Prier pour la patrie

Rédigé par Un moine le dans Religion

Prier pour la patrie

À l’occasion du bicentenaire de l’indépendance de son pays, le pape vient d’envoyer une lettre au président de la conférence épiscopale d’Argentine. Bien que le document soit de moindre importance dans l’échelle des degrés des documents magistériels (juste en dessous des lettres apostoliques), l’enseignement qui y est contenu mérite une sérieuse attention.

Dans cette courte lettre, le pape aborde en effet un sujet tabou pour nos gouvernants et pour l’intelligentsia dominante : l’amour de la patrie. « À l’école, écrit-il, on nous a enseigné à parler de la Mère patrie, à aimer la Mère patrie. » Cela était vrai aussi en France, il n’y a pas encore si longtemps. Mais le contexte mondialiste et européaniste à outrance ont supprimé l’idée de nation et à plus forte raison celle de patrie qui ajoute à la première la notion du bien commun hérité et transmis spécialement par l’hérédité. Le pape Jean-Paul II a, on le sait, beaucoup fait pour développer en chaque être humain le sens de l’identité nationale. Le pape François, dans le prolongement de ses deux prédécesseurs, insiste sur le fait que toute patrie est une Mère ; or, une mère on l’aime, on ne la critique pas. On ne la vend pas non plus précise le pape en des termes très forts qui vont jusqu’à souligner que l’appartenance à une nation est un véritable enracinement. Mais comme toujours, il relève aussi le débat en montrant que la patrie terrestre nous oriente vers la patrie céleste où tous les élus ne formeront qu’un peuple : l’Église triomphante. Cette patrie céleste doit d’ailleurs ouvrir, dès ici-bas, de nouveaux horizons de loyauté et de fraternité pour toutes les nations. Les papes n’ont-ils pas parlé d’une Europe des nations qui pour Jean-Paul II allait de l’Irlande à l’Oural ?

Aimer et prier pour la patrie

Nous devons aimer notre patrie, mais nous devons aussi prier pour elle. Des neuvaines pour la France se sont faites et se font encore, et il faut encourager de telles initiatives, souvent malheureusement prises par le seul laïcat. Puisse la France imiter un jour la Pologne du millénaire ! Le pape précise les motifs de la prière pour la nation : nous devons prier pour que Dieu protège notre nation, qu’il la rende forte, forte en particulier, même si le pape ne le dit pas explicitement, dans la défense de la loi divine et naturelle si gravement menacée aujourd’hui. Le pape demande au Seigneur de préserver sa nation de tout type de colonisation. Dans le contexte français, on parlerai volontiers d’État dans l’État. On sait que tous nos gouvernants jusqu’à un temps relativement récent luttèrent contre ce fléau, qui malheureusement de nos jours se développe de façon inquiétante.

En terminant, le pape invite à l’espérance et demande à ses compatriotes de regarder en avant et d’avancer au grand large. Duc in altum ! Ce fut la consigne qu’avait déjà donnée Jean-Paul II à toute l’Église au début du troisième millénaire. Et le pape de recommander spécialement de secourir les personnes âgées et dans le besoin. Il en profite pour souligner à nouveau l’importance de la mémoire ! La mémoire d’un peuple est le gage d’un avenir heureux malgré les vicissitudes des temps. À cette mémoire, le pape ajoute le rêve, caractéristique de la jeunesse. Ce rêve doit permettre à tous de sortir de la dictature du relativisme ambiant, mais aussi de l’immobilisme bureaucratique. Prions beaucoup Marie Reine de France pour notre pays et tous les pays du monde.

 

Lettre du pape François pour le bicentenaire de l'indépendance de l'Argentine

A S.Exc. Mgr José María Arancedo 
président de la Conférence épiscopale argentine Buenos Aires

Cher frère,

à la veille de la célébration du bicentenaire de l’indépendance, je voudrais te faire parvenir un salut cordial, ainsi qu’à mes frères évêques, aux autorités nationales et à tout le peuple argentin. Je désire que cette célébration nous rende plus forts sur le chemin entrepris par nos ancêtres il y a deux cents ans. Avec ces vœux j’exprime à tous les Argentins l’assurance de ma prière.

De façon particulière, je désire être proche de ceux qui souffrent : les malades, ceux qui vivent dans l’indigence, les détenus, ceux qui se sentent seuls, ceux qui n’ont pas de travail et font l’expérience de toute sorte de besoin, ceux qui sont ou qui ont été victimes de la traite, du commerce humain et de l’exploitation de personnes, les mineurs victimes d’abus et les nombreux jeunes qui subissent le fléau de la drogue. Ils portent tous très souvent le dur poids de situations limites. Ce sont les enfants les plus blessés de la patrie.

Oui, enfants de la patrie. A l’école, on nous a enseigné à parler de la Mère patrie, à aimer la Mère patrie. C’est précisément là que s’enracine le sens patriotique d’appartenance: dans l’amour pour la Mère patrie. Nous, Argentins, utilisons une expression à la fois audacieuse et pittoresque lorsque nous nous référons à des personnes sans scrupule : « Il vendrait même sa mère ! » ;  mais nous savons et nous sentons profondément dans notre cœur que l’on ne vend pas sa Mère, on ne peut la vendre... pas plus que la Mère patrie.

Nous célébrons deux cents ans de chemin d’une patrie qui, dans son désir et dans son aspiration de fraternité, se projette au-delà des frontières du pays :  vers la grande patrie, celle dont rêvèrent San Martín et Bolívar. Cette réalité nous unit dans une famille de vastes horizons et loyauté de frères. Aujourd’hui, pendant notre célébration, nous prions également pour la grande patrie :  que le Seigneur la protège, la rende forte, davantage sœur et la défende de tout type de colonisation.

Avec le soutien de ces deux cents ans, il nous est demandé de continuer à marcher, de regarder de l’avant. A cette fin, je pense — de façon particulière — aux personnes âgées et aux jeunes, et je sens le besoin de leur demander de l’aide pour continuer de marcher vers notre objectif. Aux personnes âgées, les « gardiens de la mémoire » de l’histoire, je demande d’avoir le courage de rêver, surmontant la « culture du rebut » qui nous est imposée au niveau mondial. Nous avons besoin de leurs rêves, source d’inspiration. Aux jeunes, je demande de ne pas envoyer à la retraite leur existence dans l’immobilisme bureaucratique dans lequel les confinent tant de propositions privées d’espérance et d’héroïsme. Je suis convaincu que notre patrie a besoin de rendre vivante la prophétie de Joël  ( cf. Jl 4, 1 ). Ce n’est que si nos grands-parents ont le courage de rêver et nos jeunes celui de prophétiser que la patrie pourra être libre. Nous avons besoin de grands-parents rêveurs qui poussent les jeunes qui — inspirés par ces mêmes rêves — courent de l’avant avec la créativité de la prophétie.

Cher frère, je demande à Dieu, notre Père et Seigneur, de bénir notre patrie et de nous bénir tous ; et à la Vierge de Luján, comme mère, de prendre soin de nous tout au long de notre chemin. Et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi.

Fraternellement,

François

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