Notre quinzaine : Retrouver la primauté du bien commun

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : Retrouver la primauté du bien commun

D’un état d’urgence à l’autre

Le Président de la République a annoncé lundi 18 janvier dernier un nouveau plan de lutte contre le chômage. À cette occasion, il n’a pas hésité à employer les grands mots et à se référer aux grands modèles. Comme il existe un « état d’urgence » dans la lutte contre le terrorisme, il y a donc désormais un « état d’urgence économique et social » pour faire face au plus haut taux de chômage jamais atteint en France.

François Hollande a certes déployé un certain nombre de mesures qui, de l’apprentissage à la formation des chercheurs d’emploi en passant par l’aide à l’embauche, ont essentiellement pour caractéristiques de passer par un accroissement des subventions gouvernementales. Plus que jamais, le pays repose sur un système de perfusion permanente, lié à un État qui serait selon toutes probabilités en situation de faillite. Il est difficile dans ce contexte, sans même aller plus loin dans l’analyse des mesures en question, de porter quelque crédit à ce nouveau plan qui risque surtout de décrédibiliser de bonnes idées – pensons au renforcement de l’apprentissage – si elles ne s’insèrent pas dans une politique réaliste, dégagée de toute emprise idéologique. Mais l’État actuel le peut-il ?

Prépotence du bien particulier

Il n’a échappé à aucun commentateur politique qu’ayant lié sa participation aux prochaines élections présidentielles à la baisse du chômage, François Hollande a surtout présenté ces nouvelles mesures en ayant l’œil résolument fixé sur 2017. Nombre de spécialistes n’hésitent d’ailleurs pas à parler de la mise en place de tours de passe-passe pour réduire artificiellement la courbe du chômage.

Au-delà, nous devons nous interroger en profondeur sur la pertinence d’un système – sans parler de sa légitimité – qui oblige en permanence les responsables politiques de tous bords à agir en fonction des élections et donc de leur capacité à convaincre une opinion publique, par ailleurs soumise à jet continu à la propagande de la classe médiatico-culturelle.

Les catholiques, dira-t-on, n’ont rien de spécifique à apporter dans un tel domaine. C’est à voir ! Ils ont le devoir de mettre en avant les exigences de la loi naturelle – on l’a vu lors de la question dudit « mariage » pour tous. Ils ont aussi pour devoir de participer à la promotion du bien commun et à en défendre l’idée, à temps et à contretemps, au nom même de la charité politique.

Force est de constater que, au-delà même de François Hollande et du gouvernement socialiste, le bien commun de la société politique est profondément lésé, rendant impossible cette amitié politique nécessaire à la vie sociale. Personne aujourd’hui ne peut prétendre que les questions les plus urgentes ne relèvent du politique ! Pensons à la déstabilisation profonde des sociétés occidentales liée à l’immigration et à l’arrivée massive de migrants. Pensons à la destruction massive organisée par l’avortement légalisé, remboursé et conçu de plus en plus comme un moyen individuel de limitation des naissances. Pensons au terrorisme et à la guerre, menée à l’intérieur comme à l’extérieur, contre notre pays et ce qu’il représente ou qu’il est censé représenter. Plus que jamais, c’est le bien commun de la société qui est en cause et l’incapacité d’une organisation politique fondée sur l’obtention d’un bien privé (l’élection ou la réélection) de le garantir.

La culture du rebut

Le Pape François utilise souvent des phrases chocs et des mots percutants pour décrire l’état d’une situation. Le 5 juin 2013, par exemple, il a parlé avec force de la « culture du rebut » qui caractérise, selon lui, nos sociétés modernes néo-libérales : « les hommes et les femmes sont sacrifiés aux idoles du profit et de la consommation : c’est la “culture du rebut” ». Évoquant lui aussi le chômage, il indiquait le 28 octobre 2014 que l’absence de travail est aussi l’un des « effets d’une culture du rebut qui considère l’être humain en soi comme un bien de consommation, que l’on peut utiliser, puis jeter ». Sa récente visite à un foyer qui pratique les soins palliatifs a encore été l’occasion de dénoncer cette « culture du rebut » liée cette fois à la fin de vie.

Cette situation est exactement celle de la France aujourd’hui où, comme l’explique dans ce numéro Adélaïde Pouchol, la présidente pressentie pour le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie créé par le gouvernement français est un médecin favorable à l’euthanasie. De ce fait, les soins palliatifs sont ravalés à une simple option parmi d’autres de fin de vie. Outre le déni de la réalité, le manque de respect envers les personnes et la subversion sémantique à l’œuvre, cette promotion apparaît comme une victoire du relativisme. « Tout est dans tout et réciproquement » affirmait autrefois un humoriste. Aujourd’hui, cette sentence campe tranquillement dans les esprits pour lesquels tout se vaut du moment que personne n’est lésé. Grâce à l’éclairage de la foi, nous avons certainement de notre côté le devoir de bien penser en vue d’agir en faveur du bien. Moins que jamais, l’heure est à l’entre-soi ou au repli.

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