Sous le soleil de Dieu : des chanoines pour l'éternité

Rédigé par Stéphen Vallet le dans Religion

Sous le soleil de Dieu : des chanoines pour l'éternité

Alors que l’Europe souffre d’une terrible crise des vocations, l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, puisant à la riche spiritualité de saint François de Sales, entend servir l’Église en lui offrant chaque année de nouveaux prêtres. Petit tour d’horizon avec son prieur général, Mgr Gilles Wach, sur cet Institut à la romanité clairement assumée et doucement proposée, esprit salésien oblige.

L’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, dont vous êtes le Prieur général, vient de voir le Saint-Siège reconnaître ses Constitutions. Qu’est-ce que cette situation change désormais pour vous ? Que signifie le fait d’être un institut de droit pontifical ?

Mgr Gilles Wach : Depuis sa fondation en 1990, l’Institut a suivi les étapes canoniques habituelles pour les sociétés de vie apostoliques cléricales. Les choses se sont faites progressivement et pacifiquement, malgré le contexte de crise dans l’Égli­se.

Pendant dix-huit ans, nous étions de droit diocésain et nous bénéficions de la bienveillance, d’abord de l’évêque de Mouila, Mgr Obamba, puis des différents archevêques de Florence, les cardinaux Piovannelli et Antonelli.

Nos prêtres ont vite été présents sur trois continents. Il devenait naturel que nous dépendions directement du Saint-Siège. Nous avons donc été reconnus de droit pontifical en 2008 après une enquête soigneuse : tous les évêques avec lesquels nous exercions un apostolat ont été interrogés. Depuis cette date, l’Ordinaire de l’Institut est son prieur général, qui est à la tête de chanoines séculiers répandus dans différentes maisons érigées canoniquement par lui-même à travers le monde.

À l’issue d’une visite canonique menée par S. Exc. Mgr Bacqué, nonce apostolique, le Saint-Siège a définitivement approuvé nos constitutions le 29 janvier 2016.

Rien ne change en revanche dans nos relations avec les évêques diocésains : nous ne nous installons dans un diocèse que si nous sommes appelés par eux. Puis, une convention est passée entre l’évêque du lieu et moi-même, comme ordinaire de l’Institut ; celle-ci fixe les modalités de notre présence. Nous répondons aux nombreux appels des évêques pour travailler avec eux et leur presbyterium.

En vingt-cinq ans, l’ICRSP s’est développé et s’est même répandu dans le monde. Quelles sont aujourd’hui vos implantations ?

Aujourd’hui, la centaine de prêtres de l’Institut ont en charge des paroisses, des missions et des écoles, organisent des activités pour la jeunesse et prêchent des retraites sur trois continents, dans douze pays. En France, l’Institut exerce un apostolat dans 23 diocèses.

Pourquoi avez-vous choisi de vous placer sous le patronage du Christ-Roi ?

Le Christ est Roi, il faut qu’Il règne sur nos intelligences qui doivent adhérer à son enseignement, sur nos volontés qui doivent observer ses commandements, sur nos cœurs qui doivent aimer Dieu par-dessus toutes choses, sur nos corps qui doivent se faire les instruments de nos âmes.

Je viens de paraphraser les dernières lignes de la magnifique encyclique de Pie XI, Quas primas. Il n’y a en effet rien de plus urgent pour nos vies de chrétiens que de reconnaître cette royauté ; pour nos vies de prêtres aussi par la configuration au Christ, à la fois Souverain Prêtre et victime. En étendant ainsi autour de nous le règne du Christ, nous contribuons chacun, à notre modeste place, à faire régner Notre Seigneur sur les sociétés qui nous entourent : la famille, l’État et l’Église.

Considérez-vous que l’ICRSP constitue une nouvelle famille religieuse dans l’Église et dans ce cas quelles sont ses « notes » propres ?

La reconnaissance par le Saint-Siège d’un Institut religieux ou d’une Société de vie apostolique est effectivement la constitution juridique d’une nouvelle famille au service de l’Église universelle selon ses spécificités propres.

Nous souhaitons participer à notre modeste place à la Nouvelle évangélisation promue par les derniers papes. Nos Constitutions disent que notre « famille spirituelle est centrée autour de la célébration du mystère liturgique », « par une liturgie solennelle centrée sur le Sacrifice eucharistique ». Les sacrements priment toujours sur toutes les techniques humaines, aussi efficaces soient-elles.

Notre Institut est placé sous le patronage principal de l’Immaculée Conception, qui a gardé en son sein le Verbe de Dieu pour le donner au monde. Il honore comme patrons secondaires saint Benoît, en raison de l’importance donnée à la prière liturgique et au lien entre culture et foi ; saint Thomas d’Aquin, maître des études et de la formation intellectuelle ; saint François de Sales, pour sa spiritualité fondée sur l’amour de Dieu, accessible à tous.

Cette famille religieuse comprend aujourd’hui plusieurs branches. Quelles sont-elles exactement ?

La branche féminine de l’Institut, les Adoratrices du Cœur Royal de Jésus-Christ Souverain Prêtre, vit du même esprit. À travers le chant de l’office divin et l’adoration quotidienne du Saint Sacrement, nos religieuses prient pour la sanctification des prêtres. Elles accomplissent une mission apostolique en aidant nos chanoines dans leur ministère, particulièrement pour les retraites spirituelles et les camps et colonies de vacances.

La branche laïque, la Société du ­Sacré-Cœur, veut dans le même esprit aider ses membres à tendre à la perfection chrétienne. Ils récitent certaines parties de l’office et s’engagent à d’autres exercices de piété. Ils prient et soutiennent les prêtres dans leur ministère et sont aujourd’hui répandus dans tous nos apostolats.

On s’étonne parfois qu’un institut fondé par des Français ait son séminaire en Italie. Pourquoi finalement une telle situation ? Quelle est la spécificité de ce séminaire ? Envisagez-vous un jour la création d’un séminaire aux États-Unis où vous êtes bien implantés ?

Je dirais que notre séminaire est providentiellement situé entre Rome et la France, dans cette Toscane qui contient quelques-unes des merveilles de l’art chrétien.

Nous ne voulons rien transmettre d’autre que ce que l’Église nous donne. Mais pour que notre Institut puisse rester une famille au sens propre, tous ses membres doivent en acquérir l’esprit, qui s’apprend au quotidien au séminaire. Il n’est pas facile de constituer un corps professoral composé de bons pédagogues qui soient à la fois orthodoxes et qui possèdent bien la spiritualité salésienne, la théologie thomiste et l’esprit bénédictin. Nous aurions pu ouvrir depuis longtemps un séminaire aux États-Unis qui se serait rempli… Nous ne voulons pas faire nombre à n’importe quel prix, mais garder notre unité et notre spécificité. Il faut attendre l’heure de Dieu.

Certains parfois s’étonnent aussi de l’habit des chanoines de l’ICRSP et notamment de la couleur bleue que vous avez retenue. Quelle est la signification de celle-ci ?

Le bleu de notre habit de chœur canonial témoigne de notre consécration à la Sainte Vierge. Il contient aussi une allusion à saint François de Sales, souvent représenté en bleu car le violet des évêques de l’époque tirait nettement vers le bleu.

Saint Thomas établissait un rapport étroit entre l’intelligence et le beau. Ce dernier a-t-il un rôle à jouer selon vous dans l’œuvre d’évangélisation à laquelle est appelée l’Église aujourd’hui ?

Le Beau est la splendeur du Vrai. Et c’est ainsi que les intelligences sont touchées par le Beau. Nous devons aller plus loin : Dieu est la Vérité (cf. Jn 14, 6). Le Beau est donc lié à l’une des réalités les plus profondes de notre foi, d’où sa très grande puissance évangélisatrice. Le monde actuel a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans le désespoir.

Parce que la théologie de saint Thomas est puissamment fondée sur cette notion de Vérité, elle traverse les siècles sans difficulté, elle est un outil remarquable et toujours actuel pour l’évangélisation des intelligences qui ne peut se faire autrement que par le Vrai et le Beau.

De la même façon, la célébration de la messe dans la forme extraordinaire peut-elle remplir ce rôle évangélisateur et toucher des personnes en dehors de cercles particulièrement cultivés ?

Le Pape François rappelle dans Evangelii Gaudium que : « L’Église évangélise et s’évangélise elle-même par la beauté de la liturgie. »

La forme extraordinaire du rite romain attire les gens vers le sacré, elle est un instrument toujours actuel pour conduire les âmes vers Dieu. Elle manifeste très explicitement l’intégralité de la foi catholique. Sa beauté, sa profondeur et sa richesse entraînent de nombreuses conversions.

On entend parfois que le latin serait le plus grand obstacle pour son développement. Au contraire, je dirais que les fidèles aiment la langue universelle de l’Église, qui les unit à Rome et au pape. L’exemple de nos apostolats d’Afrique montre bien sur ce point qu’il s’agit d’un préjugé infondé.

Monseigneur, vous avez été ordonné prêtre par le pape Jean-Paul II. Quels ont été votre itinéraire et votre formation ? Vous fêtez également cette année les vingt-cinq ans de la fondation de votre Institut. Comment celui-ci a-t-il vu le jour et dans quel dessein ?

En effet, j’ai été ordonné prêtre le 24 juin 1979 par le saint pape Jean-Paul II, dans la basilique Saint-Pierre, sur le tombeau de saint Pierre. Cela lie toute votre vie de prêtre au pape.

C’est grâce à dom Roy, alors abbé de Fontgombault, un homme de prière, d’Église et de grande culture que nous avons pu être présentés au cardinal ­Siri. Le chanoine Mora et moi-même avons été formés au séminaire de Gênes, auprès du vénéré cardinal, et on ne pouvait être plus romain que lui, plus attaché à Pierre que lui. Nous étions dans l’« après-68 »… De nombreuses vocations ont fui la France, et moi le premier ! Le cardinal Siri avait donné deux conditions pour nous accepter dans son séminaire : porter la soutane et s’engager à retourner en France parce que « demain, disait-il, la France aura besoin de vous ». Il m’envoya à Rome pour étudier. Je fis ma licence puis ma thèse sur saint François de Sales. J’ai toujours été fasciné par cette grande figure qu’était Monsieur de Genève, pasteur et docteur tout à la fois.

Je n’ai pas voulu fonder, ce qui a posteriori est rassurant. J’ai juste accepté ce que la Providence me présentait, je n’avais pas de « programme ». De nombreux jeunes gens se sont présentés à moi, me demandant de faire quelque chose pour eux afin de devenir prêtre. Comme je ne pouvais pas répondre concrètement à leur attente, je me suis tourné vers de grands hommes d’Église, comme les cardinaux Ratzinger, Mayer, Stickler, Oddi, Palazzini. Ils m’ont encouragé à former ces vocations pour qu’elles répondent à l’appel du Christ par le don de soi, l’amour de l’Église et du pape.

Mgr Obamba, évêque de Mouila au Gabon, me fit part de son souhait de nous inviter dans son diocèse à œuvrer pour la Nouvelle évangélisation. Il m’a nommé vicaire général en 1989, et en 1990 il a pour la première fois reconnu l’Institut comme société de vie apostolique de droit diocésain.

Rapidement, par l’intermédiaire du père abbé de Fontgombault, dom Forgeot, nous avons pu nous installer près de Florence, à Gricigliano, où se trouvent encore notre maison généralice et le séminaire Saint-Philippe-Néri.

Quelles sont vos perspectives pour les prochaines 25 années ?

Un grand signe d’espérance est d’avoir beaucoup de jeunes prêtres et de jeunes séminaristes.

Cela dit, nous n’avons pas de programme pour l’avenir, car ce serait un projet humain, avec ses étroitesses et ses faiblesses. La Providence guide toutes choses, nous devons seulement nous appliquer à discerner ses voies et à les suivre, autrement dit à faire notre devoir d’état : « Pensons seulement à bien faire aujourd’hui et quand le jour de demain sera arrivé il s’appellera aujourd’hui et lors nous y penserons » disait saint François de Sales.

En agissant ainsi, nous avons été déjà comblés au-delà de toute espérance durant ces vingt-cinq dernières années  !

L’Institut vit essentiellement de dons et de legs. Pour tout renseignement : Institut du Christ-Roi Souverain prêtre, Villa Martelli, Via di Gricigliano, 52, I-50065 Sieci (FI), Italie – www.icrsp.org – info@icrsp.org

Réseaux sociaux