Invité de force, mais sans la robe nuptiale

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Invité de force, mais sans la robe nuptiale

L’invité aux noces du fils du roi, dans l’évangile de saint Mathieu, est pris de force, puis rejeté pour n’avoir pas revêtu la robe nuptiale (Mt 22, 11-14). Quelle énigme ! Pour Origène « ces noces sont celles du Christ et de son Église. Les vêtements indignes y disparaissent au profit de cette robe nuptiale adaptée à leur solennité. Le roi entre pour voir ceux qui sont réunis dans la salle du festin, avant que le repas soit servi. Il retient ceux dont l’habit nuptial lui est si agréable, mais il renvoie ceux qui ne le portent pas. » Voici la conclusion morale d’Origène : « Tout homme qui pèche, ne se revêt pas de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et pour préciser qu’il est alors sans excuse, il est dit de cet homme : Et il demeura muet (Mt 22, 12) ».

Dans son Commentaire des Sentences, repris au terme de la Somme Théologique (IV Sent. dist. 43 et S. Qu. 87, a. 1), saint Thomas analyse la connaissance que les élus auront au ciel de leur passé moral. Il semblerait que tout y soit oublié et qu’après la résurrection chacun ne connaîtra plus les péchés qu’il a commis. Pourtant pour saint Augustin « une force divine interviendra, rappelant à la mémoire tous les péchés. Le jugement divin, poursuit le Docteur angélique, porte sur le témoignage de la conscience, selon ce que dit l’Écriture : L’homme voit les choses qui paraissent au dehors, tandis que Dieu voit l’intérieur (I Sam 16, 7). » On pense à l’Apocalypse (20, 12) : « Les livres furent ouverts, ainsi que le Livre de Vie, et les morts furent jugés selon ce qui était écrit dans les livres, conformément à leurs actes. » Saint Thomas conclut que « le Livre de Vie est alors la conscience de chacun, livre unique puisque la force divine fait que les actions de chacun sont rappelées à sa mémoire. Il est donc indispensable que la conscience de chacun garde toutes les œuvres qu’il a accomplies, bonnes ou mauvaises. »

Notre invité pris de force et rejeté était donc muet (Mt 22, 12). Cela veut dire que sa conscience était volontairement paralysée, sans raison ni volonté, au gré des passions. De nos jours hélas, la catéchèse ne touche plus visiblement un grand nombre de baptisés, et le plus souvent ils ne choisissent pas leur vie morale débridée. Mais la prière contemplative fait l’office du serviteur qui rejoint leur désir de Dieu et les habille de sa miséricorde, tout tacite et enfoui que soit leur désir qui « cherche Dieu » (Cf. Act 17, 27) et ouvre à l’humble charité. Pour saint Grégoire, « celui qui vient aux noces sans la robe nuptiale, c’est celui qui fait partie de l’Église par la foi sans avoir cette charité. » Pour saint Augustin (Contr. Faust., 28,19), il « cherche alors, non la gloire de l’époux, mais la sienne propre. » Et saint Hilaire ouvre de larges perspectives en voyant dans « le vêtement nuptial la grâce de l’Esprit qu’il nous faut conserver sans tache ni souillure jusqu’au jour de la grande réunion dans le royaume des cieux. » (Can. 22)

En 1986, Mère Teresa à Paray-Le-Monial faisait fonction du serviteur invitant la jeunesse de France : « Gardez votre cœur pur, parce qu’un cœur pur peut voir Dieu… Nous devons aider (les jeunes) à vivre la réalité de la présence de Dieu dans leur cœur et à garder la pureté pure, la chasteté chaste et la virginité vierge. Et ils peuvent faire cela en approfondissant leur amour pour Marie, le corps le plus pur qui soit et en faisant appel à elle sans relâche ». La prière contemplative est pour Mère Teresa la grande urgence ; le cardinal Sarah parle de même. On rejoint alors la prière de l’Immaculée que les anciens nommaient « la Toute-Puissance suppliante », prière qui va au-devant des consciences blessées pour les rendre innocentes et aptes au festin des noces éternelles.

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