À quoi sert Renaissance catholique ?
Notre entretien avec Jean-Pierre Maugendre

Rédigé par Philippe Maxence le dans Politique/Société

À quoi sert Renaissance catholique ? <br> Notre entretien avec Jean-Pierre Maugendre
Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance catholique

La 26e Université d'été de Renaissance catholique aura lieu du 13 au 16 juillet sur le thème : « À quoi sert la politique? » Cette rencontre annuelle est devenue au fil des ans un véritable rendez-vous qui parvient à associer réflexion, formation et détente, le plus souvent dans un cadre propice aux rencontres et aux discussions. C'est ainsi que cette Université d'été est devenue bien plus qu'une série de conférences, mais un lieu d'amitié catholique et française. Pour nous en parler, le président de l'association, Jean-Pierre Maugendre, a bien voulu répondre à nos questions. Nous en avons profité pour étendre le sujet à d'autres activités, avec en toile de fond, cette ultime question : à quoi sert Renaissance catholique ? 

 Votre 26e université d’été aura pour thème « A quoi sert la politique ? » C’est une question en forme de désespoir, ou au contraire, en vue de redonner l’espoir que la politique peut mener à quelque chose ?

Jean-Pierre Maugendre : Il ne s’agit pas d’un cri de désespoir mais de la volonté de prendre du recul et de la hauteur par rapport aux processus électoraux en cours. Nos concitoyens ont le sentiment, à chaque élection, de revivre la célèbre sentence de Tancredi dans le film de Luchino Visconti Le guépard : « Il faut que tout change pour que rien ne change ». Il ne s’agit plus, aujourd’hui, pour les classes dirigeantes de préserver les intérêts de l’aristocratie sicilienne mais ceux des bénéficiaires de la mondialisation – cadres et professions intellectuelles – ou ceux des professions encore relativement protégées–: fonctionnaires et retraités. Nous chercherons à relever un double défi : ne pas réduire la politique aux élections mais aussi redonner à la politique ses lettres de noblesse en rappelant, en particulier, sa prééminence ontologique sur l’économie.

Après la campagne pour les présidentielles suivie de celle pour les législatives, ne pensez-vous pas que les Français aspireront à autre chose, à respirer un autre air ?

Il nous semble qu’après le pénible chemin de croix qu’auront constitué ces mois de campagne – pensons au pitoyable débat télévisé de l’entre deux tours Le Pen-Macron – de nombreux Français, saisis d’une sainte angor patriæ, angoisse de la Patrie, aspireront au contraire à rechercher à la fois les raisons profondes des événements dont ils ont été les témoins parfois stupéfaits et à poser les bases d’un authentique renouveau.

Quelle est la spécificité de l’approche de la politique par Renaissance catholique ? Renaissance catholique préconise-t-elle une politique, un choix politique, une stratégie politique, un homme ou une femme politique ?

Nous ne sommes pas un mouvement politique au sens politicien du terme. Nous aspirons cependant à un changement radical des paradigmes sur lesquels repose notre organisation politique. Jean-Claude Michéa rappelle opportunément dans Le complexe d’Orphée que : Renan disait ainsi du citoyen idéal des sociétés modernes qu’il devait « naître enfant trouvé » et « mourir célibataire ». Nous sommes au nœud gordien de la politique contemporaine. Cette conception individualiste est un refus, à la fois de l’héritage et de la transmission. Le destin de l’homme se réduit à la satisfaction immédiate de ses désirs consuméristes. Tout ce qui, d’une manière ou d’une autre, entrave le libre choix souverain et « désincarné » de l’individu est à combattre. Il existe ainsi une continuité logique entre la théorie du Genre, la pénalisation des familles nombreuses par la mise sous conditions de ressources des allocations familiales et la volonté d’Emmanuel Macron d’imposer plus lourdement le patrimoine immobilier que le patrimoine boursier. Notre action politique est d’abord une œuvre de réforme intellectuelle et morale. Toutes les œuvres de redressement ou d’inversion d’un cours de l’histoire qui semblait inéluctable ont été la conséquence d’une triple rencontre. Un homme, ou une femme, aux capacités exceptionnelles : Jeanne d’Arc, Napoléon, De Gaulle, Salazar, etc. Un peuple lassé des mensonges et de la confusion régnante – la guerre de Cent ans, la Révolution française et ses désordres, l’instabilité de la IVe République, l’anarchie portugaise, etc. – et prêt à suivre un nouveau guide répondant à ses aspirations d’ordre, de sécurité, d’identité, de prospérité… Enfin des circonstances particulières permettant l’émergence de ces personnalités plus ou moins exclues du système en place. À chacun son rôle ! Dieu seul est maître des événements et des circonstances. L’homme providentiel s’obtient par la prière. En revanche son futur entourage se prépare par l’accession à des postes de responsabilité de personnes compétentes animées par le souci du bien commun et placées dans les rouages de l’État et de la société civile. Jean Ousset avait cette formule choc : « On commence par perdre à midi cinq le pouvoir dont on s’est emparé à midi ». Cette œuvre est une entreprise de longue haleine car on ne revient pas en un clin d’œil sur deux siècles, quasiment, d’erreurs officielles. Concernant une personnalité politique, un vieil adage enseigne que ce sont toujours les meilleurs qui partent. Chacun aura observé la qualité des réflexions, la hauteur de vue mais aussi la fraîcheur et le juvénile enthousiasme de Marion Maréchal Le Pen à l’occasion de son retrait (provisoire ?) de la vie politique.

Dans les conférences prévues, quelle est la part des interventions sur les aspects fondamentaux de la question et celle qui revient au décryptage de la situation actuelle ?

Notre Université se déroulant sur quatre journées le schéma logique se déploie en quatre parties. Tout d’abord des considérations un peu théoriques sur quelques notions d’anthropologie, les rapports entre la politique et la culture mais aussi la politique et la morale. Conformément à la parole de l’Écriture nous ferons notre trésor du neuf et de l’ancien – nova et vetera – grâce aux contributions d’un conférencier expérimenté et bien connu de nos participants, Philippe de Villiers, mais aussi d’une jeune et brillante agrégée de philosophie Victoire De Jaeghere. Ensuite nous nous intéresserons aux raisons des dysfonctionnements actuels nous interrogeant sur la dictature de l’administration avec Claude Aubert, la tyrannie médiatique avec Jean-Yves Le Gallou, la position, disons charitablement, ambiguë de l’Église catholique sur l’immigration avec Laurent Dandrieu. Certains cependant sont parvenus à débloquer des situations qui semblaient figées (De Gaulle, Thatcher, Schroder) ce dont témoignera Jean-Louis Thiériot qui doit publier un livre sur ce sujet à la rentrée. Enfin nous rappellerons les rôles respectifs de l’État et de l’économie dans la société grâce à Arnaud Jaÿr et Pierre de Lauzun. Jean-Marie le Méné traitera quant à lui des rapports entre la loi naturelle et la démocratie avant que je ne m’interroge sur le caractère inéluctable, ou non, de la guerre civile qui semble s’annoncer. Deux tables rondes rassembleront d’une part des acteurs de la société civile faisant de la politique dans la mesure où ils œuvrent au service du bien commun de la cité et d’autre part trois députés qui nous expliqueront à quoi ils servent.

Depuis plusieurs mois, Renaissance catholique est le fer de lance du soutien au livre de Laurent Dandrieu, également intervenant lors de cette université d’été, sur Église et immigration. Pour quelle raison ?

Vous nous faites trop d’honneur. Nous souhaiterions être un fer de lance plus pointu, plus incisif mais effectivement nous avons travaillé à la promotion du livre de Laurent Dandrieu en le mettant en contact dans toute la France avec des acteurs locaux en recherche, plus ou moins consciente, de conférenciers. C’est d’ailleurs un type d’actions que nous souhaitons développer dans l’avenir. Nous sommes ainsi fidèles à notre vocation qui est de travailler à la diffusion des travaux qui contribuent à la restauration d’un ordre social chrétien. Le livre de Laurent Dandrieu est fondamental sous deux aspects. D’abord il traite de la question qui conditionne la survie même de notre civilisation : la présence largement majoritaire sur notre territoire national d’une population « caucasienne », de religion catholique et de culture gréco-latine. Ensuite l’attitude de l’Église qui a été la matrice culturelle de notre continent face à ce « grand remplacement ». Il ne s’agit pas d’une question mineure mais de la question qui rend la réponse à toutes les autres anecdotique. Avec ou sans l’Euro notre actuel territoire national occupé par une joyeuse population métissée de Peuls, de Bambaras, de Berbères et de quelques « Caucasiens » ne serait plus la France.

Selon un sondage Ifop, 70 % des catholiques ont voté pour Emmanuel Macron au second tour. Inévitablement, dans ces 70 %, certains ont participé au mouvement de refus de la « loi » Taubira. Par ailleurs, on ne cesse de répéter que la pensée conservatrice est de retour dans le peuple français alors qu’un Président progressiste, soutenu par certaines élites conservatrices, a été élu. Quelle est votre analyse ?

En d’autres temps les voix mugissantes de Léon Bloy, Louis Veuillot ou Georges Bernanos auraient dénoncé en lettres de feu cette nouvelle forme de La grande peur des bien-pensants. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la grande masse des catholiques s’est ralliée à la civilisation moderne qui est fondamentalement celle où il suffit d’avoir plus pour croire être plus. Le seul homme politique invité à s’exprimer devant l’Assemblée plénière des évêques de France fut en 1989, Jacques Delors, alors président, socialiste, de la Commission européenne et, toujours, père de Martine Aubry. Cela en dit long sur les choix idéologiques du noyau dirigeant de l’épiscopat français. De plus vous employez le terme de « pensée conservatrice ». Je ne crois pas que l’opposante finale à Emmanuel Macron serait heureuse d’être considérée comme une représentante de la pensée conservatrice. Si le programme de Marine Le Pen souhaitait revenir sur la loi Taubira, elle-même n’ayant participé à aucune manifestation et son principal conseiller estimant que ce sujet avait autant d’intérêt que la culture du bonsaï, la pensée conservatrice ne se réduit pas au refus du mariage contre nature. En fait dans le duel final de l’élection présidentielle ce que l’on peut appeler la « droite buissonnière », une droite des valeurs pour laquelle les maîtres mots sont tradition, transmission, transcendance, identité, christianisme, etc. n’était pas représentée. Il n’a été question que d’économie et d’Euro. Sur ce sujet Emmanuel Macron n’a guère eu de mal à convaincre que sa politique était moins risquée pour les bas de laine que le saut dans l’inconnu, fortement anxiogène, proposé par Marine Le Pen.

Dans votre éditorial du dernier numéro de Renaissance Catholique, vous insistez sur la nécessaire revalorisation de la famille et vous appelez à « une véritable rupture » avec tout ce qui lui est opposé. Quelle forme prendrait selon vous cette rupture ?

Deux aspects me semblent devoir être pris en compte. L’un symbolique, l’autre économique. Les deux sont indissociables. Symboliquement un signal fort serait de séparer la politique sociale de la politique familiale. Il existe aujourd’hui un Code de l’action sociale et des familles qu’il conviendrait de remplacer par deux codes différents. Le Code de la famille définirait le mariage comme l’union d’un homme et d’une femme et rendrait impossible tout divorce civil avant une période, par exemple, d’un an. Concernant la mesure économique ce serait la suppression des droits de succession en ligne directe. De quel droit l’État ponctionne-t-il une partie du fruit du travail ou de l’épargne des générations précédentes au moment de la transmission de ce patrimoine ? Il s’agit clairement d’une volonté idéologique de restreindre la transmission des patrimoines, en particulier immobiliers, qui sont un élément fort d’enracinement. Un paquet d’actions cela se partage, une propriété cela… se vend pour payer les droits de succession.

En lien avec l’Œuvre scolaire Saint-Nicolas, vous poursuivez la diffusion de nouveaux livres scolaires. Quel est l’enjeu ?

L’enjeu est tout simplement : L’avenir de l’intelligence. Face au désastre des manuels promus par l’Éducation nationale et trop souvent présents dans l’Enseignement catholique sous contrat ces manuels scolaires ont pour vocation d’accompagner les écoles et les parents qui œuvrent à former des intelligences et des caractères dans la fidélité à notre patrimoine national et à notre foi catholique. La bonne volonté ne suffit pas toujours. Nous souhaitons mettre à la disposition des enseignants des ouvrages de qualité aussi bien sur le fond que sur la forme. Le beau étant la splendeur du vrai il nous semble important que l’attrayante présentation de la vérité contribue à son rayonnement. C’est pourquoi nos manuels se distinguent par la sûreté des textes certes mais aussi par la qualité de l’iconographie et de la mise en page.

Après le Manuel d’Histoire de France et Histoire de France pour nos enfants, c’est maintenant un Manuel de sciences. Qu’apporte-t-il de nouveau et à qui est-il destiné ?

Ce manuel de Sciences est destiné aux élèves du Cours Élémentaire (CE1 et CE2). Il se caractérise par une méthode pédagogique originale qui consiste à faire réfléchir l’enfant à partir de la réalité qu’il observe. Il s’agit de répondre aux premières questions que se pose l’enfant : Pourquoi ? Comment ? Les réponses à ces questions sont capitales et ne sauraient être négligées car c’est par elles que se construit l’intelligence de l’enfant, nourrie par ce qu’il voit, ce qu’il entend, ce qu’il touche, ce qu’il sent, ce qu’il goûte. Ce manuel a pour but d’encourager ces premiers élans, de les encadrer sans rigidité, de les orienter vers une observation méthodique, de poser grâce à eux les premières bases d’un raisonnement scientifique tout en restant à la portée de l’enfant et en respectant son génie propre.

Pour finir, des motifs d’espérance dans le ciel obscurci de la France ?

Il existe, objectivement, trois motifs d’espérance pour la France. Le premier est d’une constante actualité. Nous ne défendons pas des constructions intellectuelles mais la réalité. Or la réalité, comme la vérité, finit toujours par sortir du puits. Nous savons, ainsi, que les conditions les plus favorables à l’éducation et à l’épanouissement d’un enfant consistent dans sa prise en charge par ses parents. Tous les professionnels de la famille – éducateurs, juges, assistantes sociales – confirment cette réalité. Beaucoup, comme Évelyne Sullerot fondatrice du Planning Familial reviennent du féminisme et d’une liberté sexuelle sans limite au regard des désastres provoqués par un libertarisme irresponsable. Ensuite, il est incontestable que ce retour au réel voit converger sur des positions disons pour faire simple conservatrices de jeunes intellectuels de droite : Mathieu Bock-Côté, François-Xavier Bellamy, Eugénie Bastié qui rejoignent des intellectuels de droite plus anciens comme Éric Zemmour, Michel De Jaeghere, Jean Sévillia, Patrick Buisson, etc. mais aussi des intellectuels issus de la gauche qui semblent avoir viré leur cuti soixante huitarde – Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Marcel Gauchet, etc. Pour qui connaît la manière particulièrement sectaire et brutale dont l’enseignement universitaire est cadenassé par la gauche cela tient du miracle. Enfin, il est incontestable que la position de l’épiscopat a sensiblement évolué ces derniers temps. Nous n’avons pas eu droit cette année, comme en 1985 ou 2002, aux déclarations unanimes appelant à lutter contre le racisme ou l’extrême droite. Or, c’est dans l’ordre surnaturel des choses, aucun redressement majeur de notre pays ne pourra être mené sans soutien au moins tacite des évêques de France. Les évêques hongrois, portugais, autrichiens ont été, en leur temps, des acteurs majeurs du redressement de leurs pays respectifs. Enfin on ne peut imaginer que la Providence après être intervenue de façon si évidente à de nombreuses reprises dans notre histoire nous abandonne à l’heure du plus grand danger qui est celui de l’apostasie des nations.

Pour aller plus loin :

 

Chaque année, l'Université d'été de Renaissance catholique donne lieu à la publication d'Actes qui recueillent non seulement les différentes interventions mais également les échanges entre la salle et les conférenciers. Là aussi, au fil des ans, s'est constituée une véritable bibliothèque de formation et de combat, sans équivalent. Le dernier volume paru est Le patriotisme est-il un péché ?  (Voir notre présentation). Pour connaître les autres volumes disponibles, n'hésitez pas à vous rendre sur la page Livres sur le site de l'association.

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