Le Pape appelle à croire en un univers nouveau

Rédigé par un moine de Triors le dans Religion

Le Pape appelle à croire en un univers nouveau

Le Pape poursuit ses audiences du mercredi sur l’espérance. Le 23 août, il commenta l’univers nouveau annoncé par l’Apocalypse. Le premier ciel et la première terre ont disparu parce que malgré leur beauté, ils n’étaient pas une demeure digne des élus ressuscités. La première création était belle et bonne, le péché l’a gâtée. La nouvelle création qu’est la Rédemption est plus belle encore, comme le dit une oraison de Noël de saint Léon utilisée à l’offertoire dans la forme extraordinaire : « mirabile condidisti, mirabilius reformasti ». La première création doit donc disparaître en passant par la mort et par le feu comme le dit Saint Pierre dans sa deuxième épître (III, 12). Et la finale de l’Apocalypse décrit alors l’enfantement de ce monde nouveau. Plus de mer, plus de tempêtes, plus d’instabilité, plus de séparation, plus surtout de péché. Et cette nouveauté finale de Dieu, cette nouvelle surprise de lui suscite à l’avance en nous une grande espérance. Pour exprimer cette grande espérance le Pape comme toujours utilise une image forte qu’il faut prendre dans son bon sens bien sûr. L’homme n’est pas un cochon qui ne sait pas où il va. L’homme est conduit par la main de Dieu vers de nouveaux horizons où il n’y aura plus ni douleurs ni souffrances ni mort. Nous ne sommes ici bas que dès pèlerins en marche vers la Jérusalem nouvelle qui descend d’en haut. C’est dans cette cité sainte que Dieu accueillera tous les élus et habitera définitivement en eux. Saint Jean rejoint saint Paul pour affirmer que les vicissitudes d’ici bas n’ont qu’un temps, car elle passe la figure de ce monde. La joie éternelle sera d’être toujours avec Dieu. Impossible alors de pécher, quand le monde vétuste aura disparu. Les souffrances d’ici-bas apparaîtront alors bien légères et surtout nécessaires car par elles nous aurons été purifiés. L’espérance en la vie éternelle nous permet de tenir le cap. Dieu dans la Jérusalem essuiera pour toujours les larmes de nos yeux. Il y a de quoi susciter en nous l’espérance.

S'ancrer dans l'espérance

Il est réconfortant de penser à la vie éternelle quand l’actualité ne cesse de nous mettre sous nos yeux des drames et des tragédies plus horribles les unes que les autres. Le Pape en profite pour réconforter les habitants de Barcelone et les congolais. Ici-bas ce ne sont que guerres, révoltes, avortements, tragédies sans fin que doit supporter toute une classe de la société, le Pape pensant ici surtout aux exclus et aux migrants. Mais en réalité il en existe bien d’autres ! Et le drame s’amplifie lorsqu’il s’agit d’enfants, à commencer bien sûr par l’enfant à naître. Cela cause des troubles, quand ce n’est pas la révolte, chez beaucoup. La pensée des cieux nouveaux et de la terre nouvelle nous fait changer de cap et sœur espérance prend alors en nous le gouvernail de notre vie. La vie est triste, mais Dieu pleure avec nous, si l’on peut parler ainsi, car en Dieu il n’y a pas de changements. Mais la Bible use avec raison d’anthropomorphismes surtout à partir des divers membres du corps. Et c’est bien. Relisons les psaumes dans cette perspective de la Jérusalem céleste et nous verrons que notre créateur et rédempteur nous enveloppe dans son amour pour devenir fils dans le Fils. Y songer ne peut que nous ancrer dans l’espérance. Demandons à Marie de le comprendre. Avec Elle croyons que le mal n’aura pas le dernier mot. Le soleil se lèvera sur notre terre en larmes. Entrons dans le silence de la foi, pour professer notre foi en Dieu mais aussi en l’homme créé par lui, racheté par le Christ, sanctifié dans l’Esprit Saint et en attente de la vie éternelle.

Le discours du Pape

Nous avons écouté la Parole de Dieu dans le livre de l’Apocalypse, et elle dit : « Voici, je fais l’univers nouveau » (21, 5). L’espérance chrétienne se fonde sur la foi en Dieu qui crée toujours des nouveautés dans la vie de l’homme, il crée des nouveautés dans l’histoire, il crée des nouveautés dans l’univers. Notre Dieu est le Dieu qui crée la nouveauté, parce que c’est le Dieu des surprises.

Il n’est pas chrétien de marcher le regard tourné vers le bas – comme le font les cochons : ils avancent toujours ainsi – sans lever les yeux vers l’horizon. Comme si tout notre chemin finissait ici, en l’espace de quelques mètres de parcours ; comme si dans notre vie, il n’y avait aucune destination ni aucune escale, et que nous étions contraints à errer éternellement, sans rien qui justifie nos nombreux efforts. Cela n’est pas chrétien.

Les pages finales de la Bible nous montrent l’horizon ultime du chemin du croyant : la Jérusalem du Ciel, la Jérusalem céleste. Elle est imaginée avant tout comme une demeure immense, où Dieu accueillera tous les hommes pour habiter définitivement avec eux (Ap 21, 3). Et cela est notre espérance. Et que fera Dieu, quand nous serons enfin avec Lui ? Il fera preuve d’une tendresse infinie à notre égard, comme un père qui accueille ses enfants qui ont longtemps peiné et souffert. Jean, dans l’Apocalypse, prophétise : « Voici la demeure de Dieu avec les hommes ! Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de pleur, de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé (…) Voici, je fais l’univers nouveau ! » (21, 3-5). Le Dieu de la nouveauté !

Un texte d'actualité

Essayez de réfléchir à ce passage de l’Écriture Sainte non pas de façon abstraite, mais après avoir lu une nouvelle actuelle, après avoir regardé le journal télévisé ou la couverture des journaux, où il y a tant de tragédies, où l’on rapporte des nouvelles tristes auxquelles tous risquent de s’habituer. Et j’ai salué certaines personnes de Barcelone : que de nouvelles tristes nous parviennent de là ! J’ai salué des gens du Congo, et combien de nouvelles tristes nous parviennent de là ! Et combien d’autres : Pour ne citer que deux pays dont vous provenez… Essayez de penser aux visages des enfants effrayés par la guerre, aux pleurs des mères, aux rêves brisés de nombreux jeunes, aux réfugiés qui affrontent des voyages terribles, et sont si souvent exploités… Malheureusement, la vie, c’est également cela. On a parfois envie de dire que c’est surtout cela.

Peut-être. Mais il y a un Père qui pleure avec nous ; il y a un Père qui verse des larmes de pitié infinie envers ses enfants. Nous avons un Père qui sait pleurer, qui pleure avec nous. Un père qui attend pour nous consoler, parce qu’il connaît nos souffrances et nous a préparé un avenir différent. Telle est la grande vision de l’espérance chrétienne, qui enveloppe tous les jours de notre existence, et qui veut nous soulager.

Dieu n’a pas voulu nos vies par erreur, en s’obligeant, ainsi que nous, à de pénibles nuits d’angoisse. Au contraire, il nous a créés parce qu’il nous veut heureux. C’est notre Père et si nous, ici, faisons l’expérience d’une vie qui n’est pas celle qu’Il a voulue pour nous, Jésus nous garantit que Dieu lui-même accomplit son rachat. Il œuvre pour nous racheter.

La vie a un sens

Nous croyons et nous savons que la mort et la haine ne sont pas les dernières paroles prononcées sur la parabole de l’existence humaine. Être chrétiens implique une nouvelle perspective : un regard plein d’espérance. Certains croient que la vie détient tous ses bonheurs dans la jeunesse et dans le passé et que vivre est un lent déclin. D’autres encore considèrent que nos joies ne sont qu’épisodiques et passagères, et que dans la vie des hommes est inscrit le non-sens. Ceux qui, devant tant de catastrophes, disent : « Mais la vie n’a pas de sens. Notre chemin est le non-sens ». Mais nous, chrétiens, ne croyons pas cela. Nous croyons en revanche que dans l’horizon de l’homme, il existe un soleil qui illumine pour toujours. Nous croyons que nos jours les plus beaux doivent encore arriver. Nous sommes davantage des personnes de printemps que d’automne. J’aimerais demander à présent – que chacun réponde dans son cœur, en silence, mais qu’il réponde – : « Est-ce que je suis un homme, une femme, un garçon, une fille de printemps ou d’automne ? Mon âme est-elle de printemps ou d’automne ? » Que chacun réponde. Nous percevons les bourgeons d’un monde nouveau plutôt que les feuilles jaunies sur les branches. Nous ne nous berçons pas de nostalgie, de regrets et de plaintes : nous savons que Dieu veut que nous soyons les héritiers d’une promesse et d’inlassables cultivateurs de rêves. N’oubliez pas cette question : « Suis-je une personne de printemps ou d’automne ? ». De printemps, qui attend la fleur, qui attend le fruit, qui attend le soleil qui est Jésus, ou d’automne, qui a toujours le visage tourné vers le bas, aigri et, comme je l’ai dit parfois, le visage des piments au vinaigre.

Le chrétien sait que le Royaume de Dieu, sa Seigneurie d’amour croît comme un grand champ de blé, même si au milieu, se trouve l’ivraie. Il y a toujours des problèmes, il y a les commérages, il y a les guerres, il y a les maladies… Il y a des problèmes. Mais le grain croît, et à la fin, le mal sera éliminé. L’avenir ne nous appartient pas, mais nous savons que Jésus Christ est la plus grande grâce de la vie : il est le baiser de Dieu qui nous attend à la fin, mais qui nous accompagne dès à présent et nous réconforte sur le chemin. Il nous conduit à la grande « demeure » de Dieu avec les hommes (cf. Ap 21, 3), avec nos nombreux autres frères et sœurs, et nous apporterons à Dieu le souvenir des jours vécus ici-bas. Et il sera beau de découvrir en cet instant que rien ne s’est perdu, aucun sourire, aucune larme. Même si notre vie a été longue, il nous semblera l’avoir vécue dans un souffle. Et que la création ne s’est pas arrêtée au sixième jour de la Genèse, mais qu’elle s’est poursuivie, inlassable, parce que Dieu s’est toujours préoccupé de nous. Jusqu’au jour où tout s’accomplira, au matin où les larmes seront séchées, à l’instant même où Dieu prononcera son ultime parole de bénédiction : « Voici, dit le Seigneur, je fais l’univers nouveau » (v. 5). Oui, notre Père est le Dieu des nouveautés et des surprises. Et ce jour-là, nous serons véritablement heureux, et nous pleurerons. Oui : mais nous pleurerons de joie.

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