Polyeucte sur scène

Rédigé par Pierre Durrande le dans Culture

Polyeucte sur scène

Voilà une pièce de Corneille qui ouvre le fond des âmes, mais dans laquelle le spectateur d’aujourd’hui impréparé aux questions religieuses peut être dérouté … Et pourtant quelle profondeur et quelle densité dramatique dans ce joyau de la dramaturgie religieuse qu’est Polyeucte ! Certains voient en lui un héros barbare plus stoïcien que chrétien. Optons avec Péguy sur l’élan de foi qui fait de Polyeucte un possédé de Dieu, se détournant avec vigueur des idoles et du monde. Toute la pièce est construite comme un duel intérieur où le moi divisé du héros Polyeucte se débat entre son amour légitime et humain pour Pauline, signe d’attachement à la chair et au monde, et son attrait irrésistible pour « les saintes douceurs du Ciel », « le feu divin ». Terrible duel où la raison implacable dans ses arguments vient se combiner à une exaltation religieuse où débordent les passions du cœur.

Mais ce duel intérieur est un véritable chemin de Purgatoire marqué par le détachement progressif du héros de toutes les sortes de vanité du monde et sa volonté de surmonter tous les obstacles qui pourraient le séparer de son but divin. Les stances de Polyeucte au cœur de la pièce sont l’apogée de ce débat qui résume dans un style devenu étrange à des oreilles contemporaines ce qu’une âme inondée par la Grâce de l’eau baptismale peut communiquer comme force à celui qui va être appelé au martyre. Ici, point de stoïcisme, mais une réponse libre à un appel divin, véritable acte de confirmation d’un homme qui se dépouille du vieil homme et revêt en Christ l’Homme nouveau.

Polyeucte est vraiment une pièce chrétienne, un sommet dans la littérature religieuse dramatique. Jean-Luc Jeener conduit sa mise en scène dans le sens de cette mise à nu des âmes, de ce débat intime et permanent entre la chair et l’esprit, entre péché et Grâce. Les comédiens qui ont la lourde tâche de se situer dans ces hauteurs, portés par le verbe ciselé de Corneille, nous plongent littéralement dans cette radicalité spirituelle qui ne laisse aucune personne indifférente, même chez les plus récalcitrantes à ce témoignage de vie chrétienne. Un spectacle rare !

Théâtre du Nord- Ouest, 13, rue du Faubourg-Montmartre, Paris IXe. Le mercredi 20 septembre à 20 h 45, le samedi 23 et le dimanche 24 septembre à 14 h 30. La suite de la programmation en attente sur le site du théâtre début octobre. Rés. : 01 47 70 32 75.

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