Jean Soubrier présente son livre « La vie morale, une bonne nouvelle »

Rédigé par Agathe du Boullay le dans Culture

Jean Soubrier présente son livre « La vie morale, une bonne nouvelle »

Entretien avec Jean Soubrier, président de l’Institut Politique Léon Harmel.
Propos recueillis par Agathe du Boullay

Répondant à la demande de Benoît XVI d’approfondir l’anthropologie de la relation, Jean Soubrier publie aux Éditions de l’Homme Nouveau, La vie morale, une bonne nouvelle, essai nourri de l’enseignement des Pères de l’Église. Il propose une vision de l’homme où la relation à l’autre doit être en communion, à l’image même de l’amour trinitaire.

En quoi votre essai est-il une « bonne nouvelle » ?

C’est la vie morale envisagée sous l’angle d’une anthropologie de la relation qui est une bonne nouvelle. De prime abord, une bonne nouvelle a toujours une dimension évangélique, donc la vie morale, c’est le Royaume qui avance. D’autre part, cette morale est repensée, reconstruite afin de montrer que ce n’est pas une morale de l’obligation mais une morale de l’accomplissement de la personne par les autres, dans l’idée que le frère est un sacrement.

Pouvez-vous nous expliquer ce que vous entendez par « anthropologie de la relation » ?

C’est nous qui l’avons baptisée « anthropologie de la relation » dans ce livre, pour la distinguer de l’anthropologie habituelle. C’est une proposition que Joseph Ratzinger a faite dans les années 1960. Cette anthropologie est un point de vue de théologien qui fonctionne à partir d’une analogie à la Personne du Christ, c’est-à-dire que l’on pense la personne humaine par analogie au Christ. Ratzinger commence par reprendre Boèce et Thomas d’Aquin et constate qu’il y a déjà une vision pertinente de la personne au travers des notions de substance et de subsistance. Mais il en donne une expression plus accomplie : elle n’est pas qu’une « substance individuée de nature rationnelle » (définition de Boèce) mais l’unité d’une substance comme nature humaine et d’une subsistance d’un sujet qui est relation. Sur ce point, le concept de personne est nouveau : la personne n’est plus un être de relation mais est relation.

Quelle est votre conception du lien entre la personne et la communauté ?

Le mot lien pose un problème mais il est éclairant en ce sens que la conception actuelle de la relation (accident) est simplement un lien interpersonnel. En réalité, nous pouvons penser les relations humaines autrement. Actuellement, le lien est considéré comme extérieur aux individus : c’est une appartenance, le contrat, la loi, la constitution, etc. Ce n’est pas une réalité anthropologique. Dans la conception de Joseph Ratzinger, la relation est une dynamique du sujet. De sorte que l’ensemble des dynamiques réalise une circulation ou une communion entre les personnes qui est constitutive de communauté. Comprendre cela en théologie aide à le penser en philosophie. Benoît XVI, dans Caritas in veritate, dit à propos de la relation interpersonnelle avec Dieu : « Une telle pensée nous oblige à approfondir de manière critique et sur le plan des valeurs la catégorie de la relation. Un tel effort ne peut être mené par les seules sciences sociales car il requiert l’apport de savoirs tels que la métaphysique et la théologie pour comprendre de façon éclairée la dignité transcendante de l’homme ». La dignité transcendante de l’homme suppose bien que l’on parte d’une analogie à la Personne du Christ. La réflexion ne se situe pas seulement en théologie mais aussi en métaphysique et donc en philosophie.

Dans quelle mesure vous inscrivez-vous dans la continuité de Benoît XVI ?

Nous ne pensons pas avoir interprété sa pensée mais avoir tiré de sa position anthropologique une analyse que l’on puisse transformer en pédagogie. L’apport de ce travail est de dire pourquoi cet être n’est pas un être de relation mais un être relation. Nous sommes partis de cette dynamique de la respiration au sens où chacun d’entre nous est à la fois émissivité et réceptivité. La dynamique relationnelle est semblable. C’est un mouvement continu où l’on reçoit l’autre et où l’on émet de sa propre subsistance ; et de même que la respiration régénère notre sang, cette dynamique relationnelle de sujet à sujet nous engendre et nous nous engendrons les uns les autres.

Quelle est la différence entre un être de relation et un être relationnel ? La personne est-elle un bien indépendamment de ses relations ?

En philosophie réaliste, il y a la notion « d’incommunicabilité de l’être ». Or nous faisons l’expérience que nous ne sommes pas des monades. Cette idée de la personne comme une monade est terrifiante parce que notre vie relationnelle serait alors uniquement liée à une connaissance réciproque des personnes. L’anthropologie de la relation permet de dépasser cette problématique : elle appelle l’homme par nature à être transformé par son frère et à le transformer. Dans cette anthropologie où la conception métaphysique de l’homme s’approfondit, sa dignité demeure fondée sur sa rationalité et sa ressemblance à Dieu.
Par cette métaphysique, notre ressemblance s’accentue puisque par analogie nous nous découvrons encore plus comme les Personnes de la Trinité : des sujets relationnels.

 

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