Macron et la colonisation:
surprise, indignation et colère

Rédigé par Philippe Maxence le dans Politique/Société

Macron et la colonisation: <br>surprise, indignation et colère

Président de l’Association « Secours de France », fidèle depuis sa création en 1961 à sa devise « vérité, charité, justice », Jean-Marie Schmitz réagit aux propos inacceptables du candidat à l’élection présidentielle Emmanuel Macron le 14 février dernier sur la colonisation française en Algérie.

Quelle est votre réaction à la déclaration d’Emmanuel Macron qualifiant la colonisation de crime contre l’humanité ?

Jean-Marie Schmitz : Surprise, indignation, colère.

Surprise parce que si je savais que pour Emmanuel Macron « il n’y a pas de culture française », je ne savais pas que ce philosophe énarque était à ce point ignorant de notre histoire. Ce qu’il dit est une énorme contre-vérité. « Historiquement, l’Algérie est une création de la France » (Jean Sévillia). « La France n’a pas colonisé l’Algérie, elle l’a fondée » (Ferhat Abbas)

Indignation parce que prononcée à Alger, dans la capitale de ce qui était, il y a moins de soixante ans, l’une des plus belles provinces françaises, ­elle constitue une insupportable diffamation à l’encontre de tous ceux, civils et militaires, colons et religieux qui ont donné leur énergie, leur sueur et leur sang pour bâtir une Algérie nouvelle et fraternelle et y faire fleurir même le désert.

Colère parce que, dans l’ignominie, il surpasse François Hollande, son père politique. Au même choix de soutenir la « dictature algérienne, bras armé du FLN, promoteur de la haine contre la France » comme le dit Boualem Sansal, il ajoute la concrétisation du ­rêve de M. Bouteflika de « criminaliser la colonisation française ». Ce rêve, notre intrépide écrivain le décrit comme « quelque chose qui ressemble à l’histoire des bourgeois de Calais… une délégation de ministres et de parlementaires français débarquant à Alger en sabots et chemises de nuit… allant au palais du Raïs lui remettre la déclaration annuelle de repentance ». Emmanuel Macron aurait beaucoup à apprendre en le lisant : « Dans tous les domaines, en particulier l’histoire, le pouvoir FLN n’a eu de cesse de tout corrompre, tout falsifier, tout abîmer. »

Une telle déclaration s’inscrit-elle dans la « communication » d’un candidat ou participe-t-elle d’une méconnaissance profonde de l’œuvre coloniale et d’un manque de piété évident envers les actions de nos anciens ?

C’est plus grave qu’une erreur de communication, qu’une ignorance de l’histoire, ou qu’un évident manque de piété. C’est une indifférence absolue à l’égard de la vérité. Emmanuel Macron est revenu plusieurs fois sur cette affirmation pour la conforter, la corriger, presque la dénier, puis la reprendre encore. Il est, en fait, l’incarnation presque pure de ce « relativisme universel » dans lequel le pape Benoît XVI voyait la source de tous nos maux modernes. La parole, chez lui, n’est qu’une action, sans aucun rapport avec la réalité. Il avait tenu des propos aussi contradictoires sur l’euro, selon qu’il se trouvait à Madrid ou à Berlin. C’était déjà important, mais ce n’était que de la monnaie. Ici c’est l’honneur de la France et le sang des Français. On ne joue pas avec ça.

« Secours de France » est en contact avec des Pieds-Noirs, Harkis et anciens combattants. Comment ont-ils réagi devant de tels propos ?

Leur stupeur s’est vite muée en une saine et durable colère. Et ce d’autant plus qu’ils ont eu à souffrir des conséquences désastreuses de la fin de l’Algérie française. Les plus immédiatement concernés sont évidemment les Pieds-Noirs qui, avec leurs ancêtres, ont colonisé l’Algérie et sont donc la cible prioritaire d’Emmanuel Macron. Le président des « Cercles algérianistes », Thierry Rolando, m’a dit que jamais les attaques dont les Pieds-Noirs ont été régulièrement l’objet dans le passé n’avaient suscité des réactions aussi nombreuses et vives. Ils sont scandalisés par cette réécriture mensongère de leur histoire et l’assimilation au plus infamant des crimes qui en est faite. Ayant un peu plus de mémoire qu’Emmanuel Macron, ils savent ce que l’Algérie leur doit.

Pour les Harkis, c’est pire encore. Alors qu’ils ont été honteusement trahis et désarmés par le gouvernement de l’époque, massacrés par dizaines de milliers lorsque leurs officiers n’avaient pu les faire venir en France, Emmanuel Macron en fait les « collabos » de criminels contre l’humanité. En traitant ainsi des personnes qui ont si chèrement payé leur attachement à la France, il se déshonore.

Les anciens combattants vivent très mal cette insulte à leurs morts. Ils étaient habitués aux attaques orchestrées par le Parti communiste et ses alliés progressistes contre les conflits « coloniaux » et ceux qui y participaient. Mais la vigueur des réactions de leurs associations est révélatrice de leur indignation. Emmanuel Macron n’a pas fini d’en entendre parler.

« Secours de France » a pour maîtres mots « vérité, charité, justice ». Quelles actions pouvez-vous mener pour rétablir au moins la vérité et la justice après la sortie d’Emmanuel Macron ?

Nous avons décidé de mener une action judiciaire, qui passe, d’abord, par la saisine du Procureur de la République. Quand l’autorité de poursuite judiciaire ouvre une enquête après la parution de quelques lignes dans un bulletin satirique sur le salaire de l’épouse d’un candidat, il me paraît évident que le gardien de l’ordre public et de l’honneur de ­l’État doit être saisi d’une aussi énorme diffamation. S’il ne réagis­sait pas, nous demanderions à nos avocats d’étudier les moyens de porter nous-mêmes cette poursuite devant les tribunaux.

Pouvez-vous nous rappeler quand et pourquoi « Secours de France » a été créé et comment continue aujourd’hui sa mission ?

L’Association a été créée le 15 août 1961 pour venir en aide aux familles des militaires emprisonnés ou en fuite après l’échec du putsch d’avril 1961. Ils avaient cru en la parole solennelle du chef de l’État, le 4 juin 1958 : « La France considère qu’il n’y a en Algérie qu’une seule catégorie d’habitants, des Français à part entière avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. »

Constatant que la politique menée conduisait au reniement de cet engagement, ils s’étaient rebellés et ils avaient perdu.

L’exode tragique qui marqua la fin de l’Algérie française nous conduisit à étendre notre aide aux rapatriés et surtout aux Harkis rescapés des massacres perpétrés en Algérie.

Dans la fidélité aux idéaux de ses origines, les missions du « Secours de France » se sont depuis diversifiées :

– Mission de vérité sur les combats de la France dans l’histoire récente de notre pays, calomniés par les hérauts de la repentance.

– Mission de solidarité pour les « oubliés de l’histoire » et les communautés chrétiennes en péril sur les lieux mêmes où notre héritage spirituel s’est forgé.

– Mission d’espérance au service des jeunes de la troisième génération harkis et des écoles « Espérance banlieues ».

Secours de France, 29, rue de Sablonville, 92200 Neuilly-sur-Seine. Tél. : 01 46 37 55 13 – http://www.secoursdefrance.com

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