Déclaration de l’archidiocèse d’Olinda et Recife

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Déclaration de l’archidiocèse d’Olinda et Recife

Le texte que nous publions ci-dessous est la traduction intégrale  (depuis la version en langue anglaise postée hier sur le blogue Rorate Cæli) de la mise au point par l’archidiocèse d’Olinda et Recife sur « l’affaire » de « l’excommunication brésilienne » qui a défrayé la chronique ces derniers jours. Il s’agit d’une affaire à la fois sordide et tragique : les viols répétés d’une fillette de 9 ans par le “compagnon” de sa mère, qui ont abouti à ce qu’elle soit enceinte de jumeaux lesquels ont été avortés brutalement alors qu’ils étaient au quatrième mois de gestation. Les commentaires précipités et téméraires d’un archevêque, d’évêques (notamment français), de prêtres, de médias et de simples particuliers sur cette abomination et contre l’archevêque d’Olinda et Recife montrent à eux seuls l'importance de ce texte.

Déclaration
de l’archidiocèse d’Olinda et Recife

[16 mars 2009]

Relativement à l’article intitulé « Dalla parte delle bambina brasiliana » [1] et publié dans L’Osservatore Romano du 15 mars [2009], les soussignés déclarent :

1. Les faits [les viols répétés de la petite fille] ne se sont pas déroulés à Recife, comme l’écrit l’article, mais dans la ville d’Alagoinha (diocèse de Pesqueira).

2. Tous – à commencer par le curé de la paroisse de Alagoinha (soussignataire) –, nous avons traité la fillette enceinte et sa famille en toute charité et avec la dernière tendresse. Le curé de la paroisse, usant de sa sollicitude pastorale, dès qu’il fut au courant des événements survenus sur son territoire paroissial, se rendit immédiatement au domicile de la famille, où il rencontra la petite fille et lui assura soutien et présence, face à la situation grave et difficile dans laquelle la petite fille se trouvait. Et cette attitude se poursuivit chaque jour d’Alagoinha jusqu’à Recife où le triste événement de l’avortement des deux innocents [bébés] eut lieu. Par conséquent, il est tout à fait évident et explicite que personne n’a d’abord songé à une “excommunication”. Nous avons utilisé tous les moyens à notre disposition pour éviter l’avortement afin de sauver les trois existences [la petite fille et ses deux jumeaux]. Le curé de la paroisse s’est personnellement associé aux efforts du Conseil des Enfants local dans tous ses efforts en vue du bien être de la fillette et de ses deux enfants. À l’hôpital, lors de ses visites quotidiennes, il a manifesté une attitude faite d’attention et de sollicitude, qui a clairement manifesté à l’enfant et à sa mère qu’elles n’étaient pas seules mais que l’Église, représentée par le curé de la paroisse locale, leur garantissait toute l’aide nécessaire et l’assurance que tout serait fait pour le bien être de la fillette et pour sauver ses deux enfants.

3. Sitôt la fillette transférée  dans un hôpital de Recife, nous avons tenté d’utiliser tous les moyens légaux pour éviter l’avortement. L’Église n’a à aucun moment failli dans cet hôpital. Le curé de la paroisse de l’enfant l’a visitée chaque jour à l’hôpital, venant d’une ville située à 230 km de Recife, faisant tous les efforts possibles pour que l’enfant et sa mère ressentent la présence de Jésus, le Bon Pasteur qui part à la recherche de l’agneau qui a le plus besoin d’attention. Par conséquent, l’affaire a été traitée avec tout le soin nécessaire par l’Église et non de manière « sbrigativamente » [sommaire] comme le dit l’article.

4. Nous ne sommes pas d’accord [avec l’archevêque Fisichella quand il évoque] « la décision difficile (…) pour la loi morale elle-même ». La Sainte Église ne cesse de proclamer que la loi morale est excessivement claire : il n’est jamais licite d’éliminer la vie d’une personne innocente pour sauver une autre vie. Voici les faits objectifs : il y a des médecins qui déclarent explicitement qu’ils pratiquent l’avortement et qu’ils continueront à le pratiquer, tandis que d’autres déclarent avec une fermeté identique qu’ils ne pratiqueront jamais l’avortement. Voici la déclaration écrite et signée d’un médecin catholique brésilien : « (…) En qualité d’obstétricien depuis 50 ans, diplôme de l’École nationale de médecine de l’Université du Brésil et ancien directeur du service d’obstétrique de l’hôpital de Andarai [Rio de Janeiro], où j’ai exercé pendant 35 ans jusqu’à ce que je prenne ma retraite pour me consacrer au diaconat, j’ai accouché 4 524 bébés, beaucoup de très jeunes [mères], je n’ai jamais eu besoin de recourir à l’avortement pour “sauver des vies”, de même que tous mes confrères, professionnellement sincères et honnêtes et fidèle à leur serment d’Hippocrate (…) ».

 


5. L’affirmation [de l’article] que le fait a été rendu public dans les journaux uniquement à cause du fait que l’archevêque d’Olinda et Recife s’est empressé de déclarer l’excommunication, est fausse. Il suffit d’observer que l’affaire a été rendue publique à Alagoinha le mercredi 25 février ; que l’archevêque a fait sa déclaration à la presse le 3 mars ; et que l’avortement a été exécuté le 4 mars. Il serait excessif d’imaginer que devant un fait d’une telle gravité, la presse brésilienne ait pu demeurer silencieuse pendant une période de six jours. Donc, les informations sur la fillette enceinte (« Carmen ») ont été rendues publiques dans les journaux avant que l’avortement soit accompli. Ce n’est qu’après cela que l’archevêque, interrogé par les journalistes le 3 mars (mardi), a évoqué le canon 1398. Nous sommes convaincus que la révélation de cette peine thérapeutique (l’excommunication) fera beaucoup de bien à nombre de catholiques en les mettant en état d’éviter ce péché grave. Le silence de l’Église aurait été préjudiciable, en particulier quand on considère que 50 millions d’avortements sont pratiqués chaque année dans le monde et que, rien qu’au Brésil, un million de vies innocentes sont supprimées. Le silence peut être interprété comme une connivence ou une complicité. Si un médecin éprouve une « perplexité de conscience » avant de pratiquer un avortement (ce qui nous semble très improbable), il devrait, s’il est catholique et entend suivre la loi de Dieu, s’en enquérir auprès d’un conseiller spirituel.

6. Cet article constitue, pour le dire en d’autres mots, une attaque frontale contre la défense de la vie de ces trois enfants, défense véhémentement portée par l’archevêque José Cardoso Sobrinho, et il rend évident combien son auteur manquait des détails et des informations nécessaires pour s’exprimer sur ce sujet, en raison de sa totale ignorance des faits. Ce texte peut être interprété comme une apologie de l’avortement, en violation du Magistère de l’Église. Les médecins avorteurs n’étaient pas dans cette perplexité morale que signale le texte. Bien au contraire, ils ont pratiqué l’avortement en pleine connaissance et cohérence avec ce qu’ils croient et enseignent. L’hôpital où a été pratiqué l’avortement de cette petite fille, est l’un de ceux dans lesquels cette procédure est tout le temps pratiquée dans notre État [État fédéré de Pernambouc] sous couvert de « légalité ». Les médecins qui ont agi comme des bourreaux pour ces jumeaux dont déclaré, et continuent à déclarer dans les médias, qu’ils ont fait ce qu’ils ont l’habitude de faire « avec une grande fierté ». L’un d’entre eux a même déclaré : « Et alors, j’ai déjà été excommunié de nombreuses fois ».

7. L’auteur a cru pouvoir parler [d’une situation] qu’il ne connaissait pas et, pis encore, il n’a pas même pris la peine d’en parler d’abord à son frère dans l’épiscopat. À cause de cette attitude imprudente, il a été cause d’un grand scandale chez les fidèles catholiques du Brésil qui croient que l’archevêque José Cardoso a été téméraire dans ses déclarations. Plutôt que de solliciter son frère dans l’épiscopat, il a choisi de croire à notre presse ouvertement anticléricale.

Recife (Pernambouc), 16 mars 2009.

Père Cicero Ferreira de Paula
Chancelier, archidiocèse d’Olinda et Recife

Monseigneur Edvaldo Bezerra da Silva
Vicaire général, archidiocèse d’Olinda et Recife

Père Moisés Ferreira de Lima
Recteur du séminaire archidiocésain

Dr. Marcio Miranda
Avocat de l’archidiocèse d’Olinda et Recife

Père Edson Rodrigues
Curé de la paroisse d’Alagoinha (Pernambouc), diocèse de Pesqueira



[1] « Du côté de la petite fille brésilienne », de Mgr Rino Fisichella, archevêque et président de l’Académie pontificale pour la vie.

Traduction pour L'Homme Nouveau : Daniel Hamiche.

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9 commentaires

Par Blaise, le

L’archevêque Sobrinho s’est contenté de répondre à la question d’un journaliste. De plus, les évêques du Brésil ont insisté par la suite sur le fait qu’il n’y a pas eu excommunication. Quant à la fillette, Mgr Sobrinho ne l’a pas inclue dans l’excommunication automatique frappant les médecins et la mère.

Par loupiot, le

pardon, mais j'ai mal compris les faits. Y a-t-il eu véritablement une excommunication pronocée, ou bien le cardinal de Recife a-t-il seulement dit que ces personnes étaient en état d'excommunication. de plus, qui est concerné? dans certaines déclarations c'est l'équipe médicale, dans d'autres, la mère en plus et enfin, dans lkes médias, la fillette aussi (Carmen). QUI a été concerné par cela, directement?

Par Blaise, le

L'air de rien, et par-delà Mgr Fisichella, c'est le pape que vise l'archevêque de Recife.

Il se considère ainsi comme un meilleur pasteur que Benoît XVI. Libre à lui de le penser, mais, par déférence, il aurait pu se dispenser de l'exprimer aussi abruptement.

Par Beatrice, le

Blaise, jusqu'à preuve du contraire, il ne fait de reproche qu'au rédacteur de l'article. Rien ne prouve que le pape aurait exprimé sa position sur cette affaire de la manière dont Mgr Fisichella l'a fait. Nous devrions faire particulièrement attention avant de poser de tels jugements.

Par Blaise, le

Béatrice

Je base mon jugement sur l’avis de ma sœur cadette, qui est étudiante en médecine. Tout simplement, le corps de la fillette n’était pas suffisamment mature pour survivre à une double grossesse, et pour permettre à ses enfants de se d'atteindre leur terme. Aussi tous trois étaient condamnés à mourir. De plus, je ne remets pas en cause les progrès de la médecine, au contraire ! je l’ai bien dit : des cas comme celui de cette pauvre fillette restent exceptionnels. Heureusement d’ailleurs.

Je vous assure que je n’aime pas critiquer les évêques. Mais la décision de Mgr Sobrinho l’ayant été par un large concert de ses frères dans l’épiscopat, y compris d’évêques brésiliens, je me sens libre de le faire.

Je ne me joins pas pour autant aux médias pour mener une quelconque cabale contre l’Eglise et le Pape. Les médias suivent leur propre logique, libérée de toute éthique journalistique. Quelle confiance peut-on encore avoir en eux, après les événements qui se sont succédés ces derniers temps ? aucune.

Je ne jette pas non plus l’opprobre sur les défenseurs de la vie. Je suis également hostile – comme tout chrétien – à l’avortement et aux autres manifestations de la culture de mort (l’euthanasie, par exemple).

Par Beatrice, le

Blaise, j’insiste, il faut être très prudent avant d'affirmer les choses, surtout quand des personnes sont mises en cause pour leurs actes. On peut partir du principe qu'une personne, comme un évêque, qui a consacré sa vie à l'annonce de l'Evangile, ait suffisamment d'attention à ses frères, dont il entend régulièrement l'histoire intime par la confession, pour "prendre en compte les situations concrètes". Si c’était une personne qui voulait pérorer et imposer son point de vue personnel avec intransigeance, il aurait plutôt choisi la carrière de politicien ou…. de journaliste ;). Nous catholiques, nous devons éviter de nous faire emporter par la vague de dénonciation qui sévit en ce moment complaisamment reliée et amplifiée par les médias. N’affirmons rien que nous n’ayons pu vérifier. Vous tenez comme évident qu’une fillette de 9 ans est en danger de mort en attendant des jumeaux, et bâtissez votre jugement à partir de là. Je comprends que vous puissiez le penser, seulement rien n’est sûr dans ce cas, les décès en couches sont très rares aujourd’hui, grâce aux progrès de la médecine. Il est terrible de constater que ceux qui reçoivent l’opprobre sont les défenseurs de la vie au sein de l’Eglise, et non pas ceux à qui « profite le crime », c’est-à-dire à la ligue des pro-avortements virulents qui ont orchestré tout ce tintoin en manipulant, de la façon la plus pernitieuse, les pauvres personnes directement concernées, pour faire avancer leur commerce.

Par Blaise, le

Oui, l'affaire est complexe, même si la conduite de l'archêque de Recife est fort contestable.

Néanmoins, j'apprécie la discrétion du Pape, qui ne s'est pas prononcé en son nom propre. Car cette triste affaire regarde d'abord l'Eglise locale.

Par l'ausculteur, le

Le problème, c'est que l'on ne peut être certain que l'ensemble de la curie joue dans le même camp que le Pape. Quand le Père Lombardi profère dans La Croix des propos plutôt accusateurs contre le cardinal Hoyos à propos de la levée des excommunications, qui est chargé de parler au nom du Pape ? Celui qui est en charge – au nom du Pape – du dossier des évêques de la Fraternité Saint-Pie X ou le porte-parole du Saint-Siège qui sera finalement obligé de faire ses excuses au cardinal. En tout état de cause, les choses ne semblent pas si simples, ni à Recife, ni à Rome.

Par Blaise, le

Béatrice

le 21 mars, le porte-parole du pape, le père Federico Lombardi, a déclaré aux journalistes :

« ce qui compte, ce sont les propos de Mgr Rino Fisichella qui, dans L'Osservatore Romano a déploré l’excommunication annoncée trop rapidement par l'archevêque de Recife.».

J'en prends acte.


L'avortement est un acte mauvais en soi, et c'est pourquoi l'Eglise l'a toujours condamné fermement. Mais un pasteur devrait être capable de prendre en compte les situations concrètes. Or je doute que la mère de la fillette ait voulu promouvoir l'avortement de ses petits enfants; elle ne voulait que sauver au moins une vie.

Enfin, je vais être plus précis : les arguments avancés par Mgr Sobrinho dans sa lettre laissent pantois. Il voulait sauver la mère et ses enfants, dit-il. Mais sans avortement, la mère serait morte avec ses enfants.

Et pour donner une apparence "scientifique" à son propos, il allègue le témoignage d'un médecin. Que ce dernier n'ai pas eu à recourir à l'avortement n'a rien d'anormal, étant donné qu'un cas tel que celui de la fillette de Recife reste exceptionnel. Ainsi, à l'aide d'arguments spécieux, il cherche à justifier son extrême sévérité.