Notre quinzaine : Pour une sainte année de courage et de lucidité

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : Pour une sainte année de courage et de lucidité

Que devons-nous souhaiter à nos lecteurs en ce début d’année 2016 ? Bien sûr, la paix et l’unité dans les familles. Mais aussi la fidélité au Christ et à son Église, malgré les vicissitudes du temps, la lâcheté des hommes, les infidélités, les trahisons. Non ! Ce n’est pas « malgré les vicissitudes du temps », mais bien en raison de celles-ci que nous devons plus que jamais rester unis à la sainte Église catholique, à sa doctrine et à sa hiérarchie visible.

À la lumière de deux vertus

Mais permettez-moi de mettre en avant deux vertus que je nous souhaite particulièrement de posséder et de mettre en œuvre cette année : le courage et la lucidité. Le courage fait appel à la volonté afin de vaincre la peur que nous éprouvons face au danger. Quant à la lucidité, elle implique un rapport de l’intelligence au réel. Il s’agit de voir les choses telles qu’elles sont, dans leur clarté et leur vérité.

Pourquoi ces deux vertus ? Parce que notre époque les réclame plus que jamais, comme les évènements de 2015 l’ont montré. Mais aussi parce qu’elles s’appellent l’une l’autre. Il faut, en effet, souvent beaucoup de courage pour voir les choses avec lucidité. Il est tellement plus commode et confortable d’entretenir un voile d’illusions, de se laisser bercer par l’habitude et le conformisme. Inversement, le courage nécessite souvent beaucoup de lucidité pour situer le vrai danger auquel nous devons faire face, avec résolution. Ne nous y trompons pas : nous nous aveuglons souvent sur la réalité que nous réinterprétons à l’aune des idées convenues, des systèmes de pensée qui nous enferment dans le monde clos du mensonge sans parler des modes et des recettes.

À l’ombre de la modernité tardive

L’année 2015 a été marquée par des attentats islamistes en France d’une violence jamais atteinte jusqu’ici. Il est vrai que les pouvoirs publics n’ont pas pris la mesure du danger après la tuerie de Charlie Hebdo et de l’Hypercasher de Vincennes. En se contentant de défiler dans la rue derrière un slogan aussi inepte que « Je suis Charlie », le gouvernement n’a pas répondu à la première mission de l’État qui est d’assurer la sécurité des habitants du pays. La terrible répétition des attentats en novembre dernier a montré l’incapacité foncière du système politique devant la menace islamiste.

Mais, là aussi, ne nous leurrons pas ! Autant il est vrai que ce système est profondément atteint de cécité, autant il est vrai aussi que nous avons tous du mal à saisir l’origine du drame qui nous touche. La philosophie sous-jacente qui campe dans l’esprit de l’homme occidental contemporain repose sur plusieurs postulats dont certains méritent d’être rappelés :

1. L’homme est foncièrement bon. De ce fait, le mal et les actes violents ne s’expliquent qu’en raison d’une dénaturation profonde opérée par les reliquats du passé (religion, institutions politiques, archaïsmes en tout genre, etc.).

2. Le progrès est le moteur interne de l’humanité. Ce que la science nous promettait dans cet effort de libération des anciennes servitudes, la technologie nous l’assure pour bientôt. Il n’y a pas de nature ni de loi naturelle, il n’y a que le mouvement du progrès.

3. Les mots sont opérants par eux-mêmes. Dire le mal, c’est le combattre. Affirmer les valeurs de la République, c’est les rendre effectives, hic et nunc.

Le combat spirituel

Toute la tradition chrétienne, et l’expérience humaine, contredisent ces affirmations. Non, l’homme ne naît pas bon depuis la chute de nos premiers parents. Non, même si les connaissances des sciences et des techniques progressent, nous ne sommes nullement assurés d’une progression identique au plan moral et intellectuel. Non, l’homme n’est pas Dieu. Il ne lui suffit pas de dire pour que les choses soient. Ce pouvoir n’appartient qu’au Verbe qui s’est fait chair.

D’une certaine manière, aucun chrétien n’aurait dû être surpris par le retour de la violence dans notre société opulente. Malheureusement, nous avons trop souvent oublié l’existence du péché originel. Il ne s’agit pas d’une explication commode, d’un tour de passe-passe conceptuel pour résoudre le problème du mal, lequel a d’ailleurs été jusqu’à récemment éradiqué des préoccupations de nos contemporains. Or, le Christ est venu pour « sauver ce qui était perdu » (Lc 19, 10) et la raison d’être de l’Église est de continuer cette mission jusqu’à la fin des siècles. Le reste n’est que par surcroît, quelle qu’en soit la légitimité immédiate.

Cette année qui commence est une année de grâce. Elle le sera d’autant plus que, accomplissant nos devoirs d’état, jusqu’à ceux inhérents à notre appartenance à la cité, nous entrerons dans la perspective du combat spiri­tuel, si bien résumé par saint Paul : « Revêtez-vous de l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister aux embûches du diable.? Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautés, contre les puissances, contre les dominateurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits mauvais répandus dans l’air.? C’est pourquoi prenez l’armure de Dieu, afin de pouvoir résister au jour mauvais, et après avoir tout surmonté, rester debout. » (Ep 6, 11-13).

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