L'été en musique avec… Johannes Brahms

Rédigé par Judith Cabaud le dans Culture

L'été en musique avec… Johannes Brahms

Compositeur, pianiste et chef d’orchestre allemand, Brahms (1833-1897) fut considéré de son vivant comme l’héritier de Beethoven. En fait, son génie propre sut allier classicisme et romantisme.

Johannes Brahms figure parmi les plus grands noms du postwagnérisme en Allemagne. Né à Hambourg dans une famille très modeste, il grandit à l’ombre de son père contrebassiste qui jouait dans de petits ensembles. À 14 ans, le garçon doué pour la musique gagne déjà sa vie comme pianiste dans les cabarets de la ville. Malgré une instruction musicale solide mais quelque peu empirique, il se lance à apprendre presque seul le métier de musicien dans les œuvres des grands maîtres du passé, surtout Haydn, Mozart et Beethoven.

À l’âge de 20 ans, le jeune Brahms arrive un beau jour avec des sonates pour piano sous le bras chez Schumann qui s’écrie émerveillé: «Johannes Brahms – un nouveau génie! » Plus tard, installé à Vienne après plusieurs échecs amoureux, le jeune musicien se transforme peu à peu en célibataire endurci. Fêté par son entourage, on le considère rapidement comme le véritable « héritier de Beethoven » en déclarant sa première symphonie la « dixième de Beethoven ».

Un bon vivant

Toute sa vie, Brahms se montre bon vivant, familier des cafés, correspondant prolifique, mais doué d’une personnalité peu avenante. Il semblait craindre de traduire en paroles ses sentiments profonds, défaut qu’il compense néanmoins, et très bien, dans sa musique. Embrigadé dans la «querelle des Anciens et des Modernes» de son époque, il devient rapidement le symbole des opposants à la «musique de l’avenir» de Liszt et de Wagner, sans s’être lui-même exprimé sur ce sujet. Il s’agissait d’une rivalité entre conservateurs et novateurs dans la composition musicale. En réalité, Brahms incarne le classicisme, mais enrichi de coloris et de timbres nouveaux. À Zurich où il se rend en vacances, il rencontre des amis de Wagner, Otto et Mathilde Wesendonck. Chez eux, il a l’occasion de consulter avec intérêt des partitions que Wagner avait laissées à leurs soins. C’est ainsi que «sur le tard», à l’âge de 43 ans, Brahms commence à composer ses symphonies inspirées – semble-t-il – de ces harmonies nouvelles.

Un océan de beauté

On a mis bien du temps en France à reconnaître l’œuvre pourtant imposante de Brahms: on le prétendait fermé à l’influence latine, tourné vers le germanisme par sa passion contenue venue de la Mer du Nord. En fait, son œuvre symphonique est dominée par une vision aérienne et splendide du monde caractérisée par un mélange de classicisme strict et de romantisme débridé. Il composa quatre Symphonies, des Variations sur un thème de Haydn, des ouvertures, deux sérénades; puis en 1866, le magnifique Requiem allemand pour chœur et orchestre, à partir de plusieurs épisodes bibliques. Il écrivit des quantités de Lieder et excella surtout dans deux Concertos pour piano et un des plus beaux Concertos pour violon du XIXe siècle. Sa  musique de chambre contient des sextuors, des quintettes, des quatuors, et dans son œuvre pour piano, il nous laisse des Danses hongroises, des valses, des rhapsodies, des variations et des études. Il semblerait qu’il aurait aimé écrire des opéras mais sans succès, car l’action dramatique ne s’inscrivait pas dans ses paysages méditatifs.

Si l’homme ne s’avéra pas explicitement religieux par ses propos et dans sa vie, sa musique porte incontestablement vers Dieu par sa hauteur, sa largeur et sa profondeur… Il resta fidèle à l’idée des Parnassiens qui préconisent la pureté de la forme, sans se préoccuper de concepts littéraires. Musique d’une grande sensibilité par sa couleur et son intensité, son classicisme enrichi par les harmonies wagnériennes, la musique de Brahms nous baigne dans l’océan de beauté qu’est la Création de la nature et de l’univers. En sortant de cette «eau» enchanteresse dont les effets sont merveilleux, on ne peut s’empêcher de recommander aux autres de s’y plonger aussi.

 

Pour aller plus loin :


Judith Cabaud
En route vers l'infini, musique et foi (portraits de musicieux)
Éditions de L'Homme Nouveau, 268 pages, 19 €

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