La PMA pour toutes : premiers jalons

Rédigé par Joël Hautebert le dans Politique/Société

La PMA pour toutes : premiers jalons

Prioritairement ou non, le gouvernement Macron entend légaliser « la procréation médicalement assistée ou PMA pour toutes ». Gageons que la GPA suivra de près. Autant de transgressions supplémentaires présentées comme des « avancées sociétales » au nom de l’égalité et d’un droit qui ne s’étend pas à celui de l’enfant à naître, objet du « projet parental ».

De simple promesse électorale, l’extension de la procréation médicalement assistée (PMA) est passée au stade de projet pour la fin de l’année 2018. Ainsi, dès la première année du quinquennat, la révolution anthropologique suit son cours, même si le gouvernement use de mille précautions.

Jusqu’à présent, le recours à la PMA n’était ouvert qu’aux couples (au sens exact) dont l’un des membres est atteint d’une infertilité médicalement constatée. L’instruction Donum Vitæ (1987) avait condamné ce procédé qui sépare la procréation de l’acte conjugal. Admirons la sagesse de l’Église qui éclate à nouveau au grand jour, puisqu’à partir du moment où des procédés artificiels de procréa­tion sont admis, l’enfant n’est plus un don mais un dû. L’objectif du projet consiste dorénavant à étendre ce procédé au bénéfice de femmes célibataires et surtout de paires de lesbiennes. Au même titre que l’avortement a été initialement légalisé pour des cas particuliers avant de devenir une pratique de convenance, la PMA est ainsi appelée à s’ouvrir au-delà du cadre du couple.

Qui réagira ?

Les suites de l’annonce de ce projet permettront de jauger la persévérance et l’enracinement politique de la résistance engagée depuis 2012 sur les questions anthropologiques. On observera aussi avec beaucoup d’attention les réactions de l’épiscopat, dont certains membres avaient pris position avec détermination contre la loi Taubira, en tout cas jusqu’à son vote par l’Assemblée.

On attend aussi avec curiosité la manière dont le gouvernement va avancer sur ce dossier sensible, d’autant plus que trois ministres et trois secrétaires d’État avaient précédemment pris position contre la PMA, dont le Premier ministre en personne, Édouard Philippe ! Dans une tribune publiée dans le Huffington Post le 10 février 2013, en plein débat sur la loi Taubira, il affirmait avec NKM que : 

« nous ne sommes pas opposés à une loi qui permettrait le mariage et l’adoption simple pour les couples de même sexe, mais nous n’accepterons pas ce qui viendra après cette loi. Nous nous opposerons résolument à la PMA pour les couples homosexuels féminins, et à la GPA qui, au nom de l’égalité, ne manquera pas d’être réclamée par la suite ».

Sans grande illusion, tout en étant ouvert à une bonne surprise, parions que ces gens peu fiables nous expliqueront bientôt que les mentalités ont changé en cinq ans et qu’en bons gouvernants, ils se doivent de suivre l’évolution de la société dans l’exercice de leurs fonctions. C’est l’occasion de rappeler le caractère profondément subversif de l’adjectif « sociétal », qui transforme les questions anthropologiques en simples enjeux de société, soumis au bon vouloir des hommes. Dans ces conditions, changer d’avis révèle l’acquisition d’une saine vertu démocratique au sein d’une république où tout est possible.

La difficulté majeure va résider dans la capacité à contourner des sophismes bien huilés. Quel que soit l’enjeu concret (avortement, mariage, PMA, GPA…), la transgression s’appuie sur la vulgarisation de notions juridiques et politiques subverties (égalité, droit…) et de réflexes pavloviens imposés par les lobbies puis répercutés par les médias et maintenant le monde de l’enseignement, c’est-à-dire le pouvoir culturel.

Gageons que les défenseurs publics du projet et leurs affidés affirmeront haut et fort qu’ils s’opposent catégoriquement à la légalisation de la GPA, que cette pratique n’a rien à voir avec la PMA, au même titre qu’à la suite de la mobilisation de 2012-2013, les gouvernants de l’époque nièrent tout lien entre ledit « mariage pour tous » et les modes de procréation assisté. Pourtant la « PMA pour toutes » est une simple suite du « mariage pour tous ». Admettre l’expression « couple hétérosexuel », c’est admettre du même coup celle de « couple homosexuel ». Et puisque tous les gens « mariés » ont les mêmes droits, pourquoi ne pas reconnaître que l’enfant est un dû pour tous ?

Ce saucissonnage législatif mûrement réfléchi, facilité par la dictature de la pensée qui à chaque étape accélère l’acceptation publique des nouvelles « avancées », est rendu possible par le principe d’égalité au cœur de la subversion sémantique. Il est révélateur que l’égalité ait pris le pas sur la justice dans le langage militant des lobbies et de leurs partisans politiques.

Au nom de l’égalité

L’annonce du projet a d’ailleurs été faite par Marlène Schiappa, « secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes ». Même si le gouvernement a pris la peine de préciser depuis que les services de cette dernière ne seront pas chargés de ce projet, il n’empêche que c’est bien au nom de l’égalité qu’il sera porté, non sans poser quelques difficultés que les homosexuels masculins ne manqueront pas de souligner, puisque les femmes vont se retrouver dans une situation privilégiée, ayant seules « droit à » des enfants. L’argumentaire est évidemment prêt pour la phase suivante, celle de la reconnaissance de la GPA… quand les mentalités seront prêtes.

Quant au « droit à » l’enfant, il est également au cœur du sujet. Dans la mesure où l’avortement donne déjà un droit de vie et de mort sur un enfant conçu réifié par le statut de « projet parental », au nom de quoi ce simple « projet » reconnu depuis longtemps pour le papa et la maman ne serait-il pas valable pour tout type de parent 1 et de parent 2 ? Cette expression de « projet parental » fit son entrée dans notre droit par des lois bioéthiques relatives à l’aide médicale à la procréation en 1994. Ce n’est donc pas un hasard si Marlène Schiappa a précisé que la légalisation de la « PMA pour toutes » se fera justement dans le cadre de la révision des lois de bioéthique prévue fin 2018. Quant au « droit », totalement déconnecté de la justice, il se définit par la satisfaction d’un désir, que ne peut exprimer celui qui est réduit à la triste qualité de « projet parental ». Au rythme où vont les choses, la novlangue juridique progressivement créée depuis des décennies rendra un jour totalement inaudible et hors jeu toute résistance. Cette dernière doit intégrer le combat sémantique sans quoi tout raisonnement juste deviendra rigoureusement impossible.

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