Il est urgent de nous reconquérir nous-mêmes

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Il est urgent de nous reconquérir nous-mêmes

Sortir de l’émotion

Tout a été dit ou presque sur les attentats qui se sont déroulés le 13 novembre dernier puis sur l’assaut mené par le Raid le lundi suivant. La guerre a été portée au cœur même de la capitale et elle nous a été imposée. Faut-il rajouter du commentaire aux commentaires, notre part au long sillon déjà creusé par des journalistes ou des hom­mes politiques souvent dépassés par un évènement malheureusement prévisible ?

Dans ce numéro, si nous rappelons les faits et tentons de les mettre en perspective, nous avons voulu également nous extraire du choc ressenti pour poser un certain nombre de questions – certes de manière non exhaustive – mais dont nous espérons qu’elles donneront à nos lecteurs des pistes de réflexion. Plus que jamais, en effet, nous pensons qu’il est nécessaire de ne pas se laisser submerger par l’émotion – aussi légitime soit-elle – afin de poser sur les attentats et sur la France le regard le plus lucide possible.

Un moment charnière

S’il y a bien une urgence, c’est que le pays dans son ensemble se ressaisisse et profite de ce drame pour opérer une réforme profonde. L’Histoire nous a appris que les évè­nements de forte amplitude n’arrivent pas par hasard, mais qu’ils répondent souvent à un enchaînement des faits qui finissent, malgré leur disparité ap­parente, par imposer une logique. Nous sommes, aujourd’hui, non au dé­but d’un épisode historique, mais à un de ces moments charnières qui découle de causes antérieures et qui entraînera demain encore bien des effets.

Récemment pour Le Figaro, et dans la suite de son livre, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Philippe de Villiers a mis directement en cause le « Sarkhollande » qui a produit « une société multiculturelle avec six à dix millions de musulmans en France », « un laïcisme droit-de-l’hommisme qui n’est pas une réponse à la soif d’absolu de notre jeunesse et, enfin, le choix de l’Arabie Saoudite et du Qatar, c’est-à-dire d’al-Nosra qui est une variante sémantique d’al-Qaïda ». (Figaro, 24 novembre). Le fondateur du Puy-du-Fou a raison dans sa remise en cause du personnel politique et dans la dénonciation des causes immédiates de la tragédie actuelle.

On peut cependant compléter celle-ci par le rappel de causes plus lointaines, et d’une certaine manière, plus fondamentales, du retour de l’Histoire dans notre vie quotidienne.

Les Lumières nous paralysent

Car que constatons-nous ? D’abord, l’incapacité de l’État à assurer la sécurité intérieure, élément primordial du bien commun dont il a la charge. Ensuite, l’implosion civilisationnelle de notre pays qui offre ainsi le terreau indispensable à toutes les folies barbares. Ces deux faces d’une même pièce tragique puisent les ressources et la justification de leur existence dans une même origine : la Révolution, traduction politique et institutionnelle de la philosophie des Lumières.

Dans son domaine propre, celle-ci a produit ses effets, du laïcisme militant et obsessionnel du début du XXe siècle jusqu’à l’offensive antiraciste de « Touche pas à mon pote » en passant par la réconciliation ratée de 1945 et les effets dévastateurs de mai 1968.

Les Lumières forment le péché originel de notre civilisation, cette paralysie intellectuelle que nous nous transmettons sans même nous en apercevoir, tant nous baignons dans l’air vicié de cette culture. Elles occupent nos cerveaux, conditionnent nos réflexes, entament nos énergies.

Face à la guerre subversive

La guerre qui nous est menée nécessite bien évidemment une réponse guerrière, avec son lot de frappes et de combats. On parle aujourd’hui de « terrorisme », atténuation sémantique de la réalité. Plus que du terrorisme, qui oblige à se focaliser uniquement sur la réaction proportionnée à des attentats, nous sommes en fait confrontés à une réelle lutte subversive d’ampleur internationale dont les attentats ne sont qu’un élément parmi d’autres. Le plus visible, le plus sanglant, mais peut-être pas, hélas, le plus dangereux. Car cette subversion possède ses réseaux d’influence, ses collaborateurs, conscients ou non, ses relais d’opinion, ses méthodes de déstabilisation, ses territoires conquis, etc.

Nous sommes donc entrés dans un nouvel épisode d’une guerre longue et qui doit avoir pour premier effet de nous faire saisir que celle-ci s’impose à nous pour au moins une génération. Il ne suffira pas de l’État d’urgence, d’une coalition internationale, des frappes depuis notre seul porte-avions, des patrouilles dans les rues de Paris, etc. La guerre subversive exige d’abord la reconquête spirituelle, morale et intellectuelle des élites afin d’être à même de mener une lutte efficace.

Considéré comme l’un des spécialistes de la contre-insurrection, Jacques Hogard expliquait que « C’est l’Homme qu’il faut conquérir et puisque l’Homme est à la fois Esprit et Corps, la lutte sera d’abord psychologique ». Mais, aujourd’hui, avant de conquérir l’adversaire ou le soutien de l’adversaire, il nous faut d’abord nous reconquérir nous-même. Oserai-je le dire ? À sa place, et selon ses possibilités, c’est aussi le rôle de L’Homme Nouveau de permettre cette reconquête.

Ce billet a été publié dans L'Homme Nouveau, je commande le numéro

Réseaux sociaux