L'été en musique avec… Gioacchino Rossini

Rédigé par Judith Cabaud le dans Culture

L'été en musique avec… Gioacchino Rossini

Sa vie fut comparable à l’un de ses célèbres crescendi. Après des triomphes éclatants il choisit, en effet, de vivre une retraite précoce en France. Au monde il lègue une musique singulière, empreinte de gaîté.

En plein milieu du romantisme nous parvient d’Italie un Scapin de la scène lyrique: Gioacchino Rossini (1792-1868), né à Pesaro sur l’Adriatique. Son père, un petit fonctionnaire de la ville, jouait du cor ou de la trompette dans l’orchestre municipal et sa mère, fille de boulanger, était cantatrice. Doué d’une grande facilité au travail doublé d’une rapidité vertigineuse, le jeune Rossini ne cesse de composer depuis l’aube de son adolescence. À 14 ans, il écrit son premier opéra. Élève au lycée musical de Bologne, il doit subvenir très tôt à ses propres besoins par de menus travaux de copiste ou de répétiteur, tout en étudiant seul les quatuors de Haydn et de Mozart. Ses professeurs le lui reprocheront du reste en l’affublant du surnom de Tedeschino (« Petit Allemand »). À 18 ans, sans un sou en poche, il réussit à faire jouer à Rome son premier opéra bouffe. À 23 ans, on compte quinze opéras à son nom, ainsi que des pages de tous les genres musicaux qui lui passent par la tête.

Le Barbier

Enfin en 1816, c’est à 24 ans qu’il commet un vrai chef-d’œuvre, Le Barbier de Séville, dont la musique fut composée, dit-on, en l’espace de quinze jours. L’œuvre, basée sur la pièce de Beaumarchais, est comme un tourbillon de vie à l’image du jeune musicien qui compose le merveilleux sextuor du deuxième acte en seulement deux heures! Et désormais, son nom devient le plus populaire de la musique italienne. Rossini exécute des commandes qui lui viennent de partout en Europe. Il se rend à Vienne pour rencontrer Beethoven; puis, avant de s’installer à Paris, il part pour l’Angleterre où la fortune lui sourit, grâce au charme et à l’enchantement de ses partitions.

Malgré tant de succès, Rossini ne se prend nullement au sérieux. C’est avec une désinvolture élégante qu’il compose, ce qui fait l’admiration de tous. Il est évident qu’il n’écrit pas comme Mozart, mais il sait mettre en valeur ce qui est spécifiquement italien, en le fusionnant à la rigoureuse méthode allemande. Stendhal, son biographe, le définit comme le « Voltaire de la musique » à cause de son ironie pointue envers ses personnages et sa tendance à « trop bien observer l’humanité». Riche à 37 ans, Rossini se retire pour se reposer sur ses lauriers, cultiver l’amitié des grands de ce monde et se consacrer à son violon d’Ingres: la gastronomie. Auteur d’un livre de cuisine, il invente des recettes, sans cesser de répandre son grand sens de l’humour. Malgré tant de légèreté, il compose quarante opéras, dont les plus célèbres – Le Barbier de Séville, La Pie voleuse et Guillaume Tell – occupent encore régulièrement l’affiche. Il produit une foule de brillantes ouvertures, une vingtaine d’oratorios et de cantates ainsi que des pièces vocales et instrumentales pleines de verve et de vivacité.

Sur le tard, il confie au jeune Richard Wagner venu lui rendre visite à Paris: « J’avais de la facilité, j’aurais pu faire quelque chose!» Il ne néglige pas non plus la musique religieuse: pièces, prières et messes; puis il compose un admirable Stabat Mater pour un prélat espagnol. Vers la fin de sa vie, il fait jouer sa Petite Messe solennelle,

« dédiée à Dieu le Père, en s’excusant auprès de lui des réminiscences de l’opéra bouffe qu’il y trouverait ».

L’œuvre de Rossini imposa en son temps un style de chant nouveau, fait de virtuosité et du développement des passages orchestraux qui les accompagnent. Dans le vaste champ de la musique, à l’image de l’immense variété présente dans la Création, son œuvre occupe une place singulière: Rossini nous réjouit et nous fait rire, comme le Sganarelle de Molière devenu médecin malgré lui. Par la bonne humeur et la détente, il nous révèle à nous-mêmes, tels que nous sommes. Balzac écrivit de lui:

« Cette musique donne de l’espérance aux cœurs les plus endormis. »

 

Pour aller plus loin :
Judith Cabaud
En route vers l'infini, musique et foi (portraits de musicieux)
Éditions de L'Homme Nouveau, 268 pages, 19 €

 

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