À Dieu, mon Père

Rédigé par François Foucart le dans Humeur

À Dieu, mon Père

Ce fut grande peine que d’apprendre la disparition du Père Serge Bonnet. L’amitié avec un prêtre n’est pas rien, elle engage notamment s’il s’agit d’un religieux parce que l’on aime vraiment, ou pas, telle ou telle congrégation. Ainsi les jésuites, dont certains furent des amis (le Père Moreau de Radio Vatican, par exemple, ou autrefois le Père de Chalendar) mais qui depuis m’ont beaucoup déçu par leur manie de se couler dans le siècle plutôt que de se battre. Et les dominicains. Ah, ceux-là, ce qu’ils m’ont exaspéré, et pourtant j’en ai trouvé d’admirables – et d’abord, le Père Alain Carron de La Carrière – mais aussi « dégriffés généralement : le Père Bruck bien sûr, ceux de Saint Jean de Malte à Aix-en-Provence, ceux de Chéméré avec le cher Père de Blignières, et surtout le Père Bonnet !

Tout d'intelligence et d'amour

J’ai connu Serge Bonnet en 1985. Ce religieux tout d’intelligence, d’amour, mais aussi avec une sorte de bon sens paysan, venait de quitter son couvent de Nancy parce que, dans les accès de folie qui ont longtemps suivi le Concile, le Supérieur avait imaginé une réunion de tous les frères afin de débattre de la question de la Présence réelle. Pas question, avait dit le ­Père Bonnet. Je ne quitte ni l’Ordre, ni le sacerdoce, mais enfin je prends du champ… Voilà pourquoi j’avais été le retrouver dans un merveilleux presbytère rural qu’il possédait dans la Meuse. Journée de paix et de joie. Je revois le Père Bonnet, fin cuisinier, allant chercher des fines herbes dans le potager pour accompagner la viande. Et il y avait de la mirabelle avec le café !

Ce Lorrain profondément attaché à ses racines était à la fois proche des gens simples, de la foi populaire, de la tradition (il avait publié le recueil de quantité de demandes, de remerciements, d’ex-voto) et directeur de recherche au CNRS. Il demeurera le grand sociologue de la tradition ouvrière lorraine avec « ceux du fer » (les mineurs). Partout, toujours, le Père bénissait des maisons, des gens, des sources, des tombes. Il relevait des calvaires, visitait des pauvres, des vieux, des humbles. Outre le fameux À hue et à dia, outre les ouvrages sur la foi populaire et sur sa Lorraine, il avait beaucoup publié sur un mode paysan attachant et drôle. Voici la dédicace que je retrouve :

« À François Foucart, Le Frère aux vaches, comme chacun de nous, entre le lait et le vin, la terre et le rosaire, le micro et le silence, la multitude et la solitude, pour trouver DIEU. »

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