Le Pape revient sur la Miséricorde de Jésus

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Le Pape revient sur la Miséricorde de Jésus

Après les JMJ à Cracovie et un voyage rapide à Assise, le Pape a repris sa croisière d’été n’assurant que les audiences du mercredi. Même si ses discours catéchétiques, d’ailleurs souvent improvisés, n’ont pas tous la même portée doctrinale que ceux de Paul VI, de Jean-Paul II et de Benoît XVI, il est bon de les lire et de les méditer. Ce sont en général de pieuses méditations, comme les jésuites ont coutume d’en prononcer en donnant les Exercices de Saint Ignace. On en tirera toujours pourtant un profit certain pour notre vie spirituelle. Commentons donc dans cet esprit l’allocution prononcée le mercredi 17 août.

Dans son discours qui est lié, on le comprend, au thème jubilaire, le Pape nous présente la miséricorde comme instrument de communion ; il prend pour toile de fond le récit de la première multiplication des pains au chapitre XIV de saint Matthieu, récit qui suit immédiatement l’annonce de la mort de saint Jean-Baptiste. Jésus a été obligé de traverser en barque le lac de Tibériade et la foule très nombreuse l’a devancé sur l’autre rive. Jésus est alors pris de compassion pour cette foule affamée corporellement, mais aussi spirituellement, et il la fait asseoir avant de réaliser le miracle. On trouve là une caractéristique de Jésus : il ne pense jamais à lui mais d’abord aux autres. Que l’on se  rappelle l’ordre des paroles prononcées par Jésus sur la Croix où, malgré sa souffrance indicible, il pense d’abord aux autres : il pardonne aux juifs et au monde pécheur, il canonise le bon larron et il nous donne, à travers la personne de saint Jean, sa propre mère qui devient notre mère et la mère de l’Église. Il en va toujours de même. Le Pape en donne la raison : Dieu n’a pas un cœur froid ou glacial, à l’inverse de nous hélas qui trop souvent préférons notre moi et notre bien être à la pratique des œuvres de miséricorde. Mais remarquons aussi que cette compassion miséricordieuse n’est en aucun cas un vague sentiment humanitaire. Elle est chez Jésus la preuve de sa volonté fixée dans le bien par une charité infinie et exemplaire. Jésus n’a qu’un but : sauver les âmes et les délivrer de la puissance de Satan. Ce n’est sans doute pas sans raison que saint Luc, l’évangéliste de la miséricorde, insiste tant sur le salut avec la montée solennelle vers Jérusalem. Ne nous trompons pas non plus sur le miracle accompli ; il s’agit avant tout d’un miracle de la foi. Suscité par la charité, il ne se réalise que par la prière.

La bénédiction des pains annonce le geste que réitérera Jésus lors de la Sainte Cène. Nul doute en effet que ce miracle annonce l’Eucharistie, mais il faut préciser avec force, contre une exégèse dévastatrice, qu’histoire et symbole ne s’excluent pas. Bien au contraire ! Plus que de nourriture corporelle, notre âme a besoin de nourriture spirituelle capable de nous apprendre à pardonner et à rechercher les choses d’en haut. Dans l’Eucharistie cependant, il ne s’agit pas seulement d’une nourriture spirituelle. Contre Calvin qui n’y voyait qu’un signe, il faut affirmer la présence réelle et substantielle du Christ dans son corps, son âme et sa divinité. Communier veut dire vraiment s’unir au Christ et l’on comprend alors pourquoi l’Eucharistie, sacrement du salut, de la foi et donc de la miséricorde, réalise une communion parfaite entre tous les membres du Christ. Saint Augustin, à la suite de saint Paul, a chanté cela à merveille. Que Marie, icône de l’Eucharistie, rende parfaite la communion de tous ceux qui communient au Corps et au Sang du Seigneur.

Le discours du Pape

Aujourd’hui, nous voulons réfléchir sur le miracle de la multiplication des pains. Au début du récit qu’en fait Matthieu (cf. 14, 13-21), Jésus vient de recevoir la nouvelle de la mort de Jean-Baptiste et il traverse le lac en barque à la recherche d’« un endroit désert, à l’écart » (v. 13). Mais les gens comprennent et le précèdent à pied de sorte qu’« en débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. » Jésus était comme cela : toujours avec compassion, pensant toujours aux autres. On est impressionné par la détermination de la foule qui craint d’être laissée seule, comme abandonnée. Après la mort de Jean Baptiste, prophète charismatique, elle se fie à Jésus, de qui ce même Jean avait dit : « Celui qui vient après moi est plus fort que moi » (Mt 3, 11). Ainsi, les gens le suivent partout, pour l’écouter et lui amener les malades. Et en voyant cela, Jésus est ému. Jésus n’est pas froid, il n’a pas un cœur froid. Jésus est capable de s’émouvoir. D’un côté, il se sent lié à cette foule et ne veut pas qu’elle s’en aille ; de l’autre, il a besoin de moments de solitude, de prière, avec le Père. Il passe très souvent la nuit en priant son Père.

Ce jour-là aussi, le maître se consacra donc à la foule. Sa compassion n’est pas un vague sentiment ; au contraire, il montre toute la force de sa volonté d’être proche de nous et de nous sauver. Jésus nous aime tellement ; il veut être proche de nous.

Vers le soir, Jésus se préoccupe de donner à manger à toutes ces personnes, fatiguées et affamées et il prend soin de ceux qui le suivent. Et il veut y impliquer ses disciples. Il leur dit en effet : « Donnez-leur vous-mêmes à manger » (v. 16). Et il leur montra que les quelques pains et poissons qu’ils avaient, avec la force de la foi et de la prière, pouvaient être partagés pour tout le monde. Jésus fait un miracle, mais c’est le miracle de la foi, de la prière, suscité par la compassion et par l’amour. Ainsi Jésus « rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. » (v. 19) Le Seigneur va à la rencontre des nécessités des hommes, mais il veut faire participer chacun de nous concrètement à sa compassion.

Maintenant, arrêtons-nous sur le geste de bénédiction de Jésus : « Il « prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna » (v. 19). Comme on le voit, ce sont les mêmes signes que Jésus a accomplis lors de la dernière Cène ; et ce sont aussi les mêmes que tous les prêtres accomplissent quand ils célèbrent la Sainte Eucharistie. La communauté chrétienne naît et renaît continuellement de cette communion eucharistique. Vivre la communion avec le Christ est par conséquent tout autre chose que de rester passifs et étrangers à la vie quotidienne ; au contraire, cela nous insère toujours plus dans la relation avec les hommes et les femmes de notre temps, pour leur offrir le signe concret de la miséricorde et de l’attention du Christ. Tandis qu’elle nous nourrit du Christ, l’Eucharistie que nous célébrons nous transforme aussi peu à peu en Corps du Christ et boisson spirituelle pour nos frères. Jésus veut rejoindre tout le monde, pour porter à tous l’amour de Dieu. C’est pourquoi il fait de chaque croyant un serviteur de la miséricorde. Jésus a vu la foule, il a été saisi de compassion pour elle et il a multiplié les pains ; il fait la même chose avec l’Eucharistie. Et nous, croyants qui recevons ce pain eucharistique, nous sommes poussés par Jésus à apporter ce service aux autres, avec sa compassion même. Voilà le parcours.

Signe visible de la miséricorde

Le récit de la multiplication des pains et des poissons se conclut par la constatation que tous ont été rassasiés et par le ramassage des morceaux qui restaient (cf. v. 20). Quand, avec sa compassion et son amour, Jésus nous donne une grâce, nous pardonne nos péchés, nous embrasse, nous aime, il ne fait pas les choses à moitié, mais complètement. Comme cela s’est passé ici : tous ont été rassasiés. Jésus remplit notre cœur et notre vie de son amour, de son pardon, de sa compassion. Jésus a donc permis à ses disciples d’exécuter son ordre. Ainsi, ils connaissent la voie à parcourir : rassasier le peuple et le garder uni, c’est-à-dire être au service de la vie et de la communion. Invoquons donc le Seigneur, pour qu’il rende toujours son Église capable de ce service saint, et pour que chacun de nous puisse être un instrument de communion dans sa propre famille, dans son travail, dans sa paroisse et dans les groupes auxquels il appartient, un signe visible de la miséricorde de Dieu qui ne veut laisser personne dans la solitude et dans le besoin, afin que descendent la communion et la paix parmi les hommes et la communion des hommes avec Dieu, parce que cette communion est vie pour tous.

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