Dernière catéchèse sur la famille

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Dernière catéchèse sur la famille

Le 16 septembre dernier, le Pape concluait ses catéchèses sur la famille. Dans cette dernière, la vingt-septième, juste avant les deux grands évènements de la rencontre mondiale à Philadelphie et du Synode, le Pape aborde la dimension universelle de la famille.

La famille humaine s’appuie sur la base et le fondement de la famille domestique voulue par Dieu dès les origines. On connaît bien les récits scripturaires de la Création de l’homme et de la femme, de la tentation et du péché originel. Mais on les lit quelquefois un peu trop vite. Le Pape insiste ici sur le protévangile, l’annonce du salut à l’humanité. C’est dans la sentence au serpent qu’apparaît ce premier arc-en-ciel au-dessus du ciel noir qui a suivi la faute. Il contient la toute première Promesse, tacite mais irrévocable, de Dieu à l'humanité déchue. Il annonce aussi la grandeur de la femme et sa collaboration dans le salut. Au couple Adam-Ève correspondra désormais celui du nouvel Adam et de la nouvelle Ève. Et si la femme, en étant tentatrice, a donné la mort, elle cédera désormais la place à l’épouse du Saint-Esprit et à la Mère des hommes. Comme le remarque le Pape, le protévangile nous offre directement un espace pour une théologie de la femme qui soit à la hauteur de la promesse divine sur elle. Le protévangile prouve aussi que la bénédiction divine sur le couple humain n’a pas été complètement détruite par le péché. Les yeux de nos premiers parents s’ouvrirent alors, mais pas de la façon annoncée par le serpent. Ils espéraient atteindre le savoir et de fait reconnurent qu'ils étaient nus. Mais ils découvrirent aussitôt leur culpabilité et eurent honte. L'arbre de la science est devenu l'arbre de la conscience. La nudité devint alors la marque de leur privation de justice. La honte de cette nudité fut la conséquence de tout leur changement intérieur. Avec la perte de la grâce sanctifiante, ils passaient de l’état d'intégrité originelle à celui de nature déchue. Perdant le vêtement de justice, la concupiscence était entrée dans le monde. Mais Dieu est miséricorde et cela depuis toujours. La Création elle-même est une œuvre de miséricorde. Et les tuniques de peau, comme le souligne le Pape, sont bien des marques de la tendresse miséricordieuse de Dieu. Et cette miséricorde va atteindre son sommet lorsque le Verbe de Dieu « se couvrira du vêtement de la nature humaine ».

L’Incarnation, comme le péché originel, n’est pas un mythe. Le Christ a vraiment pris une nature humaine complète hormis le péché, Il est vraiment mort et Il est ressuscité. « L’Incarnation de la miséricorde » est vraiment, dit le Pape, « une caresse de Dieu sur nos plaies, nos erreurs et nos péchés ». Et parmi les péchés, le Pape souligne ici le pouvoir pernicieux de l’argent, « Mammon » comme dira Jésus. Notre société technocratique est dominée par l’argent. Le Pape en avait parlé amplement dans Laudato si’. En insistant, ici aussi sur le rôle souvent néfaste des médias, il appelle de ses vœux une société vraiment familiale, une nouvelle alliance entre le couple humain et son Créateur, seule capable d’émanciper en vérité les peuples de la tyrannie colonisatrice de l’argent. Alors la terre sera rendue habitable parce qu’au préalable la famille aura transmis la vie, la mémoire et l’espérance. On retrouve ici les thèmes habituels du Pape développés spécialement dans Laudato si’. Que Marie, la pauvre par excellence et la Reine de la famille, aide les familles à être fidèles à leur vocation voulue par Dieu dès les origines.

L'audience du Pape :

Voici notre réflexion conclusive sur le thème du mariage et de la famille. Nous sommes à la veille d’événements beaux et importants, qui sont directement liés à ce grand thème : la Rencontre mondiale des familles à Philadelphie et le synode des évêques ici à Rome. Les deux ont une dimension mondiale, qui correspond à la dimension universelle du christianisme, mais aussi à la portée universelle de cette communauté humaine fondamentale et irremplaçable qu’est précisément la famille.

L’actuel tournant de civilisation apparaît marqué par les effets à long terme d’une société administrée par la technocratie économique. La subordination de l’éthique à la logique du profit dispose de moyens considérables et d’un appui médiatique énorme. Dans ce cadre, une nouvelle alliance de l’homme et de la femme devient non seulement nécessaire, mais également stratégique pour l’émancipation des peuples de la colonisation de l’argent. Cette alliance doit à nouveau orienter la politique, l’économie et la coexistence civile! Celle-ci décide de l’habitabilité de la terre, de la transmission du sentiment de la vie, des liens de la mémoire et de l’espérance.

De cette alliance, la communauté conjugale-familiale de l’homme et de la femme est la grammaire génératrice, le « nœud d’or », pourrions-nous dire. La foi la puise dans la sagesse de la création de Dieu : qui a confié à la famille non pas le soin d’une intimité comme une fin en soi, mais l’émouvant projet de rendre le monde « domestique ». C’est précisément la famille qui se trouve au commencement, à la base de cette culture mondiale qui nous sauve ; elle nous sauve de tellement, tellement d’attaques, de tant de destructions, de tant de colonisations, comme celle de l’argent ou des idéologies qui menacent tant le monde. La famille constitue la base pour se défendre !

Famille et Création

C’est précisément de la Parole biblique de la création que nous avons pris notre inspiration fondamentale, lors de nos brèves méditations du mercredi sur la famille. Nous pouvons et nous devons à nouveau puiser avec amplitude et profondeur à cette Parole. C’est un grand travail qui nous attend, mais il est également très enthousiasmant. La création de Dieu n’est pas un simple principe philosophique : c’est l’horizon universel de la vie et de la foi ! Il n’y a pas de dessein divin différent de la création et de son salut. C’est pour le salut de la créature — de chaque créature — que Dieu s’est fait homme : « pour nous les hommes, et pour notre salut », comme le dit le Credo. Et Jésus ressuscité est « l’aîné de chaque créature » (Col 1, 15).

Le monde créé est confié à l’homme et à la femme : ce qui se passe entre eux constitue une empreinte pour chaque chose. Leur refus de la bénédiction de Dieu aboutit fatalement à un délire de toute puissance qui ruine toute chose. C’est ce que nous appelons « péché originel ». Et nous venons tous au monde dans l’héritage de cette maladie.

Malgré cela, nous ne sommes ni maudits, ni abandonnés à nous-mêmes. Le vieux récit du premier amour de Dieu pour l’homme et la femme, avait déjà des pages écrites en lettres de feu, à cet égard ! « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien » (Gn 3, 15a). Ce sont les paroles que Dieu adresse au serpent trompeur, enchanteur. Par ces paroles, Dieu entoure la femme d’une barrière protectrice contre le mal, à laquelle elle peut recourir — si elle le veut — pour chaque génération. Cela veut dire que la femme porte une bénédiction secrète et spéciale, pour la défense de sa créature contre le Malin ! Comme la femme de l’Apocalypse, qui court cacher son fils du Dragon. Et Dieu la protège (cf. Ap 12, 6).

Pensez à la profondeur qui s’ouvre ici ! Il existe beaucoup de lieux communs, offensants parfois, sur la femme tentatrice qui inspire au mal. Au contraire, il y a de la place pour une théologie de la femme qui soit à la hauteur de cette bénédiction de Dieu pour elle et pour sa progéniture !

La miséricorde toujours là

La miséricordieuse protection de Dieu à l’égard de l’homme et de la femme, dans tous les cas, ne manque jamais pour tous les deux. N’oublions pas cela ! Le langage symbolique de la Bible nous dit qu’avant de les éloigner du jardin d’Éden, Dieu fait à l’homme et à la femme des tuniques en cuir et les vêtit (cf. Gn 3, 21). Ce geste de tendresse signifie que même dans les douloureuses conséquences de notre péché, Dieu ne veut pas que nous restions nus et abandonnés à notre destin de pécheurs. Cette tendresse divine, cette attention envers nous, nous la voyons incarnée en Jésus de Nazareth, fils de Dieu « né d’une femme » (Gal 4, 4). Et saint Paul dit encore : « alors que nous étions encore pécheurs, le Christ est mort pour nous » (Rm 5, 8). Le Christ, né d’une femme, d’une femme. C’est la caresse de Dieu sur nos plaies, sur nos erreurs, sur nos péchés. Mais Dieu nous aime tel que nous sommes et veut nous faire avancer avec ce projet et la femme est celle qui est la plus forte et qui mène à bien ce projet.

La promesse que Dieu fait à l’homme et à la femme, à l’origine de l’histoire, inclut tous les êtres humains, jusqu’à la fin de l’histoire. Si nous avons une foi suffisante, les familles des peuples de la terre se reconnaîtront dans cette bénédiction. Quoi qu’il en soit, quiconque se laisse émouvoir par cette vision, peu importe le peuple, le pays, la religion à laquelle il appartient, qu’il se mette en chemin avec nous. Il sera notre frère et notre sœur, sans faire de prosélytisme. Marchons ensemble sous cette bénédiction et sous cet objectif de Dieu de faire de nous tous des frères dans la vie, dans un monde qui avance et qui naît précisément de la famille, de l’union de l’homme et de la femme.

Que Dieu vous bénisse, vous, familles de chaque lieu de la terre ! Que Dieu vous bénisse tous !

 

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