En Marie, nous avons une Mère

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

En Marie, nous avons une Mère
Jacinthe et François, les deux enfants canonisés le 13 mai.

Lors de son voyage à Fatima le 13 mai dernier, le Pape a canonisé pour la plus grande joie de la piété populaire Francesco et Jacinta qui avaient été béatifiés par Jean-Paul II, également à Fatima, au cours du grand jubilé de l’an 2000. Dans son homélie, le Pape part de la vision de la femme (Ap. 12) qu’il relie à la parole de Jésus sur la Croix au disciple : « Voici ta Mère ! » Reprenant l’intuition de Paul VI, le Pape y voit la Mère de l’Église. En effet, cette femme ne peut désigner immédiatement Marie puisqu’elle enfante dans la douleur ; il ne peut s’agir non plus directement de l’Église car c’est le Christ qui enfante l’Église et non l’inverse. Par contre si on met en parallèle ce texte avec le chapitre 66 d’Isaïe qui parle de deux naissances (celle d’un enfant mâle sans douleur et celle d’un peuple par Sion, type de Marie), on peut alors affirmer qu’il s’agit de Marie comme « associée (socia) du Christ » qui enfante l’Église dans la douleur du Calvaire, ou plus exactement le Christ Rédempteur, Tête de l’Église. C’est cette femme très belle qu’ont vue les enfants de Fatima. Une des caractéristiques de ces apparitions réside dans la lumière qui rayonnait de la Dame elle-même. La Dame vêtue entièrement de blanc était plus brillante que le soleil, resplendissant d'une lumière plus claire et plus intense que celle d'un verre de cristal rempli d'une eau cristalline et traversé par les rayons du soleil le plus ardent. Le message de prière et de conversion sera présenté dans cet authentique cadre de lumière. C’était tellement lumineux que Jacinthe ne parvint pas à garder le secret et en parla aussitôt à sa mère. Nous aussi nous devons regarder Marie dans la foi, avant d’aller la voir un jour au Ciel comme le chante si bien un cantique populaire.

La réalité de l'enfer

À l’opposé du Ciel, il y a l’enfer qui est au centre du message de Fatima. Le Pape n’en avait pas parlé lors de la bénédiction des bougies. Il en parle très opportunément ici. En effet, omettre de parler de l’enfer et de la nécessaire conversion des pécheurs, c’est passer à côté du message marial de Fatima. La vision de l’enfer suscita chez les enfants, en particulier chez Francisco, non seulement le désir de sauver les pécheurs, mais encore de gagner le Ciel en consolant Jésus et d’éviter à tout prix pour eux-mêmes et pour les autres l’enfer éternel. Le Ciel, c’est par excellence le lieu de la paix messianique. Il faut regarder Marie sans cesse, mieux, comme le dit le Pape, être cramponné à elle. C’est elle qui à notre dernière heure nous montrera Jésus, comme nous le chantons dans le Salve Regina. En restant ainsi comme de tous petits enfants sous le manteau de Marie, nous ne pouvons que vivre d’espérance, sachant notre salut acquis du moins en espérance. Marie, étoile de la mer, est une ancre qui nous conduira au bon port, malgré toutes les tempêtes qui peuvent sévir. En canonisant les deux enfants Marto par un oracle infaillible, le Pape nous donne ainsi les exemples lumineux des deux premiers enfants non martyrs à être canonisés. Ils sont déjà dans la lumière infinie du Ciel qu’ils avaient, par grâce, entrevue déjà sur terre. Ils apprirent ainsi dès ici-bas à adorer la Sainte Trinité et à regarder Dieu partout présent, mais spécialement la deuxième Personne cachée dans l’Eucharistie. À l’heure où le Sacrement de l’Amour est tant profané, il faut demander à Francisco surtout de devenir de vrais adorateurs de Jésus hostie. Cette adoration eucharistique fervente doit aider chacun de nous à remplir ce que Dieu lui demande en devenant sous la protection de Marie des sentinelles du matin, fidèles à la grâce d’état.

L'homélie du Pape

« Apparut dans le ciel une femme ayant le soleil pour manteau » atteste le voyant de Patmos dans l’Apocalypse (12, 1), faisant aussi observer qu’elle est sur le point de donner naissance à un fils. Puis, dans l’Évangile, nous avons entendu Jésus dire au disciple : « Voici ta mère » (Jn 19, 26-27). Nous avons une Mère ! Une « Dame très belle », comme disaient entre eux les voyants de Fatima sur la route de la maison, en ce jour béni du 13 mai, il y a cent ans. Et, le soir, Jacinthe ne réussit pas à se retenir, et elle révèle le secret à sa maman : « Aujourd’hui j’ai vu la Vierge ». Ils avaient vu la Mère du Ciel. Le regard d’un grand nombre s’est dirigé dans la direction que suivaient leurs yeux, mais… ils ne l’ont pas vue. La Vierge Mère n’est pas venue ici pour que nous la voyions : pour cela nous aurons toute l’éternité, si nous allons au Ciel, bien entendu.

Mais elle, présageant et nous mettant en garde contre le risque de l’enfer où mène la vie – souvent proposée et imposée – sans Dieu et qui profane Dieu dans ses créatures, elle est venue nous rappeler la lumière de Dieu qui demeure en nous et qui nous couvre, car, comme nous l’avons entendu dans la première lecture, « l’enfant fut enlevé jusqu’auprès de Dieu » (Ap 12, 5). Et, selon les paroles de Lucie, les trois privilégiés se trouvaient dans la lumière de Dieu qui rayonnait de la Vierge. Elle les enveloppait dans le manteau de lumière que Dieu lui avait donné. Comme le croient et le sentent de nombreux pèlerins, si non tous, Fatima est surtout ce manteau de lumière qui nous couvre, ici comme partout ailleurs sur la terre quand nous nous réfugions sous la protection de la Vierge Marie pour lui demander, comme l’enseigne le Salve Regina, « montre-nous Jésus ».

Nous avons une Mère !

Chers pèlerins, nous avons une Mère, nous avons une Mère! Cramponnés à elle comme des enfants, vivons de l’espérance fondée sur Jésus, car, comme nous l’avons entendu dans la seconde lecture, à cause de Jésus-Christ, et de lui seul, ceux qui reçoivent en abondance le don de la grâce qui les rend justes régneront dans la vie (cf. Rm 5, 17). Quand Jésus est monté au Ciel, il a apporté auprès du Père céleste l’humanité – notre humanité – qu’il avait assumée dans le sein de la Vierge Mère ; et il ne s’en séparera jamais plus. Fixons notre espérance, comme une ancre, dans cette humanité placée dans le Ciel à la droite du Père (cf. Ep 2, 6). Que cette espérance soit le levier de la vie de chacun de nous ! Une espérance qui nous soutient toujours, jusqu’au dernier souffle.

Forts de cette espérance, nous sommes réunis ici pour remercier des innombrables bienfaits que le Ciel a accordés au cours de ces cent années, passées sous ce manteau de lumière que la Vierge, à partir de ce Portugal porteur d’espérance, a étendue aux quatre coins de la terre. Nous avons comme exemples devant nos yeux saint François Marto et sainte Jacinthe, que la Vierge Marie a introduits dans la mer immense de la lumière de Dieu et y a conduits pour l’adorer. De là leur venait la force de surmonter les contrariétés et les souffrances. La présence divine devint constante dans leur vie, comme cela se manifeste clairement par la prière insistante pour les pécheurs et par le désir permanent de rester près de « Jésus caché » dans le Tabernacle.

Dans ses Mémoires (III, n. 6), Sœur Lucie donne la parole à Jacinthe qui venait d’avoir une vision : « Ne vois-tu pas beaucoup de routes, beaucoup sentiers et de champs pleins de gens qui souffrent de faim et qui n’ont rien à manger ? Et le Saint-Père dans une église, devant le Cœur Immaculé de Marie en prière ? Et beaucoup de monde en prière avec lui ? ». Merci frères et sœurs, de m’accompagner ! Je ne pouvais pas ne pas venir ici pour vénérer la Vierge Mère et lui confier ses fils et ses filles. Sous son manteau ils ne se perdent pas ; de ses bras viendront l’espérance et la paix dont ils ont besoin, et que je demande pour tous mes frères dans le baptême et en humanité, en particulier pour les malades et les personnes avec handicap, pour les détenus et les chômeurs, pour les pauvres et les personnes abandonnées. Chers frères, prions Dieu dans l’espérance que les hommes nous écoutent ; et adressons-nous aux hommes avec la certitude que Dieu nous porte secours.

Une espérance pour les autres

En effet, il nous a créés comme une espérance pour les autres, une espérance réelle et réalisable selon l’état de vie de chacun. En « demandant » et « exigeant » de chacun de nous l’accomplissement de son devoir d’état (Lettre de Sœur Lucie, 28 février 1943), le Ciel déclenchait une vraie mobilisation générale contre cette indifférence qui nous gèle le cœur et aggrave notre myopie. Nous ne voulons pas être une espérance avortée ! La vie ne peut survivre que grâce à la générosité d’une autre vie. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais, s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12, 24), a dit et fait le Seigneur qui nous précède toujours. Quand nous passons par quelque croix, il y est déjà passé en premier. Ainsi nous ne montons pas sur la croix pour trouver Jésus ; mais c’est lui qui s’est humilié et qui est descendu jusqu’à la croix pour nous trouver et, en nous, vaincre les ténèbres du mal et nous reconduire à la lumière.

Sous la protection de Marie, nous sommes, dans le monde, des sentinelles du matin qui savent contempler le vrai visage de Jésus Sauveur, celui qui brille à Pâques, et redécouvrir le visage jeune et beau de l’Église, qui resplendit quand elle est missionnaire, accueillante, libre, fidèle, pauvre en moyens et riche d’amour.

 

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