Notre quinzaine : La grande utopie des bien-pensants

Rédigé par Philippe Maxence le dans Éditorial

Notre quinzaine : La grande utopie des bien-pensants

Un islam de France est-il possible ?

Depuis des années, cette question agite le monde politique, de droite et de gauche. Ce que Napoléon est censé avoir réussi avec le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme, il serait nécessaire que la République française y parvienne avec l’islam. Seulement, des causes différentes n’entraînent pas forcément les mêmes effets. On hésite à le redire tant la chose apparaît évidente : l’islam n’est en aucun cas comparable au christianisme. À force d’avoir mangé du « curé », nos laïcistes les plus virulents ont avalé en même temps la conception chrétienne de la religion et des rapports qui régissent les domaines temporel et spirituel. Et, la digestion est difficile !

Mais, outre qu’il n’a pas de magistère unique, l’islam repose fondamentalement sur une confusion du temporel et du spirituel. Jules Monnerot parlait naguère du communisme comme d’un islam à l’envers. Là où le communisme absorbe le spirituel dans le temporel, l’islam absorbe le temporel dans le spirituel. Le point commun ? La même perversité totalitaire !

Alors, un islam de France est-il possible ? Oui, certainement, pour une partie de la communauté musulmane qui entend vivre tranquillement sur le sol français et qui craint de plus en plus un retour de violence à son encontre. Celle-ci reste, en fait, habitée par le réflexe, lui aussi typiquement musulman, de la minorité qui entend rester soumise tant qu’elle ne se sent pas assez forte. C’est donc une simple question d’appréhension différente des rapports de force parmi les pratiquants d’une religion qui les voit comme une volonté divine. Mais, de toute façon, cet islam est minoritaire, incapable de s’imposer, contesté par des franges plus radicales. On peut rêver, bien sûr, d’un islam différent, rénové, libéralisé, modernisé. C’est la grande utopie de nos bien-pensants. Comme pour le reste, c’est un déni de réalité. On ne peut pas dans le même temps proclamer que nous sommes en guerre et organiser la collaboration. Surtout, si celle-ci repose sur des bases fausses et une mauvaise compréhension de ce qui motive les forces adverses.

Une arme par destination ?

L’affaire du burkini, dont nous traitons abondamment dans ce numéro, n’aurait pu être qu’un fait divers ou l’épisode supplémentaire de la coexistence difficile en nos sociétés libérales-libertaires entre pudeur, voire pudibonderie, et ­laisser-aller, voire indécence. Très vite, il a pris une tournure politique et a servi de révélateur à la grave crise de civilisation que nous traversons.

De création récente, imposé par les hommes ou éventuellement choisi par des femmes, le burkini est devenu une sorte d’arme par destination, peut-être même au corps défendant de certaines d’entre celles qui le portent. Dans une société éclatée, sans socle moral commun, à part les fameuses « valeurs républicaines » sorties du chapeau des prestidigitateurs d’idéologies des années 1990, il n’est pas étonnant qu’une partie de la communauté musulmane ait recours à un vêtement de bain plus conforme aux préceptes du Coran. Mais d’emblée, il a pris une forme de test politique, dans une France pourtant traumatisée par les attentats islamistes. L’accepter, sous prétexte que tout le monde peut s’habiller comme il le souhaite, revenait à admettre dans les faits que l’islam ne pose ni un problème de civilisation, ni un problème politique. Le refuser, sous prétexte de trouble à l’ordre public, c’était reconnaître que ce qui est interdit sur les plages est étonnamment admis à la sortie des écoles, dans la rue ou le métro avec la présence de femmes voilées.

Un révélateur de nos contradictions

Vêtement de bain, le burkini est devenu le révélateur des contradictions des fameuses « valeurs républicaines », incapables de trancher entre le respect de la liberté et la nécessité de ne pas céder devant la montée en puissance de l’islam.

C’est la société individualiste qui vasouille ; c’est le socialisme libertaire qui cafouille, mais c’est la civilisation française qui se trouve mise à mal par l’union de fait de l’idéologie progressiste et de l’islamisme. Dans une France forte, sûre d’elle-même, fière de son passé, de sa civilisation, de ses mœurs, le burkini n’aurait pas posé de gros problèmes. Mais dans un pays assailli par le doute, la crainte, confronté à des mœurs éclatées et à l’idéologie laïciste, il a pris valeur de test et c’est en cela qu’il est devenu une arme par destination. Conçu pour cacher la femme, exagération dans la pudeur, il révèle calmement notre faiblesse spirituelle, morale et politique.

Le burkini n’est pas le problème. Le vrai problème, c’est que nous ne savons plus qui nous sommes, d’où nous venons et ce qu’est réellement la France, incarnation particulière de l’universalisme et de l’équilibre catholique. Nous avons oublié les engagements et les promesses de notre baptême. Oserais-je le dire ? C’est une raison de plus pour que L’Homme Nouveau continue d’être la petite voix de l’espérance française…

Pour aller plus loins sur le sujet, lire notre dossier de L'Homme Nouveau du 10 septembre.

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