La discrimination des mères de famille

Rédigé par Jean-Michel Beaussant le dans Politique/Société

La discrimination des mères de famille

La journée des femmes du 8 mars a vu se répéter à l’envi les habituelles litanies médiatiques sur l’inégalité présumée des hommes et des femmes au travail. Mais l’inégalité n’est-elle pas plutôt entre les femmes sans enfants et les mères de famille?

À l’instigation d’un collectif féministe, n’avait-on pas incité les femmes à cesser symboliquement leur travail le 7 novembre dernier, à 16 h 34 précises (et 7 secondes !), sous prétexte qu’elles travailleraient bénévolement jusqu’à la fin de l’année, puisqu’elles seraient payées 15,1 % de moins que « les hommes » ? Hormis la « réinfosphère », la plupart des gros médias ont relayé tel quel ce mot d’ordre grotesque. Grossièrement désinformateur. Car si cet écart de salaire existe effectivement en moyenne, il est dû d’abord à une discrimination entre les mères de famille d’un côté et les hommes et les femmes sans enfant de l’autre, bien davantage qu’à une inégalité selon le sexe du travailleur pour un même emploi.

Un salaire d’appoint peu considéré

L’addition des femmes avec et sans enfant(s) fait, en effet, qu’il y a beaucoup plus de femmes que d’hommes qui ont un bas salaire en moyenne, parce que, par la force des choses et de la nature, de nombreuses mères travaillent moins (par interruptions ou à temps partiel) et donc moins haut que les autres, pour un salaire qui demeure le plus souvent d’appoint à la famille et rarement compatible avec un poste élevé de cadre dirigeant. 33 % des femmes cessent, au moins provisoirement, d’exercer une activité professionnelle avec leur premier enfant. 51 % après le second. 69 % après le troisième.

L’inégalité existe beaucoup plus entre les femmes elles-mêmes qu’entre femmes et hommes. Les femmes sans enfant sont nettement mieux rémunérées que celles avec enfant. À poste, à diplôme et à temps égal, les premières touchent sensiblement la même chose (à 0,4 % près !) que les hommes (Si ce n’était pas le cas, il y a suffisamment de lois ou de décrets en droit du travail qui interdisent cette discrimination-ci entre hommes et femmes pour faire agir les syndicats et les prud’hommes. Alors qu’aucune politique familiale ni aucun droit des femmes ne viennent proportionnellement contrarier cette discrimination-là entre les femmes selon qu’elles ont ou non des enfants.). Alors que celles qui ont eu au moins un enfant gagnent 12,4 % de moins que les hommes. C’est ce que révélait une étude de Glassdoor Economic Research publiée l’an dernier, pointant notamment la France par rapport à ses voisins européens dans ce « coût de la maternité » (Selon la compilation des données de l’OCDE et d’Eurostat, la France n’arrive que 9e sur les 16 pays européens pris en compte par l’étude, derrière l’Espagne, la Belgique, la Grèce ou encore l’Estonie où l’écart de salaire entre les femmes avec ou sans enfant est plus faible.). S’il faut dénoncer une discrimination, à l’opposé de l’intention sournoise des féministes, c’est celle qui porte, non sur le sexisme, mais sur les mères de famille, par un déni politique de leur statut et de leur rôle dans la société. C’est bien une forme de « double peine » qui les atteint aujourd’hui en France :

1. Aucune compensation proportionnée n’est apportée à leur moindre carrière et à la diminution corollaire de leur revenu, sous forme par exemple d’un salaire maternel, qui corresponde au service inestimable qu’elles apportent au bien commun de la société et qui puisse réajuster suffisamment leur niveau de vie ou leur capacité d’épargne relativement à celles qui n’ont pas d’enfant.

2. Loin de reconnaître ce service (voire ce sacrifice), la société les pénalise une seconde fois dans le calcul des retraites en leur accordant moins de droits que les autres, à cause précisément de la précarité ou de la brièveté de leur moindre carrière, sans aucun égard à la seconde activité (vrai travail) qu’elles fournissent pour éduquer des enfants qui assureront par leurs cotisations les retraites de l’actuelle génération dite active (avec ou sans enfants).

Femmes libérées contre mères de famille

Adeptes d’un individualisme dévastateur, la plupart des candidats à la présidentielle n’ont que faire de la mère au foyer et de la famille nombreuse. Sous l’influence du lobby féministe, leur programme est d’obtenir la parité homme-femme dans le monde du travail par une discrimination positive en faveur des « femmes libérées » (de l’enfant) au détriment des mères d’autant plus qu’elles ont d’enfants. En incitant ainsi la femme aux « travaux forcés » pour devenir prétendument l’égal de l’homme, on la dissuade d’avoir des enfants pour le malheur de la démographie française. Les féministes se servent malhonnêtement de l’injustice faite aux mères de famille pour stigmatiser, par une moyenne abstraite et débile, une fausse inégalité entre l’homme et la femme au travail, en occultant délibérément une vraie inégalité, très concrète et chiffrée, entre les femmes.

Et que l’on ne nous dise pas qu’un revenu maternel serait économiquement impossible pour compenser cette injustice flagrante entre les femmes ! Car c’est autour du solstice d’été que tous les salariés, hommes ou femmes, pourraient, en vérité, s’arrêter symboliquement de travailler chaque année en moyenne : après ils le font en l’occurrence pour l’État ! Selon l’augmentation continuelle du pourcentage global des « prélèvements obligatoires », c’est-à-dire des impôts et des charges sociales, dont la juste répartition laisse plus qu’à désirer…

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