Notre quinzaine : « C’est tout un monde qu’il faut refaire… » (Pie XII)

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : « C’est tout un monde qu’il faut refaire… » (Pie XII)

Un instrument et un symbole

À peine connue, la démission de Christiane Taubira a suscité beaucoup de commentaires. On s’est certainement réjoui un peu trop vite de son départ du gouvernement, comme s’il annonçait un retour rêvé au statu quo précédent concernant la réalité du mariage et de la famille. Peu de temps avant l’annonce par l’ex-ministre de son départ, Nicolas Sarkozy, probable compétiteur à droite de la course aux élections présidentielles, annonçait clairement dans son livre La France pour la vie qu’il était hors de question de revenir sur le « mariage » homosexuel, désormais inscrit dans la loi. Maintenant dans l’opposition, en raison de son refus de la déchéance de nationalité, Christiane Taubira poursuivra par d’autres buts la politique destructrice qu’elle a mise en œuvre au sein du gouvernement socialiste pendant que la droite continuera à ne pas remettre en cause les « lois » mortifères, sous prétexte de ne pas mettre à mal la légitimité démocratique.

Jusqu’ici, Christiane Taubira n’était à vrai dire qu’un instrument, particulièrement efficace, de la subversion de la civilisation chrétienne. Instrument, elle le reste, mais en jouant désormais une autre partition. Elle incarne aussi désormais un symbole, comme l’est Simone Veil pour l’avortement. Au-delà de l’instrument et du symbole, parfaitement conjugués en des personnes qui passent aux yeux de la (nouvelle) morale comme intouchables et inattaquables, le système politico-idéologique continue avec assurance d’avancer pour mieux mettre à mal l’ordre naturel.

Un long parcours

L’accélération de ce dessein, à laquelle nous assistons depuis plusieurs années maintenant, exige des catholiques une prise de conscience et un réveil. C’est pourquoi L’Homme Nouveau s’y intéresse de près car, comme nous ne cessons de le répéter quasiment à chaque numéro, il est impossible pour les catholiques de se désintéresser du bien commun temporel de notre pays et de regarder des pans entiers de la société s’effondrer comme si nous n’étions pas concernés. Certes, il ne s’agit pas de foncer tête baissée dans l’action politique, qui sert souvent de paravent à des ambitions moins avouables. Avant toute chose, il est nécessaire pour nous catholiques de faire notre examen de conscience sur les raisons de notre absence du champ politique et de notre manque d’influence sur les décisions qui engagent le bien commun. À côté de cet examen de conscience, une véritable analyse historico-philosophique est à poser sur les causes, internes et externes, qui sont à l’origine de cette situation. Dans ce sens, après l’enquête que nous avions menée à propos des attentats islamistes de janvier 2015, nous entreprenons actuellement un long parcours sur la place et le rôle des catholiques dans la France de 2016, au regard des grands défis posés par le laïcisme militant, la politique anti-familiale, l’afflux massif d’immigrés, le terrorisme islamiste ou sur les raisons internes à l’Église du désamour pour le bien commun.

Le premier volet de ce long parcours a été posé par notre discussion autour de Situation de la France, le dernier livre de Pierre Manent, qui portait justement en lui la question de la place et du rôle des catholiques dans la société française. Nous continuons aujourd’hui avec l’ouverture d’une discussion des propositions émises par le collectif international, qui a publié sous la direction de Bernard Dumont, le volume Église et politique, changer de paradigme (cf. p. 11-15 de ce numéro). Un volume qui aurait dû susciter le débat puisque son analyse et ses conclusions sont radicales concernant les rapports de l’Église à la modernité politique et que même en cas de désaccord, partiel ou total, la discussion vaut toujours mieux que le silence, propice à toutes les léthargies et à toutes les démissions. Nous continuerons dans les prochains numéros en nous intéressant de près à la question si difficile du bien commun ainsi qu’en nous penchant sur les conséquences de cet évènement historique que fut le Ralliement des catholiques français au système républicain en 1892. Dans le même temps, partenaire de l’association « Formation Polis », nous avons lancé des journées de formation aux fondements de la philosophie politique chrétienne à destination des étudiants et des jeunes professionnels.

Fidélité à notre vocation

Face aux problèmes de notre époque, là où Dieu nous a placés, nous pensons ainsi être fidèles à la vocation de L’Homme Nouveau et, singulièrement à notre vocation de laïcs. Depuis des décennies, chaque pape redit à sa manière ce que Pie XII avait parfaitement exprimé en quelques mots : « C’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ; de sauvage, il faut le rendre humain ; d’humain, le rendre divin, c’est-à-dire selon le cœur de Dieu ». Si cette œuvre exige une profonde réforme morale, intellectuelle et spirituelle au plan personnel, elle n’en nécessite pas moins, dès maintenant, en nous appuyant sur les principes vrais du catholicisme et une analyse sérieuse de l’état de notre société, de trouver le meilleur moyen de concourir au bien commun politique. Là aussi, comme l’ont affirmé les papes, c’est une œuvre de vraie charité. Aidez-nous à rendre concret cet acte de charité, en faisant connaître L’Homme Nouveau, en offrant autour de vous des abonnements découvertes ou en nous permettant d’avancer financièrement dans nos projets.

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