Introit Gaudete

Rédigé par un moine de Triors le dans Culture

Introit Gaudete

Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur, je le dis encore, réjouissez-vous. Que votre modération soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. N'entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à l'oraison et à la prière, pour présenter vos requêtes à Dieu.
Ta complaisance, Yahvé, est pour ta terre, tu as fait revenir les captifs de Jacob
(Philippiens 4, 4 ; Psaume 84, 2)

Thême spirituel : la joie

Ce texte bien connu de saint Paul est tiré de l'épître aux Philippiens (4,4). Les Philippiens étaient un peu les préférés de l'Apôtre. La lettre qu'il leur envoie est toute pleine de tendresse, de sérénité, de joie. « Oui, Dieu m'est témoin que je vous aime tous tendrement dans le cœur du Christ Jésus ! » Ce n'est ni un écrit polémique, ni même un document doctrinal, encore que, en plein cœur de cette lettre, saint Paul évoque, dans ce qu'on appelle justement l'hymne aux Philippiens, le grand mouvement de descente du Christ jusqu'à l'humiliation de la croix, puis de remontée jusqu'à la gloire du Père. Un passage magnifique mais qui commence par une invitation gracieuse à imiter Jésus : 

« Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père. » (2, 5-11)

Le contexte liturgique de ce chant d'entrée du troisième dimanche de l'Avent n'est pas moins aimable que le contexte biblique. Le troisième dimanche de l'Avent est un jour de joie plus marqué au milieu de la relative austérité de l'Avent. On a eu tendance à considérer le dimanche Gaudéte comme la réplique du dimanche Lætáre, situé au beau milieu du carême, jour de joie entouré de jours de pénitence. En réalité, l'Avent, malgré la couleur violette des ornements liturgiques, malgré le silence de l'orgue, n'est pas vraiment, j'oserais même dire pas du tout un temps de tristesse. Au contraire, l'Église est comme une maman qui attend un enfant. Il est là déjà, dans son sein, il est présent et en même temps elle l'attend, elle attend une nouvelle présence, elle attend de le voir enfin. Le temps de l'Avent c'est le temps de l'attente, le temps du désir, le temps de l'espérance, et voilà pourquoi un des mots qui revient le plus souvent dans la liturgie, c'est « Veni », « viens, Seigneur Jésus ». Il y a beaucoup de joie déjà dans cette attente qui est toute pleine de l'attente des siècles qui ont précédé la venue du Christ. L'Église récapitule en elle toutes les aspirations de l'humanité de l'Ancien et du Nouveau Testament (nous sommes dans le Nouveau Testament...) et sa liturgie exprime les soupirs des hommes et des femmes de tous les temps. C'est un moment solennel mais plein d'une immense espérance. La lumière de Noël resplendit déjà sur ce temps de préparation. La présence de l'enfant dans le sein de Marie est une bouleversante réalité qui répond à la promesse qui court tout au long des écrits es prophètes. « Voici, la jeune vierge est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel, Dieu avec nous ». Il est là déjà, porté par sa Mère devenu un tabernacle vivant, un sanctuaire, la première église, le vrai temple, la chambre nuptiale du Verbe dans laquelle il est venu s'unir à l'humanité pour la sauver. Comment ne pas être en joie à cette nouvelle ? Mais le recueillement de Marie nous le montre bien, cette joie est modeste, douce, humble, ce n'est pas encore le triomphe, c'est la joie paisible de l'adoration qui monte dans les cœurs, c'est encore une joie d'espérance.

Il y a trois avènements du Seigneur. Le premier, selon la chair, événement passé mais que rend présent la liturgie. Le second, selon la grâce, événement présent, c'est la venue du Christ dans les âmes, avènement invisible mais fécond, raison d'être du précédent. Dieu s'est incarné pour nous sauver. Et le troisième, selon la gloire, événement à venir, lorsque les derniers temps seront accomplis et que le Christ établira son règne à tout jamais. La liturgie de l'Avent évoque ces trois venues ou plus exactement cette unique venue progressive du verbe vers son avènement plénier. Saint Paul et la liturgie nous invitent à la joie par rapport à toute cette immense perspective.

« Réjouissez-vous dans le Seigneur. » Il ne s'agit pas d'une joie simplement humaine, c'est une joie divine qui nous est proposée. Cette joie là, comme dira Jésus, personne ne pourra nous la ravir. Je me souviens que pendant mon service militaire, que j'ai fait en tant que moine, j'ai eu un jour à consoler un camarade qui venait d'apprendre que sa petite amie l'avait quitté... Et comme je m'efforçais de lui montrer que tout n'était pas fini, que la vie continuait, il m'a dit, avec ses mots à lui, cette simple vérité, très belle : « Dans le fond, je comprends pourquoi toi tu es toujours heureux : c'est parce que ton idéal, tu le trimbales toujours avec toi! » Oui, la joie chrétienne est toujours à notre portée. « Réjouissez-vous toujours », parce que le Seigneur est tout proche il est là et cela devrait nous faire tressaillir, comme saint Jean Baptiste a tressailli dans le sein de sa mère à l'approche de son Sauveur. Un chrétien est un être toujours joyeux parce qu'il sait que Dieu est là et que Dieu est Amour et que l'Amour est plus fort que la mort, et que c'est lui qui aura le dernier mot, et quel splendide dernier mot !

Commentaire musical

Alors on peut dire un mot de cette magnifique, mélodie pleine d'espérance. Ce n'est pas une joie éclatante, c'est plutôt une sorte d'élan, de vague puissante qui monte mais avec une douceur irrésistible. Un mouvement très beau bien marqué par la répétition de gaudéte, le verbe premier et principal. La mélodie monte, monte jusqu'à ce mot semper (toujours) qui exprime une certaine complaisance, une certaine assurance de notre joie et de notre espérance. Puis la mélodie redescend sur le deuxième gaudéte, comme pour aller cueillir la modestie, la douceur qui doit animer cette joie qui nous habite. La joie chrétienne n'est pas vulgaire, elle est intime, elle procède de l'intérieur, de la présence en nous d'un hôte très doux de notre âme qui la pénètre de son amour. Si un chrétien doit briller, ce doit être par sa douceur, dans sa douceur, c'est cela qui désarme, et dans un monde gouverné par la loi du plus fort, par l'esprit de compétition, finalement par l'envahissement du moi, rien n'est plus beau et plus puissant qu'une âme libre d'elle même qui devient capable de renverser ces valeurs par sa douceur son humilité, sa joie puisqu'elle ne s'appartient plus. La douceur de Marie, voilà le modèle de la joie chrétienne. Et Jésus se définit comme doux et humble. Il était à bonne école, au sein de cette petite trinité de la terre comme au sein de la grande Trinité du ciel.

Dóminus Prope est. Le Seigneur est proche. Là encore, là surtout c'est une vague d'espérance qui monte, merveilleuse, puissante et qui va déboucher sur une autre qualité de l'âme chrétienne : l'insouciance. Non pas le « j'm'enfoutisme » soixante-huitard qui se moque de tout et rejette tout, mais l'insouciance de l'enfant qui se sait aimé et qui fait confiance, mettant toute son ardeur à plaire à son Père. Que rien ne te trouble, que rien ne t'abatte, que rien ne t'inquiète même. Le mot nihil (rien) est très bien mis en valeur, c'est le sommet de la mélodie, un sommet très expressif, très fort, c'est une certitude autant qu'un souhait.

Et puis la mélodie s'apaise à nouveau pour mentionner la prière dans la dernière phrase : « en tout besoin recourez à l'oraison et à la prière, pour présenter vos requêtes à Dieu. » C'est la détente. Le secret de notre joie, comme de notre insouciance, c'est notre union à Dieu réalisée, actualisée en permanence dans la prière. Il y a dans cette finale une grande atmosphère de paix, de certitude qui se dégage. La pièce est écrite en 1er mode, c'est précisément le mode de la paix qui convient si bien ici. Le dernier mot c'est Dieu et cela doit amplement suffire à nous établir définitivement dans la sécurité.

Quelle puissance d'expression, là encore, dans ce chant grégorien toujours souple mais capable aussi d'être fort. Il allie la force et la douceur, la souplesse et la vigueur. Jamais de mièvrerie ni de d'exubérance. C'est l'équilibre, c'est la prière de l'Église, elle plaît à Dieu et elle sanctifie les hommes.

Pour écouter cet introit :

 

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