Que se passe-t-il à l’église Sainte-Rita de Paris ? – I

Rédigé par Abbé Guillaume de Tanoüarn le dans Tribune libre

Que se passe-t-il à l’église Sainte-Rita de Paris ? – I

Une zone spirituelle à défendre

Le 3 août au matin, des fidèles assistant à une messe en l’église Sainte-Rita de Paris étaient expulsés par la police. Depuis les milieux catholiques sont divisés sur la question. Cette église vaut-elle une messe ? L’État a-t-il agi légitimement ? Explication de l’abbé de Tanoüarn qui dessert ce lieu.

C’est une étrange histoire que celle de cette église Sainte-Rita dans le XVe arrondissement. Construite au début du XXe siècle par des gens qui se dénommaient eux-mêmes les catholiques apostoliques, cette église est un des premiers édifices religieux à marier le béton et l’art néogothique. La finesse des nervures de la voûte est remarquable. Pendant un peu plus d’un demi-siècle, cette église fut fréquentée par des gens qui pensaient que la fin du monde était proche et qui se sentaient une vocation d’annoncer la parousie aux autres chrétiens, attiédis par l’insouciance du monde. Est-ce une sorte d’impatience à avoir annoncé une fin du monde qui ne venait toujours pas ? Les membres de ce groupement d’origine anglicane se sont faits de moins en moins nombreux.

Un bâtiment loué à des « gallicans »

En 1987, l’église du coup a été louée à un groupe autoproclamé gallican : rien à voir avec Bossuet, sinon des prêtres et des évêques qui célèbrent la liturgie latine, mais dont on ne sait pas trop (j’ai posé des questions pourtant) s’ils sont validement prêtres. Les animateurs de cette communauté sentaient un peu le souffre. Mais, moi qui habite à 500 mètres, je peux témoigner que Mgr Philippe a fait un vrai travail auprès des habitants du quartier, permettant, en particulier à des gens simples, que j’ai connus parfois mais aussi à quelques jet-setters égarés que je ne connais pas, de retrouver le Christ. Les voies du Seigneur ne sont pas toujours des parcours fléchés et bien balisés !

Outre la validité de leur ordination, qui n’est pas une petite chose, les gallicans ont eu un problème récurrent : ils n’ont pas payé leur loyer. L’association propriétaire a donc considéré qu’elle se rattraperait en mettant en vente. Et c’est ainsi que cette église commença à connaître un vrai danger : un danger pour sa survie. Il y eut promesse de vente entre l’association des chapelles catholiques apostoliques et le promoteur breton Lamotte, dont c’était apparemment la première opération parisienne. Promesse de vente vaut contrat dans le monde impitoyable des promoteurs. Aujourd’hui Sainte-Rita, vidée de ses occupants par les CRS, est gardée par deux cerbères qui font le pied de grue en permanence, comme si Lamotte acceptait toutes les dépenses pour arriver à ses fins à n’importe quel prix. Est-ce bien raisonnable ?

D’autant plus que ce qu’il fallait que le promoteur évite à tout prix – la médiatisation – a eu lieu. En voulant profiter du cœur de l’été (3 août) pour « récupérer » l’église en douce, moyennant une opération de police, le groupe Lamotte n’avait pas perçu qu’il se heurtait à une communauté bien plus importante que la maigre communauté gallicane : une communauté de catholiques romains, avec beaucoup de jeunes, arrivée sur place petit à petit depuis 2014, pour empêcher la destruction de cette église. Les premiers arrivés avaient supporté la liturgie douteuse de Mgr Philippe. Quant à moi, prêtre de l’Institut du Bon Pasteur, en communion avec Rome, je suis arrivé lorsque les gallicans ont abandonné le terrain : d’abord Mgr Philippe, qui aurait été payé par le promoteur pour partir ; puis Mgr Samuel, qui a tenté de continuer le combat en célébrant courageusement sa messe dans la rue, mais a fini par jeter l’éponge : le public n’était pas au rendez-vous…

Le rite romain

Ces gens célébraient le rite romain traditionnel au nom de leur gallicanisme. Il se trouve que je célèbre le rite romain traditionnel, au nom de mon amour pour l’Église romaine. Je suis arrivé en décembre 2015, alors qu’une première tentative des démolisseurs serbes à la solde du promoteur, fin octobre, avait été stoppée par le maire en personne, Philippe Goujon, accompagné d’une partie de son Conseil municipal, en écharpe tricolore. À cette époque, c’est Nicolas Stoquer, un vétéran déjà du combat pour l’église, délégué général de l’association « Les arches de Sainte-Rita », qui m’avait invité à rejoindre le combat pour que l’église ne soit pas détruite. J’avais dit : oui, à condition qu’il n’y ait pas de mélange liturgique avec les gallicans et j’avais proposé 16 h pour une messe, le seul créneau horaire libre dans ma journée de dimanche. Dès la première messe après leur départ, nous étions une quarantaine, anciens paroissiens gallicans – parfois propriétaires d’animaux domestiques, qui ont droit de cité dans cette église où on les bénit en grande pompe – et cathos d’un peu partout venus par le bouche à oreille.

Le dernier dimanche où nous avons pu célébrer la messe à l’intérieur de l’église, il y avait deux messes, pour quelque 200 fidèles, le tout sans publicité particulière. De son côté l’archevêché m’avait fait dire que l’église ne l’intéressait pas, mais que je pouvais la défendre. Même s’il s’agissait d’une église occupée par des catholiques dissidents, autoproclamés gallicans, ce bâtiment restait un signe important dans le quartier et la sainte de Cascia était priée discrètement par beaucoup de gens qui se contentaient d’entrer dans l’église pour un signe de croix et une prière rapide. Bref, ce que le Père Serge Bonnet appelait « la religion populaire », si maltraitée par beaucoup de prêtres zélés depuis Vatican II, mais si profonde dans les cœurs des fidèles, se donnait libre cours à Sainte-Rita depuis trente ans.

L’évacuation de l’église a constitué pour ses défenseurs un succès inattendu, puisque les médias ont relayé des images, en particulier celle de l’abbé Billot, traîné à terre par des CRS, alors qu’il avait encore l’aube et l’étole avec lesquels il venait de célébrer la messe. Détruire une église en plein Paris (que cette église ait ou non été consacrée validement par un évêque en communion avec le pape), cela pose un problème à la conscience catholique des Parisiens, pour lesquels il faut s’en souvenir depuis quatre siècles, « Paris vaut bien une messe ». Il n’est plus si sûr que Sainte-Rita soit détruite, mais reste à trouver l’argent nécessaire pour la racheter au promoteur. Sa situation dans Paris en fait un vecteur idéal de l’évangélisation à venir. Quant à la publicité du nouveau lieu de culte… Elle est faite et la communauté déjà formée, sans concurrence avec les églises du voisinage !

 

Lire sur le même sujet la réponse de Daniel Hamiche.

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