La fusion des idéologies

Rédigé par Joël Hautebert le dans Politique/Société

La fusion des idéologies
Neil Gorsuch, nommé juge de la Cour suprême des États-Unis le 31 janvier, engagé pro-vie.

Les causes de l’agitation politico-médiatique consécutive à l’arrivée au pouvoir de Donald Trump démontrent que les différences historiques entre la vie politique américaine et la nôtre s’estompent aujourd’hui. Les clivages se focalisent dorénavant sur les mêmes sujets dans un grand nombre de pays occidentaux. Au discours d’investiture du nouveau Président marqué par l’affirmation « Amérique d’abord » immédiatement suivi des premières mesures pro-vie répond, nous dit-on, l’opposition des minorités concrétisée par « la marche des femmes », quelques jours avant le grande March for Life annuelle de Washington. Au sujet de cette dernière, Donald Trump affirmait le jeudi 26 janvier qu’« il y aura 300, 400, 500, 600 000 personnes (…) et vous ne pourrez rien lire là-dessus », fustigeant ainsi la partialité annoncée des médias, à laquelle nous sommes aussi habitués.

La défense du bien commun

Sans préjuger de l’avenir, nous constatons que le Président américain défend aujourd’hui le commun universel lorsqu’il s’agit de la vie humaine et le commun particulier de la nation lorsqu’il s’agit du bien politique des États-Unis ; tandis que l’opposition se concentre sur la promotion des « identités » ethniques, de Genre ou de sexualité, la singularité étant érigée en nouvel et unique universel. Ce dernier camp bénéficie Outre-Atlantique comme en Europe du soutien massif des médias, du show-biz et des grandes puissances financières, le milliardaire Georges Soros promettant de « détruire le Président Trump », devant des représentants de l’élite économique. En quelques jours, Washington nous a offert un raccourci saisissant de ce qui se déroule à l’échelle de l’ensemble du monde occidental.

Comment expliquer une telle identité de lignes de fracture dans le monde occidental ? Si l’on recherche les causes en profondeur, nous envisageons comme principale explication la fusion des grandes idéologies modernes qui proposaient précédemment deux voies parallèles de dissolution sociale, d’un côté la praxis et la dialectique binaire du marxisme et de l’autre l’émancipation de l’individu isolé du libéralisme. Ces deux poids lourds idéologiques tirent maintenant ensemble l’attelage composite des forces subversives et progressistes vers le « paradis diversitaire ». Le processus révolutionnaire ne s’appuie plus sur l’espoir d’une révolte des masses au nom de la lutte des classes. Sa principale force de frappe réside dans une oligarchie cosmopolite promouvant une société dite ouverte au sein de laquelle il convient de cumuler le maximum de droits. En 1995, l’Américain Christopher Lasch observait que l’« Amérique du milieu », qui correspond à la France périphérique de Christophe Guilluy, symbolisait, aux yeux de cette oligarchie, « tout ce qui se dresse sur la route du progrès : les valeurs de la famille, le patriotisme irréfléchi, le fondamentalisme religieux, le racisme, l’homophobie, les opinions rétrogrades sur les femmes » (Christopher Lasch, La révolte des élites et la trahison de la démocratie, p. 40,).

La « culture des droits »

Ce constat est aujourd’hui valable pour l’Europe entière. La dialectique marxiste (oppresseur/opprimé) fournit l’outillage militant appliqué à la « culture des droits » en faveur de minorités autoproclamées victimes tandis que le libéralisme moral nourrit la volonté d’émancipation à l’égard du biologique et des corps sociaux les plus élémentaires. Placé au cœur des combats politiques, notre droit a déjà intégré ces dernières décennies une partie de ces outils dialectiques de combat, comme l’atteste l’évolution des droits de l’homme.

Dans leur première version, celle de 1789, les droits de l’homme énonçaient une égalité ontologique sécularisée en vue de disqualifier les différences sociales et politiques fondées sur les appartenances particulières. Renan considérait à juste titre que cette déclaration était faite pour un enfant trouvé qui meurt célibataire. Mais aux yeux des émancipateurs contemporains, ces droits de l’homme remaniés en 1948 sont aujourd’hui dépassés, puisqu’ils s’appuient sur l’idée inacceptable d’une nature commune. La référence aux droits de l’homme est d’ailleurs devenue plus rare dans le discours politique. Le processus subversif exige une nouvelle définition conforme au progrès. Au cours des dernières décennies, une avalanche de nouveaux droits subjectifs a ainsi donné naissance aux droits de l’homme dits « de la seconde génération », dont la liste hétéroclite s’allonge régulièrement (droit à l’autonomie individuelle, à l’épanouissement personnel, à l’identité sexuelle, à la dignité, à l’image, à l’honneur, au nom, au prénom, à l’accouchement à domicile, à être présent à la mort de son père, à regarder la télévision, à pratiquer le sadomasochisme au nom du concept d’autonomie personnelle, à la qualité de la vie…).

À la nature commune comme fonde­ment du droit succède la singularité imprescriptible de chacun, pleinement maître de sa vie. Les droits de l’homme conçus comme des droits individuels à l’accomplissement de soi accélèrent le mouvement de déstructuration sociale. Dans son dernier livre, récemment primé, Grégor Puppinck constate à propos de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme que, « du point de vue individualiste, plus un “droit” sera antinaturel, c’est-à-dire contraire à la nature humaine, plus il sera perçu comme une haute manifestation de la liberté de l’homme, et plus il sera élevé dans la nouvelle hiérarchie des droits ». (La Famille, les droits de l’homme et la vie éternelle, p. 49)

L’homme des droits de l’homme contemporains est une volonté pure, un être totalement désincarné et même débiologisé par la théorie du Genre, rejetant aussi bien la nature que les conditionnements familiaux et so­ciaux. La subversion ultime se profile derrière la lutte contre les discrimina­tions et son corollaire « l’épidémie des phobies » : la sortie de notre condition humaine revendiquée par le transhumanisme. Ne nous égarons pas : il n’y a pas d’un côté le combat pour la vie et la famille et de l’autre celui pour l’identité nationale. La défense du commun anthropologique universel et du commun politique national, propre à chaque peuple, protège l’épaisseur de notre humanité incar­née et la plénitude de notre identité.

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