L'importance du pardon

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

L'importance du pardon
Jean-Paul II et celui qui tira sur lui : un modèle de pardon.

Pour le huitième centenaire du pardon de saint François, le Pape s’est rendu à Assise le 4 août. Partant de la phrase célèbre du Poverello : « Je désire vous envoyer tous au paradis », le Pape a rappelé dans son discours à la Basilique Sainte-Marie-des-Anges, qu’il était impossible d’y entrer sans le pardon : pardon de Dieu d’une part, obtenu par la confession fervente, totale et individuelle ; pardon fraternel, d’autre part. La pastorale récente a hélas trop souvent occulté, en partie sinon complètement, les fins dernières de l’homme. Non seulement beaucoup ne croient plus en l’enfer et refusent le purgatoire, mais beaucoup ne croient même plus au ciel. Jean-Paul II lui-même s’en lamentait dans Entrez dans l’espérance. Cette phrase du saint de la pauvreté et de l’humilité devrait, en cette Année de la miséricorde, convertir les âmes en les tournant vers Dieu et en conséquence vers leur bonheur éternel.

Un mystère d'amour

Mais qu’est-ce au juste que le paradis ? C’est la vision éternelle de Dieu loué, adoré et aimé sans fin. Comme l’écrit saint Augustin, nous passerons notre ciel à dire à Dieu : Amen et Alleluia. Ce dernier mot hébreu signifie précisément : Louez Dieu. Mais cela ne peut se faire que si nous sommes entièrement purifiés et totalement dans l’amour. Le paradis, comme le dit finement le Pape, n’est pas autre chose en définitive « que le mystère d’amour qui nous lie pour toujours à Dieu pour le contempler sans fin ». Le salut demeure avant tout individuel ; cependant, il est tout aussi vrai d’affirmer que nous nous sauvons collectivement, car c’est collectivement que nous professons l’unique foi transmise par les Apôtres. Au ciel, chacun sera pleinement heureux, à la place que le Seigneur lui donnera par grâce, compte tenu des mérites acquis sur terre. Mais le mystère de la communion des saints demeure un grand moyen de salut. À Fatima, la Sainte Vierge dit aux enfants que beaucoup d’âmes allaient en enfer parce qu’on ne priait pas pour elles. Les indulgences, en l’occurrence ici celle de la Portioncule accordée par Honorius III, nous replacent dans ce double mystère du salut individuel et de la communion des saints.

Mais pour aller au ciel, il faut prendre le chemin du pardon qui n’est pas un chemin facile. Quelquefois même, pardonner peut paraître impossible, en raison de l’injustice commise. Pourtant, il faut se souvenir que pardonner ne signifie pas oublier ; d’autre part, il existe un pardon en germe. Qu’est-ce à dire ? Dans le cas où on ne se sent pas capable de pardonner tout de suite, il est bon de prier pour celui qui nous a offensé et implorer pour soi-même la grâce de Dieu pour devenir capable de pardonner. On peut aussi méditer avec le Pape la parabole du serviteur insolvable et impitoyable. N’imitons jamais ce dernier en étranglant notre frère qui nous a causé du tort. Pour que Dieu nous remette notre propre dette, nous devons faire miséricorde à autrui, loin de devenir à son égard des créanciers intolérants. On connaît le proverbe latin : summum jus, summa injuria.

Avec saint François d’Assise, suivons le canal de la vraie et exigente miséricorde qui nous conduit directement au paradis. Ne vivons pas dans la rancune et à plus forte raison dans la haine. Si nous sommes tentés sur ce point, courrons au confessionnal. Nous sommes tous pécheurs et chacun doit prononcer, comme l’enfant prodigue, l’aveu qui obtient la grâce : « Père, j’ai péché ». Rappelons-nous de l’exemple de Saprice et Nicéphore raconté par saint François de Sales : le premier, pourtant héroïque défenseur de la foi, finit par apostasier parce qu’il refusait de pardonner au second qui, lui, obtint la palme du martyre.

Le discours du Pape :

En ce jour, j’aimerais avant tout rappeler, chers frères et sœurs, les paroles que, selon une antique tradition, saint François a prononcées ici même, devant tout le peuple et devant les évêques : ‘‘Je désire vous envoyer tous au paradis’’. Que pouvait le Petit Pauvre d’Assise demander de plus beau, sinon le don du salut, de la vie éternelle avec Dieu et de la joie sans fin, que Jésus a obtenu pour nous par sa mort et sa résurrection ?

Le paradis, d’ailleurs, qu’est-ce sinon le mystère d’amour qui nous lie pour toujours à Dieu pour le contempler sans fin ? L’Église, depuis toujours, professe cette foi lorsqu’elle dit qu’elle croit dans la communion des saints. Nous ne sommes jamais seuls en vivant la foi ; les saints, les bienheureux nous font compagnie, ainsi que nos proches qui ont vécu avec simplicité et joie la foi et en ont témoigné dans leur vie. Il y a un lien invisible, mais pas pour autant moins réel, qui fait de nous ‘‘un seul corps’’, en vertu de l’unique Baptême reçu, animés par un ‘‘seul Esprit’’ (cf. Ep 4, 4). Peut-être saint François, lorsqu’il demandait au Pape Honorius III le don de l’indulgence pour ceux qui venaient à la Portioncule, avait-il à l’esprit ces paroles de Jésus aux disciples : « Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, vous aurais-je dit : ‘‘Je pars vous préparer une place ?’’ Quand je serai parti vous préparer une place, je reviendrai et je vous emmènerai auprès de moi, afin que là où je suis, vous soyez, vous aussi » (Jn 14, 2-3).

Un pardon difficile

Le chemin du pardon est certainement le chemin principal à suivre pour rejoindre cette place au Paradis. Il est difficile de pardonner ! Qu’il nous coûte de pardonner aux autres ! Pensons-y un peu ! Et ici à la Portioncule tout parle de pardon ! Quel grand don nous a fait le Seigneur en nous enseignant à pardonner – ou au moins à avoir la volonté de pardonner - pour nous faire toucher de la main la miséricorde du Père ! Nous avons écouté la parabole par laquelle Jésus nous a enseigné à pardonner (cf. Mt 18, 21-35). Pourquoi devrions-nous pardonner à une personne qui nous a fait du mal ? Parce qu’en premier nous avons reçu le pardon, et infiniment plus. Parmi nous, il n’y a personne qui n’ait pas été pardonné. Que chacun y pense… pensons en silence au mal que nous avons commis et à la manière dont le Seigneur nous a pardonné. La parabole nous dit exactement ceci : comme Dieu nous pardonne, de même nous devons nous aussi pardonner à qui nous fait du mal. C’est la caresse du pardon ! Le cœur qui pardonne. Le cœur qui pardonne caresse. Bien loin de ce geste : ‘‘tu le me paieras !’’. Le pardon est autre chose. Précisément comme dans la prière que Jésus nous a enseignée, le Notre Père, lorsque nous disons : « Remets-nous nos dettes comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs » (Mt 6, 12). Les dettes sont nos péchés devant Dieu, et nos débiteurs sont ceux à qui nous devons pardonner, nous aussi.

Chacun de nous pourrait être ce serviteur de la parabole qui a une grande dette à payer, mais tellement grande qu’il ne pourrait pas s’en sortir. Nous aussi, quand au confessionnal, nous nous mettons à genoux devant le prêtre, nous ne faisons que répéter le même geste du serviteur.  Nous disons : ‘‘Seigneur, sois patient avec moi’’. Avez-vous pensé parfois à la patience de Dieu ? Il est très patient ! Nous savons bien, en effet, que nous sommes pleins de défauts et que nous retombons souvent dans les mêmes péchés. Néanmoins, Dieu ne se lasse pas d’offrir toujours son pardon chaque fois que nous le demandons. C’est un pardon plein, total, par lequel il nous donne l’assurance que, bien que nous puissions retomber dans les mêmes péchés, lui a pitié de nous et ne se lasse pas de nous aimer. Comme le patron de la parabole, Dieu s’apitoie, c’est-à-dire qu’il éprouve un sentiment de pitié mêlé de tendresse : c’est une expression pour indiquer sa miséricorde envers nous. Notre Père, en effet, s’apitoie toujours quand nous nous repentons, et il nous renvoie à la maison le cœur tranquille et serein, en nous disant qu’il nous a tout remis et tout pardonné. Le pardon de Dieu ne connaît pas de limites ; il dépasse toute imagination et rejoint quiconque, dans l’intime du cœur, reconnaît avoir commis une faute et veut retourner à lui. Dieu regarde le cœur qui demande à être pardonné.

La mauvaise réaction

Le problème, malheureusement, survient quand nous nous trouvons face à notre frère qui nous causé un petit tort. La réaction que nous avons écoutée dans la parabole est très expressive : « Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘‘Rembourse ta dette’’ » (Mt 18, 28). Dans cette scène, nous trouvons tout le drame de nos relations humaines. Quand nous sommes, nous, en dette avec les autres, nous voulons la miséricorde ; quand, au contraire, nous sommes créanciers nous invoquons la justice ! Et nous faisons tous ainsi, tous ! Cela, ce n’est pas la réaction du disciple du Christ et cela ne peut être le style de vie des chrétiens. Jésus nous enseigne à pardonner, et à le faire sans limites : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (v. 22). En somme, ce qu’il nous propose, c’est l’amour du Père, non pas notre prétendue justice. S’arrêter à cela, en effet, ne nous ferait pas reconnaître comme des disciples du Christ, qui ont obtenu miséricorde au pied de la croix seulement en vertu de l’amour du Fils de Dieu. N’oublions donc pas les paroles sévères par lesquelles se conclut la parabole : « C’est ainsi que votre Père du Ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur » (v. 35).

Chers frères et sœurs, le pardon dont saint François s’est fait le ‘‘canal’’ ici à la Portioncule continue à ‘‘générer le paradis’’ encore après huit siècles. En cette Année Sainte de la Miséricorde, il devient encore plus évident que le chemin du pardon peut vraiment renouveler l’Église et le monde. Offrir le témoignage de la miséricorde dans le monde d’aujourd’hui est une tâche à laquelle personne d’entre nous ne peut se soustraire. Je le répète : offrir le témoignage de la miséricorde dans le monde d’aujourd’hui est une tâche à laquelle personne d’entre nous ne peut se soustraire. Le monde a besoin de pardon ; trop de personnes vivent enfermées dans la rancœur et couvent la haine, parce qu’incapables de pardon, ruinant leur propre vie et celle d’autrui au lieu de trouver la joie de la sérénité et de la paix. Demandons à saint François d’Assise d’intercéder pour nous, afin que nous ne renoncions jamais à être d’humbles signes de pardon et des instruments de miséricorde.

Nous pouvons méditer sur cela. Chacun comme il le sent. J’invite les Frères, les Évêques à aller dans les confessionnaux – moi aussi j’irai – pour être à la disposition du pardon. Ça nous fera du bien de le recevoir aujourd’hui, ici, ensemble. Que le Seigneur nous donne la grâce de dire ce mot que le Père ne nous laisse pas finir [de prononcer], ce mot qu’a dit l’enfant prodigue : ‘‘Père, j’ai péché contre…’’, et [le Père] lui a fermé la bouche, l’a embrassé. Nous, commençons à parler, et lui, il nous fermera la bouche et nous revêtira… ‘‘Mais, Père, demain, j’ai peur de faire la même chose…’’. Mais reviens ! Le Père regarde toujours la route, il regarde, attendant que revienne le fils prodigue ; et nous le sommes tous. Que le Seigneur nous donne cette grâce !

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