Autobiographie inédite de Marcel Clément

Rédigé par François-Xavier Clément le dans Culture

Autobiographie inédite de Marcel Clément

Né le 11 mars 1921, c’est dans la soirée du 8 avril 2005 que Marcel Clément s’est éteint sur cette terre pour se présenter devant son Créateur. Il suivait ainsi de quelques jours le pape saint Jean-Paul II qu’il avait tant aimé et dont il avait tant souhaité comprendre et faire connaître la pensée. L’auteur d’Une Histoire de l’Intelligence laissa derrière lui un vide à la dimension des exceptionnels talents qu’il avait reçus et des fruits non moins exceptionnels que chacun avait pu cueillir dans ses cours, dans ses articles, dans ses conférences ou dans ses nombreux ouvrages.

Au lendemain de son départ, nombreux sont ceux qui ont exprimé le vœu qu’un livre rende hommage à sa vie d’engagement et à sa défense de la foi catholique. Je garde en mémoire les très nombreux témoignages de ceux qui furent marqués par une empreinte « Marcel Clément » dans la formation de leur cœur et de leur intelligence.

Le temps a passé. Voilà déjà plus d’une décennie que mon oncle est parti. Quelques projets d’ouvrages ont malheureusement échoué. Probablement qu’il est peu aisé pour un historien de prendre sa plume de biographe pour présenter un homme « inclassable ». Marcel Clément ne fut pas l’homme d’un réseau ou d’une couleur politique ou ecclésiale. Profondément attaché à la tradition de l’Église, il n’a jamais été classable dans cette famille d’esprit. Son enracinement spirituel dans la chambre de Marthe Robin et dans les Foyers de Charité, ne l’empêchait pas d’être un conférencier apprécié des monastères bénédictins ou de l’association «Saint Benoît Patron de l’Europe». Attaché au sens de la patrie et aux valeurs dont témoignent les 1500 ans d’histoire de la France, il avait rendu témoignage de manière éloquente en 1996 à l’anniversaire du baptême de Clovis et de notre Nation. Cela ne l’empêcha nullement de fréquenter le monde politique contemporain et d’ancrer sa pensée dans l’analyse des gouvernements de son temps. Mais cela l’empêcha certainement d’être reçu à l’Académie des Sciences morales et politiques. Ses articles témoignaient d’un génie particulier pour relater les évènements de l’actualité en les éclairant par sa vision du monde, tout en tenant compte de la lumière de la foi et du sens de l’histoire. Sur un plan ecclésial il fit confiance à la démarche du Concile dont il fut journaliste accrédité, mais il souffrait de voir que certains développaient une « herméneuti­que de la rupture », comme Benoît XVI l’exprima si bien. On le disait « papiste » en croyant le vexer, alors que son attachement au trône de Pierre était sa plus grande fierté. « Nova et vetera » pourrait être une juste expression pour définir l’équilibre que recherchait cet orateur infatigable de l’apologétique.

Au lendemain de sa mort, son fils Pascal, alors Garde des Sceaux, me chargea de trier les documents de mon oncle dans son appartement de l’avenue de la Grande Armée. C’est ainsi que je découvris avec enthousiasme, au sein d’un entrelacs de manuscrits et tapuscrits… le commencement d’une autobiographie relatant les vingt-cinq premières années de sa vie. Je n’ai malheureusement jamais trouvé trace d’un texte relatant les années manquantes.

Seul celui qui avait tout vécu avec lui, son frère, son premier ami, son compagnon de toujours, était en mesure de relever ce défi d’écrire la suite en inscrivant ses pas dans les siens, ou plus exactement en ranimant la plume de ces souvenirs fraternels. Malgré leurs neuf ans de diffé­rence, les deux frères Clément ont su, dès leur vie estudiantine, créer une complicité sur l’essentiel. Certains auraient pu conclure de leur différence de tempérament qu’ils étaient souvent en opposition, pourtant il suffisait de les côtoyer un peu pour constater qu’une rencontre un jour de 1946 dans la chambre de la vénérable Marthe Robin avait scellé pour toujours leur compagnonnage. « Deux frères unis sont comme une place forte » aimaient-ils à dire souvent en reprenant le thème du Psaume 133. Complicité qui était aussi une complémentarité dont ils se rendaient volontiers hommage réciproquement. Marcel considérant son petit frère comme plus spéculatif capable de comprendre les textes les plus ardus dans la lettre de saint Thomas, alors qu’inversement le plus jeune voyait dans son frère le chantre de la philosophie morale et politique, l’as de la rhétorique doué d’une imagination capable de tout illustrer et d’un charisme de la parole hors du commun.

C’est ainsi qu’avec courage, et un peu d’appréhension, mon père rassembla ses souvenirs et tout ce qu’il pouvait trouver d’informations sur la vie de son frère. « Appréhension » car il allait devoir exercer le métier de celui à qui il voulait rendre hommage. Y a-t-il plus bel hommage que d’adopter le style de celui que l’on cherche à honorer ? Espérant l’indulgence que lui vaudrait ce témoignage d’affection, c’est avec humilité que mon père fit le choix d’offrir de nombreuses pages de ce livre à d’autres plumes pour que peu à peu apparaissent les facettes de la vocation de son frère. C’est le sens des témoignages qui viennent agréablement compléter cette biographie à deux mains.

S’il est vrai que la vie de Marcel Clément est unifiée par sa cime spirituelle, il est néanmoins important de comprendre les différentes périodes de sa vie pour apprécier la sédimentation profonde de ses formations littéraire, juridique, sociologique puis philosophique, de ses expériences économiques et politiques, de ses responsabilités de professeur, de son immersion dans le Concile et des thèmes innombrables de conférences qu’il donna. Sinon comment comprendre son amour de la poésie ? Comment comprendre que cet homme reçu la légion d’honneur pour avoir permis à la France de récupérer 32 tonnes d’or du Japon en dommage de guerre ? Comment comprendre son expertise politique et sa compétence reconnue en doctrine sociale de l’Église ? Comment comprendre enfin son irremplaçable compréhension du mode « compositif » en philosophie pratique ?

Et pour bien appréhender les circonstances de sa pensée ou de ses combats il convient de se souvenir de l’actualité brûlante des huit décennies qu’il traversa.

Les 29 promotions d’étudiants de l’IPC, le public des centaines de conférences, les jeunes et moins jeunes inscrits aux sessions estivales de parole en public et à toutes les autres sessions d’études témoignent aujourd’hui par leur engagement dans la vie politique, dans l’éducation, dans le management, dans les médias ou tout simplement dans la fidélité à leur foi au sein d’une vie familiale ou religieuse, de la fécondité de la vie de Marcel Clément. Merci au biographe de mon oncle d’avoir plongé sa plume dans l’amour qui les unit pour toujours au Cœur Sacré de Jésus.

Ce livre est l’hommage enfin rendu à la vie d’un grand serviteur que l’Église honora de sa plus haute distinction en 1996 : l’Ordre de saint Grégoire le Grand.

François-Xavier Clément est le neveu de Marcle Clément. Il signe ici la préface à l'ouvrage Esquisse inédite d'une autobiographie.

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