La famille, l’enjeu du XXIe siècle

Rédigé par Grégor Puppinck et Mgr Michel Schooyans le dans Culture

La famille, l’enjeu du XXIe siècle

À quelques semaines de l’ouverture du Synode, les éditions de L’Homme Nouveau publient deux ouvrages éclairants sur la subversion en œuvre pour détruire la famille et, au-delà, toute vie sociale. Dans Le Prix humain de la mondialisation (196 pages, 14,50 e), Mgr Schooyans met en garde contre le système mondial qu’il décrypte remarquablement pendant que Grégor Puppinck dans La Famille, les droits de l’homme et la vie éternelle (92 pages, 9 e) souligne l’enjeu des débats actuels pour la vie éternelle quand les droits de l’homme deviennent une arme par destination. Nous leur avons demandé pourquoi ils avaient écrit leur livre.

L’Église a un rôle prophétique

Grégor Puppinck : J’ai écrit ce livre pour expliquer la transformation actuelle des droits de l’homme : comment ce système créé après-guerre pour défendre les « droits naturels » des personnes en vient à promouvoir des « droits antinaturels » à l’avortement, au suicide assisté, à l’eugénisme, à la GPA, etc.

Travaillant depuis plus de quinze ans auprès de la Cour européenne des droits de l’homme, je pense avoir analysé et décrit la logique philosophique et juridique à l’œuvre dans cette transformation. Je le fais en m’appuyant concrètement sur les décisions de cette Cour.

Cette transformation repose sur deux changements fondamentaux. Le premier est le triomphe de l’individualisme qui fait que le sujet des droits de l’homme n’est plus l’Homme doté d’une nature humaine universelle, mais chaque individu doté de sa volonté particulière. Deuxièmement, la finalité des droits de l’homme a changé : ils ne visent plus seulement la protection des personnes contre l’État mais aussi leur accomplissement personnel entendu comme nécessitant une libération de l’individu à l’égard de toutes les contraintes naturelles et sociales.

La transformation des droits de l’homme est un phénomène fondamental permettant d’analyser et de comprendre celle de la société occidentale. Alors que les droits de l’homme d’après-guerre voulaient placer haut l’idéal d’humanité, pour la protéger des idéologies, ils sont en train d’être capturés par l’idéologie postmoderne au point de contribuer à présent à la crise culturelle de la société occidentale, à la destruction de l’Humanitas.

Il est important que l’Égli­se catholique analyse et mesure l’importance de ce phénomène.

Je suis convaincu que seule l’Église catholique a le pouvoir de guérir l’humanité, c’est pourquoi, dans une seconde partie, je m’adresse particulièrement aux catholiques pour que nous apportions la juste réponse à la crise actuelle. Selon moi, il y a un besoin urgent de libérer l’individu de lui-­même, de l’absurdité de son existence. Seule l’Église peut le faire en faisant redécouvrir les dimensions spirituelle et sociale de notre existence. Dans la crise actuelle, le rôle de l’Égli­se est prophétique. Il n’est pas de rejoindre le monde dans l’obscurité de la postmodernité, mais au contraire de l’en tirer par le haut, en lui révélant le Ciel, la vie éternelle.

Contre les charlatans du bonheur

Mgr Michel Schooyans : J’ai écrit ce livre pour ouvrir les yeux des gens d’aujourd’hui. Beaucoup de?nos contemporains sont victimes du dopage mé­diatique déversé notamment par la télévision. Ils ont peur de la vérité ; le divertissement de masse les en détourne.

Quelques exemples sont révélateurs de cet aveuglement. Premier exemple : l’irréversibilité. La situation démographique de nombreux pays est non seulement alarmante ; ­elle est irréversible. L’Allemagne, la Russie, la Tchéquie connaissent un déficit populationnel sans précédent. Des savoirs et des savoir-­faire sont en train de disparaître. Les immigrants, souvent mal préparés, sont loin de suffire à combler ce déficit. Irréversibles sont également certaines manipulations génétiques. Des savants rêvent même de fabriquer de nouveaux êtres « transhumains ». Quant à la contraception, elle semble définitivement entrée dans les mœurs, malgré ses effets nocifs pour l’être humain.

Deuxième type d’aveuglement : l’immense pauvreté qui sévit dans de nombreuses régions du monde, pauvreté liée à la corruption, aux guerres, à l’ignorance. La Méditerranée est pour ainsi dire devenue un cimetière marin. Cet aveuglement-ci n’épargne pas les plus hautes autorités internationales. Celles-ci organisent des réunions médiatisées, qui distraient les participants alors que ces derniers pourraient contribuer à la résolution de bien des problèmes. Enfin, les gens d’Europe occidentale ne veulent pas voir que la porte est grande ouverte à une formidable bombe à retardement : l’islamisme radical. Tout ­cela rappelle le naufrage du Titanic : la majorité des passagers ne voulait pas voir que le navire était en train de sombrer.

L’aveuglement prend aussi la forme du consumérisme. L’économie est largement axée sur la consommation et le profit, non sur l’aide aux plus pauvres. Enfin, il faut ouvrir les yeux face aux idéologies qui pourvoient à la destruction des institutions défendant les valeurs non négociables.

Ce livre a été écrit pour que les hommes et les femmes de bonne volonté soient informés et qu’ils ne se laissent pas « embobiner » par les charlatans du bonheur. L’aveuglement des gens a pour origine ultime le rejet de la Lumière apportée par Jésus. « N’ayez pas peur ! ». Tout chrétien doit être porteur d’un message d’espérance. À la veille de l’Assemblée synodale sur la famille, puisse ce petit livre nourrir notre réflexion sur les enjeux considérables qui y seront discutés !

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

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