Plus que jamais, la famille est le creuset de la fraternité nationale

Rédigé par Thibaud Collin le dans Politique/Société

Plus que jamais, la famille est le creuset de la fraternité nationale

À l’occasion de la dernière « Manif pour tous » à Paris le 16 octobre, des appels aux meurtres ont été proférés sur les réseaux sociaux. Certains de nos compatriotes manifestaient le désir que les terroristes de Daech aient la « bonne idée » de venir décimer ce cortège familial et pacifique opposé à la marchandisation du corps humain et au « mariage » entre personnes de même sexe. Espérons que ces personnes ne pensaient pas ce qu’elles écrivaient ou ne le réalisaient pas pleinement. Puisque des plaintes ont été déposées contre elles, laissons la justice dire ce qu’il en est. Qu’une défense de la famille devienne l’objet non pas simplement d’un débat politique et médiatique contradictoire mais d’une haine exprimée à l’état pur soulève une question : qu’est devenue la fraternité dans la vie de notre pays ? Qu’une telle négation de la fraternité nationale ait été vécue à l’occasion d’une manifestation dont la cause était précisément la famille n’a rien d’anodin puisqu’il est évident que la famille est le premier lieu dans lequel la fraternité est expérimentée. Il convient donc de méditer sur ce que ce rapprochement peut nous dire.

Si le troisième terme de notre devise républicaine semble n’avoir jamais été vraiment pris au sérieux, il paraît aujourd’hui franchement vieillot, idéaliste et sans aucune fécondité sur notre vie sociale et politique. Le plus souvent confondue avec la charité, l’amitié, la solidarité ou la convivialité, la fraternité apparaît sans consistance ni espace propres. Sans en faire l’histoire conceptuelle, force est de constater que cette notion pâtit de sa connotation révolutionnaire voire maçonnique. Mais saint Jean-Paul II nous apprit qu’il ne fallait jamais consentir au pillage sémantique de sa propre tradition et qu’au contraire il était nécessaire de se réapproprier des termes parfois tombés en désuétude ou dont le sens s’était gauchi sous les aléas de l’Histoire. La fraternité avant d’être un objet de discours lyriques en 1848 ou sous la Troisième République a été et demeure une réalité de la vie chrétienne. C’est à partir de ce socle que l’on peut comprendre son extension de sens et réfléchir à son efficience toujours actuelle.

Enfants d’un même Père

La fraternité s’est déployée au même rythme que la conscience des baptisés d’être, dans le Fils, enfants d’un même Père. La fraternité n’est donc pas d’abord une idée ou un idéal mais une réalité surnaturelle elle-même comprise à partir de l’expérience humaine de la vie familiale. Elle est la projection horizontale d’un lien vertical, celui de la filiation. C’est parce que tous les baptisés se reçoivent de la source divine commune qu’ils peuvent se reconnaître comme frères. Des frères ne se choisissent pas, contrairement à des amis, mais ils sont appelés à vivre ensemble et à s’entraider au nom de la commune appartenance à ce qui les dépasse. Le terme fraternité va donc pouvoir désigner analogiquement le type de lien existant entre des personnes se recevant d’une même source. C’est là qu’il prend sa dimension politique et qu’il peut devenir l’objet d’une préoccupation pratique. En effet, le lien de fraternité ne se limite pas à nommer un simple constat de fait, il est une exigence à vivre en adéquation avec ce qu’il signifie. Comment deux personnes se recevant des mêmes parents pourraient-elles légitimement se faire la guerre ? Le fratricide, si présent dans les grands récits fondateurs, est la confirmation a contrario de la nature éthique de la fraternité. La commune appartenance, non voulue mais reçue, oblige à participer à la vie commune. La fraternité devient alors responsabilité mutuelle des membres d’une communauté de destin. Sans elle, la vie commune s’identifie à une coquille vide, à savoir à des procédures impersonnelles réglant les contacts entre individus cherchant à défendre leurs droits et à maximiser leurs intérêts.

Nécessité d'une vraie fraternité

De là, l’actualité de la fraternité pour relever les défis d’une civilisation qui se délite sous les coups de butoir des principes absolutisés de liberté et d’égalité des individus. La liberté et l’égalité sont devenues les puissants vecteurs du nihilisme qui prétend émanciper les hommes de leurs limites humaines. La synthèse « libérale libertaire » actuelle atomise le corps social et politique mais aussi les corps intermédiaires. Au nom d’une liberté illimitée et d’une égalité synonyme d’indifférenciation, toute réception de données naturelles et traditionnelles à réaliser est vue comme aliénation. Le constructivisme présent aussi bien dans les sciences sociales que dans la mentalité technophile et dans le droit positiviste entretient chacun dans l’illusion que « tout est possible ». Ce refus du réel et de ses limites constitutives ne peut pas être sans conséquences sur la manière d’entrer en relation les uns envers les autres. Seules les relations fruit d’un consentement explicite apparaissent alors comme légitimes. S’ensuit le repli sur des communautés électives, ce qui amène à considérer la société nationale comme une juxtaposition d’individus « ghettoïsés » sans autres liens que leur commune dépendance à un État providence, neutre et de plus en plus impotent.

N’est-ce pas la fraternité qui permet de retrouver le véritable sens de la liberté et de l’égalité de personnes se recevant d’une source commune : leurs parents, la patrie, les mœurs nationales et ultimement Dieu ? Détruire la famille comme nos gouvernements le font de manière méthodique depuis plus de quarante ans, c’est rendre impossible la fraternité nationale. La famille est l’objet de tant de ressentiment parce qu’elle a été effectivement identifiée comme le lieu premier de la résistance à la démesure de l’homme illimité. Si la nature et la vie ne sont que des matériaux et non des dons à recevoir et à faire fructifier, alors la famille est le nœud qu’il s’agit de trancher pour produire des individus déracinés. La famille, réalité naturelle et signe d’un Dieu Trinité, demeure dans sa vulnérabilité le creuset de la fraternité nationale. L’étymologie nous l’apprend en manifestant la proximité de sens de ces trois mots : nature, naissance et nation.

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