Le couple Martin ou une pépinière de sainteté

Rédigé par Anne Bernet le dans Religion

Le couple Martin ou une pépinière de sainteté

Pour exceptionnelle que soit la sainteté de Thérèse de Lisieux, la désolidariser du milieu de ferveur étonnante dans lequel elle vit le jour serait une erreur. L’Église, en canonisant ses parents, dont la jeune carmélite affirmait « qu’ils étaient plus dignes du Ciel que de la terre », a rappelé combien l’amour chrétien, le mariage, l’éducation sont indissolubles de l’épanouissement des vertus surnaturelles.

 

Sous l’influence de leurs filles, l’on a beaucoup écrit sur Louis et Zélie Martin mais en une époque où l’idéal qu’ils incarnaient restait, à défaut d’être vécu par le plus grand nombre, au moins un exemple qui méritait respect et admiration.

 

Près d’un siècle plus tard, triste paradoxe de notre époque, leur couple, en dehors des milieux catholiques les plus fervents, prêterait, hélas, plutôt à sourire …

Un couple plus attiré par l'amour de Dieu que par l'amour humain

Que dire, en effet, de ce jeune homme, et de cette jeune fille, plus attirés par Dieu que par l’amour humain, qui finissent, après le double échec de leur vocation religieuse, par se marier avec l’intention de vivre comme frère et sœur ? La chasteté est, depuis longtemps, devenue l’objet de toutes les plaisanteries …

Ne va-t-on pas dénigrer pareillement leur accueil trop large à la vie, contre toute prudence puisque Mme Martin donne le jour à Thérèse alors qu’elle est déjà atteinte du cancer du sein qui l’emportera quatre ans plus tard, et qu’elle s’en doute ?

Ne jugera-t-on pas absurde cette soumission aveugle à la volonté de Dieu qui leur fait accepter, non sans larmes, certes, mais avec une résignation que nos contemporains, faute de croire en quoi que ce soit, ne sauraient comprendre, la perte de leurs deux fils, et de deux de leurs filles, puis la maladie, les départs successifs des enfants entrées en religion, et, enfin, la déchéance terrible de la maladie neurologique qui conduira Louis dans un asile d’aliénés ?

Bien sûr que si, et voilà précisément la raison pour laquelle il est impératif, aujourd’hui, non seulement de parler des Martin, mais d’expliquer leurs choix et leurs comportements.

Sans mièvrerie,

Odile Haumonté, qui possède un talent particulier pour présenter aux jeunes des figures et des situations souvent en décalage absolu avec ce qu’ils connaissent, a récemment signé Saints Louis et Zélie Martin ; aimer, c’est tout donner (Téqui.; 150 p.11,90 €.). Sans mièvrerie, sans chercher à éviter les épisodes délicats, elle donne un ouvrage très documenté mais très accessible, agréablement illustré, qui montre comment il est possible de vivre différemment des critères actuels, en s’appuyant sur d’autres valeurs.

Louis et Zélie avaient connu, comme c’est souvent le cas de nos jours, des crises, des chagrins familiaux, et la profonde déception de n’avoir pas été admis à la trappe et au cloître. Loin de les abattre, ces échecs les avaient enracinés dans la confiance en Dieu et sa providence, et ouverts à l’amour du prochain. Cela seul leur permit d’affronter avec sérénité le malheur, la souffrance et la mort, c’est-à-dire précisément les maux devant lesquels notre société est la plus désarmée.

Dans les ténèbres actuelles, leur exemple, pour déroutant qu’il puisse de prime abord paraître aux jeunes, se révèle précieux.

Un bel album illustré

Cousin des Martin, l’Abbé Thierry Hénault-Morel a choisi, quant à lui, de les présenter dans un bel album illustré d’une incontestable richesse historique et spirituelle, Louis et Zélie Martin (Le Cerf ; 290 p ; 24 €.) 

Reprenant les archives et dépoussiérant ce que d’anciennes biographies pouvaient avoir de pesant et de démodé, il propose d’entrer dans l’intimité de ce couple douloureusement marqué par les épreuves qui vécut à la perfection le mystère du mariage chrétien. Pour ce faire, tout en se tenant à l’ordre chronologique, l’abbé Hénault-Morel choisit un récit thématique, entrecroisant les destins de Louis et d’Azélie. Conduits l’un vers l’autre de telle façon qu’ils virent toujours dans leur rencontre une intervention de la Providence, les Martin n’eurent jamais conscience de la sainteté de leur union, ni de la singularité de leur parcours. On reste ému devant les hésitations, les incompréhensions, les souffrances de cet homme et cette femme trop souvent malmenés par la vie, meurtris dans leur chair par la maladie et la perte de leurs enfants, qui n’aspiraient qu’au Ciel. Pourtant, les Martin, engagés dans les combats politiques et sociétaux de leur temps, conscients des grands enjeux de leur époque, ne s’enfermèrent jamais dans le mépris du monde et des autres. Tout donnés à Dieu, ils le furent aussi à leurs frères, avec un courage et une détermination qui demeurent exemplaires.

Un regard engagé

Guillaume d’Alançon, père de famille, délégué épiscopal du diocèse de Bayonne pour la Vie et la Famille, pose, quant à lui, un regard de laïc engagé, conscient des enjeux actuels de la vie en famille et en société. À travers des épisodes de la vie de Louis et de Zélie, des extraits de leurs lettres, il propose de réfléchir à nos réactions face à la réussite, l’argent, l’éducation des enfants, les déceptions qu’ils peuvent engendrer, la vocation religieuse, la maladie, la déchéance physique et mentale, l’approche de la mort. ( L’amour, avec Louis et Zélie Martin. Collection Itinéraire spirituel ; Artège ; 122 p; 4,90 €.)

Il est approprié d’avoir inauguré avec les époux Martin cette nouvelle collection de très petit format, à la présentation soignée, imprimée sur papier ivoire, qui médite sur une vertu chrétienne à travers un exemple concret et un parcours de sainteté.

Au cardinal Caffara, récemment décédé, sœur Lucie, la dernière voyante de Fatima, avait dit que l’ultime bataille de Satan « porterait sur le mariage et la famille. » Cette bataille fait désormais rage autour de nous.

Ce n’est donc pas pour rien que l’Église a élevé à la gloire des autels saints Louis et Zélie Martin. Alors, n’hésitons pas à nous tourner vers eux.

                              

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