissance et leur évolution, au travers de centaines d’objets inédits.

L'exposition «Nous, visitandines de Moulins» a commencé le 2 mai : pourquoi ce thème ?

Gérard Picaud, fondateur et administrateur du musée de la Visitation, et moi-même voulions faire découvrir aux locaux et aux visiteurs extérieurs la vie de ces jeunes filles qui ont tout quitté pour se consacrer à Dieu : la vie du monastère de la Visitation rayonne depuis 400 ans sur la ville, les religieuses la servaient, elles étaient comme un poumon spirituel. Bien qu’elles soient cloîtrées, elles entretenaient des liens très forts avec les habitants ; leurs familles étaient sur place pour la plupart et étaient bien souvent des mécènes. Le clergé est très attaché à leur histoire. En fouillant dans les archives, nous avons pu exposer la vie quotidienne de 650 religieuses à travers des objets intimes et simples, des photos, des plans, des broderies, des instruments,... Certaines pièces sont extraordinaires, il y a des objets d'apparat offerts par des bienfaiteurs, par exemple par la duchesse de Montmorency, ou les descendants de Nicolas Fouquet.

Pouvez-vous retracer l’histoire du musée ?

L’histoire du musée constitue une aventure qui a commencé en 1991 : la Visitation de Moulins devait fermer et les sœurs ont demandé à Gérard Picaud, un jeune homme de la ville, de conserver un souvenir de la présence de leur monastère dans la capitale du Bourbonnais depuis 1616. Au début il n’y avait que deux petites salles, et au fur et à mesure les sœurs nous ont fait confiance, et le musée est devenu de plus en plus connu à l’étranger, car l'ordre de la Visitation est présent partout dans le monde. Aujourd’hui il y a deux bâtiments, et une réserve de 11 000 objets. Nous sommes la vitrine des religieuses, qui ont voulu sauver et faire connaître leur histoire : toute l’année et à chaque exposition les visiteurs peuvent découvrir leur vie, leurs règles. Ce n’est pas qu’un musée, il y a une véritable dimension humaine ; les objets ont une âme, ils sont dans leur écrin à Moulins.

Comment se fait-il que le patrimoine artistique de l’Ordre de la Visitation soit aussi riche ?

Les sœurs ont eu le désir de rassembler leur histoire en un seul lieu : ce n’est pas la richesse qui est unique, c’est leur démarche, leur volonté de se faire connaître. Mais elles sont très humbles, elles n’ont pas cherché à accroître leur patrimoine, ni à sauver leurs possessions au moment de la Révolution ; ce sont surtout des travaux manuels. Si l’ensemble est exceptionnel et sans équivalent, ce n’est pas tant grâce à une spécificité matérielle que grâce à leur volonté de «mettre ensemble», de garder un souvenir.

Vous organisez une exposition chaque année : quel est le bénéfice pour votre musée?

Les expositions présentent de nombreux avantages ; comme je vous le disais, nous avons 11 000 objets en gestion, mais pas plus de 850 sont visibles en temps normal. C’est donc pour nous l’occasion de présenter les réserves, qui sont souvent plus fragiles. C’est aussi une manière de se focaliser sur un thème particulier, avec une scénographie attractive, parfois des aspects techniques, ou plutôt spirituels : cela permet au musée de se renouveler. Cette année nous avons mis l’accent sur le côté historique de la Visitation. Bien sûr l’exposition est organisée aussi pour continuer à attirer des visiteurs et être mieux connu : nous sommes une petite association, avec très peu de moyens en matière de publicité. Je pense que nous avons encore une très grande marge de progression au vu de la qualité des objets, surtout textiles. Et l’exposition met en avant la ville entière, trop méconnue, qui a beaucoup à offrir culturellement. Aujourd’hui on préfère la consommation rapide, alors le côté évènementiel attire : durant la saison touristique le nombre de visiteurs est multiplié par cinq ! 

Quelles sont vos plus belles pièces et d’où viennent-elles ?

Pour cette exposition nous avons un ensemble de vêtements liturgiques italiens brodés, comprenant chasubles, dalmatiques et accessoires,... qui datent de la fin du XVIIème siècle ; elles sont absolument magnifiques, et d’autant plus extraordinaires qu’il n’existe que très peu d’ensembles équivalents en France ayant échappé aux destructions de la Révolution.
L’autre pièce remarquable est un meuble chinoisant, très baroque ; il fut commandé  par le maréchal de Belle-Isle pour sa sœur qui était supérieure de la Visitation de Moulins. Il était utilisé dans la chapelle pour présenter les reliquaires, c’était une vitrine d'apparat. Il appartient à la ville et est classé au patrimoine historique. Ce sont vraiment les deux objets phares que l’on peut découvrir. Mais ce qui impressionne aussi beaucoup les visiteurs, ce sont les photos qui témoignent de la vie des religieuses ; il y en a une par exemple où elles montent toutes dans un camion bâché pour aller voter pour la première fois en mars 1945, d’autres où elles font des travaux. On ne les imagine pas comme ça ! 

Musée de la Visitation de Moulins

 

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