Chanter saint Benoît : Séquence Læta dies

Rédigé par un moine le dans Culture

Chanter saint Benoît : Séquence Læta dies

1. Aujourd’hui est célébré le repos bienheureux de notre grand guide apportant les dons d’une lumière nouvelle.
2. La grâce est donnée à l’âme filiale ; que tout ce qu’elle proclame par son chant résonne dans l’ardeur de son cœur.
3. Admirons la beauté de notre Patriarche qui s’élève par un chemin céleste, à l’orient.
4. L’ample descendance de sa grande famille le rend semblable à Abraham, semblable au soleil.
5. Reconnais en lui Élie qui se cache dans son humble grotte, servi par un corbeau.
6. On reconnaît en lui Élisée, quand il rappelle la hache tombée au fond du torrent.
7. L’âme reconnaît en lui Joseph par la pureté de sa vie, et Jacob par l’esprit de prophétie.
8. Qu’il daigne se souvenir de ses enfants, et qu’il nous conduise aux joies éternelles du Christ qui demeure à jamais ! Amen !

Thème spirituel

La séquence Læta dies (jour bienheureux) ou Læta quies (repos bienheureux) est chantée le 21 mars, anniversaire de la mort de saint Benoît, et le 11 juillet, anniversaire de la translation de ses reliques, au VIIe siècle, du monastère du Mont-Cassin en Italie, où il vécut et où il mourut en 547, jusqu’au monastère de Fleury sur Loire, devenu depuis Saint-Benoît-sur-Loire, qui a été fondé vers l’an 650. Le Mont-Cassin a été détruit en 580, soit environ trente ans après la mort de saint Benoît, par les Lombards. Saint Benoît lui-même avait prédit cette destruction, et avait obtenu de Dieu la grâce, pour ses moines, de pouvoir se sauver avant la destruction. Les premiers fils de saint Benoît se réfugièrent à Rome. Saint Grégoire le Grand, qui fut pape de 590 à 604, donc une dizaine d’années seulement après la fuite, et qui fut lui-même moine bénédictin à Rome, avant d’accéder au trône de Saint Pierre, fut le premier biographe du patriarche des moines d’Occident. Cette biographie d’un pape, tirée d’une collection de quatre livres appelés Dialogues, dans laquelle il raconte la vie de nombreux saints, constitue en quelque sorte l’acte pontifical de canonisation de saint Benoît, à une époque ou bien sûr le rituel de canonisation n’était pas encore fixé comme il l’est maintenant. Dans son second livre des Dialogues, qui ne traite que de la vie de saint Benoît, saint Grégoire, n’hésite pas à l’appeler l’homme de Dieu, ou encore le saint homme, le vénérable Benoît, le vénérable Père, le serviteur du Christ Jésus, etc. Il le déclare en outre, souverain compliment, « rempli de l’esprit de tous les justes. »

Le culte de Saint Benoît s’est très vite répandu en Europe, car ses fils ont été très tôt missionnaires. Dès 596, donc moins de 50 ans après la mort de saint Benoît, saint Grégoire le Grand pouvait envoyer en Angleterre une communauté de 40 moines placés sous la direction de celui qui deviendra saint Augustin de Cantorbéry, l’apôtre de la Grande Bretagne. On sait qu’ensuite, la règle bénédictine s’est répandue à travers toute l’Europe, s’imposant par sa sagesse et sa discrétion. En 1964, le pape Paul VI a nommé saint Benoît Patron de l’Europe.

La séquence Læta quies est repérée au XVIe siècle dans des missels imprimés au Mont-Cassin, et elle est sans doute l’œuvre d’un moine bénédictin de ce grand monastère italien, fondé par saint Benoît lui-même. Cette séquence est une formule poétique des éloges décernés ici ou là, par saint Grégoire le Grand dans sa biographie de saint Benoît. Voilà ce que dit le saint Pape au chapitre 8 de ses Dialogues : on y reconnaît aisément la source de notre texte :

« Admirable et stupéfiant tout ce que tu me racontes là ! Car, dans l'eau tirée du rocher, je vois Moïse, dans le fer qui remonte des profondeurs, Élisée, dans la marche sur les eaux, Pierre, et enfin dans les pleurs sur la mort d'un ennemi, David. Au fond je pense vraiment que cet homme était rempli de l'esprit de tous les justes ! »

Commentaire musical

La séquence Læta quies (on dit quies le 21 mars, jour anniversaire de la mort de Saint Benoît, et dies le 11 juillet qui commémore la translation de ses reliques) est composée de huit courtes strophes de trois vers chacune. Les deux premiers vers de chaque strophe riment entre eux et le troisième vers rime avec le troisième vers de la strophe suivante.

Le compositeur a fait appel au 6ème mode pour traduire les sentiments de l’âme filiale chantant les vertus et les mérites du Père des moines. C’est une mélodie paisible et joyeuse, attendrie par la présence du Sib, qui monte progressivement, avec l’admiration qui s’exprime. Les strophes se répondent de deux en deux, ce qui fait qu’en réalité seules les strophes 1, 3, 5, 7 sont à considérer au plan musical. Le chant est plutôt syllabique, mais quelques neumes, ici ou là, viennent agrémenter et amplifier ce syllabisme, donnant à l’ensemble une belle facture très chantante.

Les deux premières strophes forment une courbe très calme qui part du Fa, tonique du 6ème mode, monte jusqu’au Sib dans le premier vers, puis jusqu’au Do dans le second et au début du troisième, et redescend vers le Fa à la fin du troisième. Les deux climacus de ducis et de lucis soulignent bien ces deux mots, et deux petites clivis, dans le troisième vers, offre un beau balancement à la descente vers la cadence en Fa. Ce troisième vers, remarquons-le d’ailleurs, est musicalement commun à toutes les strophes.

Les strophes 3 et 4 sont les plus graves, elles plongent jusqu’au Do dans leur premier vers, puis remontent jusqu’au Sib dans le second, faisant entendre à nouveau le climacus plein d’une douce admiration remplie de tendresse. La courbe mélodique de ces strophes est assez sinueuse mais bien arrondie par les neumes plus nombreux.

Les strophes 5 et 6 reprennent le thème musical des strophes 1 et 2. Il n’y a que la toute première note de ces strophes (un La au lieu d’un Fa) qui les distingue, mais cela suffit pour ne pas se rendre compte de cette identité quasi absolue. Comme on vient d’entendre des strophes plus graves, on sent qu’on revient au thème initial, mais sans éprouver l’impression d’une redite, grâce à cette première note plus aérienne et gracieuse.

Enfin les strophes 7 et 8 constituent le sommet de la pièce. Elles attaquent d’emblée sur le Sib et vont monter à deux reprises jusqu’au Ré supérieur. Elles sont pleines d’admiration et de douceur, tout en manifestant l’enthousiasme et la joie du mode de Fa. L’amen final est léger et joyeux.

Pour écouter cette séquence :

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