Vers un baby-krach programmé en France

Rédigé par Jean-Michel Beaussant le dans Politique/Société

Vers un baby-krach programmé en France

Alors que la France est le seul grand pays européen à avoir conservé une fécondité stable et relativement élevée (1,99) entre 2006 et 2013, l’année 2015 a été marquée par une baisse inattendue de la natalité. Premier effet visible d’une impolitique familiale, incapable d’assurer le renouvellement des générations.

La baisse de la natalité dans les pays européens les plus touchés par la crise résulte notamment du report des projets de parentalité : l’âge de la première maternité y a augmenté plus rapidement qu’auparavant, observe l’Insee. Or c’est exactement ce que l’on vérifie en France, non seulement à cause de la récession mais d’une kyrielle de mesures antifamiliales. L’âge moyen des femmes qui accouchent est désormais en France (hors Mayotte) de 30,4 ans (30 ans et demi en Espagne) contre 26,5 en 1977. Un âge tardif qui augmente régulièrement depuis les années soixante-dix. Elles sont âgées en moyenne de 28 ans pour leur premier accouchement et celles qui accouchent après 40 ans sont deux fois plus nombreuses aujourd’hui qu’il y a 20 ou 25 ans : 5 % des naissances en 2013 contre 1 % en 1980. Parmi les bébés nés ­cette année-là, 14 % ont une mère âgée de moins de 25 ans, 22 % une mère de plus de 35 ans et 52 % de ces bébés ont des parents âgés tous les deux d’au moins 30 ans. Si repousser un « projet d’enfant » n’est pas y renoncer, « l’augmentation du taux de fécondité des femmes de 34 ans ou plus ne compense pas la baisse de celui de leurs cadettes », constate ­l’Insee. Par un facteur biologique évident qui fait que la fertilité des femmes décroît sensiblement après 30 ans. Si les femmes avouent toujours désirer en moyenne 2,5 enfants, plus elles commenceront tard, moins elles risqueront d’en avoir…

Or, indépendamment de la crise, toutes les mesures « sociétales » de ces derniers lustres sont plutôt faites pour dissuader les femmes d’avoir des enfants assez tôt et d’en avoir plus de deux, dans un véritable déni de ce qu’a été et devrait être une politique au service de la famille. « Le débat social sur la famille demeure marqué par l’opposition entre “familialistes” et “individualistes”. (…) la famille et l’individu, deux valeurs entre lesquelles il faudrait choisir », résume la sociologue Irène Théry, auteur de plusieurs rapports sur la question.

Politique désastreuse

Le quinquennat de François Hollande a résolument tranché dans une logique de mépris pour la cellule de base de la société (bien préparée il est vrai par ses deux prédécesseurs).

Moralement, avec la dénaturation du mariage par la promotion du divorce, du concubinage, du pacs, du « mariage » gay au profit d’un individualisme « adultiste » peu soucieux du bien de l’enfant. 57 % des naissances ont lieu hors mariage. Une famille sur cinq est monoparentale. Si 75 % des enfants mineurs vivent avec leurs deux parents biologiques, un certain nombre le sont en « familles recomposées »…

Fiscalement, avec la fiscalisation des majorations familiales de retraites, l’élagage à deux reprises du quotient familial et l’individualisation progressif de l’impôt.

Socialement, avec la dénaturation des allocations familiales mises sous condition de ressources et la remise en cause du congé parental de trois ans incitant (parmi d’autres mesures) au travail de la femme à tout prix.

La politique familiale a été détournée en politique sociale. La justice due aux familles s’est transformée en aide aux familles plus modestes, voire même aux individus modestes « faisant » famille (cf. L’HN n° 1569 du 21 juin 2014), au détriment des familles nombreuses et des familles dites plus aisées. À la solidarité (horizontale) des foyers fiscaux sans enfant vers les familles nombreuses (pour favoriser notamment le renouvellement des générations) s’est substituée une solidarité redistributive (verticale) de ­l’État aux membres des familles en difficulté. Par idéologie libérale et individualiste certes mais aussi pour faire allègrement des économies sur le dos des familles par un véritable hold-up étatique !

Les familles les plus riches se sont vues rackettées pour améliorer les revenus des ménages plus modestes, sans pour autant (au contraire) favoriser les familles moins aisées à avoir plus d’enfants.

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