La messe, première prière, et l'importance du silence

Rédigé par Un moine de Triors le dans Religion

La messe, première prière, et l'importance du silence

Commentaire du discours prononcé à l’audience générale du 15 novembre 2017 : Le Pape poursuit ses audiences sur l’Eucharistie, en nous montrant que ce Sacrement est au cœur même de la prière de l’Église. C’est même la prière la plus excellente et la plus sublime en même temps que la plus concrète, car elle est l’oblation pure et sainte annoncée par le prophète Malachie, oblation dans laquelle le Concile de Trente a reconnu le sacrifice de la messe qui est aussi une rencontre d’amour entre l’homme et Dieu, son Créateur et Rédempteur.

Après avoir dit ainsi que la messe était la meilleure des prières, le Pape répond à une question importante : qu’est-ce que la prière ? La prière est une rencontre personnelle avec Dieu, qui n’est ni Jupiter ni le Dieu horloger mais bien un Dieu personnel. La prière se situe dès lors dans le cadre de l’Alliance et elle devient ainsi la route royale qui doit nous conduire à l’éternité et donc à la réunion définitive avec Dieu. Saint Alphonse de Ligori le disait en substance : « Celui qui ne prie pas se damne ». Cette alliance se situe tout à la fois dans le cadre de l’alliance première de la Création, quand l’homme et la femme furent créés à l’image de Dieu, et de celle de la Rédemption qui est l’alliance définitive réalisée dans le sang du Christ. Dans les deux cas l’alliance est non seulement bonne mais parfaite. La conséquence est immense : nous devons nous aussi entrer par la prière dans une relation parfaite d’amour avec notre Créateur et notre Rédempteur, mais aussi avec tous nos frères.

Mais pour que ce dialogue d’amour avec Dieu que constitue la prière porte ses fruits, le silence s’impose absolument. La messe n’est pas un temps propices aux commérages. Il y a ici, de façon implicite, comme un “imprimatur” pontifical du merveilleux livre du Cardinal Sarah, La force du silence. Le Pape lie en effet le silence au fait que la messe n’est pas un spectacle mais une rencontre. Sans silence, nous ne pourrons jamais écouter Jésus qui d’ailleurs est le parfait modèle du priant. Dans la prière, il rejoignait son Père. Et en nous enseignant sa prière, il nous a appris à dire à Dieu : « Notre Père ». Jésus commence ainsi sa prière, comme pour nous montrer que si nous ne sommes pas capables de dire à Dieu « Notre Père », nous ne prierons jamais convenablement. Cela n’est pourtant pas évident en raison de notre état congénital de pécheur. Nous devons donc apprendre à dire à Dieu « Père », nous mettant pour cela avec une confiance toute filiale en la présence de notre Père céleste. Une telle démarche requiert l’humilité. Comme l’a dit Jésus, si nous ne redevenons pas des petits enfants, nous ne rentrerons jamais dans le Royaume des cieux. Telle est donc la première démarche pour une bonne prière : se jeter dans les bas de son Père céleste en toute confiance et avec une profonde humilité. Une deuxième démarche s’avère également nécessaire, elle aussi propre aux enfants : se laisser surprendre et s’avoir s’émerveiller, en se souvenant que la rencontre avec Dieu notre Père est une rencontre avec un Dieu vivant et non pas avec une momie de musée.

Lors de son entretien avec Nicodème, Jésus parlait de la nécessité de renaître d’en haut. Jésus en tant que Dieu s’avère le seul à connaître vraiment ce qu’il y a au plus profond de l’homme. Nicodème représente l’homme dans la plénitude de sa taille et de ses dons, l’homme capable de dire non et de suivre le vieil homme, l’homme capable aussi et surtout de dire oui et de renaître avec Jésus et de trouver ou retrouver alors la vraie joie, celle qui accompagna toute la vie de Marie entièrement consacrée à Dieu.

Audience générale du 15 novembre 2017, pape François :

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous poursuivons les catéchèses sur la Messe. Pour comprendre la beauté de la célébration eucharistique, je désire tout d’abord commencer par un aspect très simple: la Messe est prière, elle est même la prière par excellence, la plus élevée, la plus sublime, et dans le même temps la plus «concrète». En effet, c’est la rencontre d’amour avec Dieu, à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur.

Mais nous devons tout d’abord répondre à une question. Qu’est vraiment la prière? Elle est tout d’abord dialogue, relation personnelle avec Dieu. Et l’homme a été créé comme être en relation personnelle avec Dieu qui ne trouve sa pleine réalisation que dans la rencontre avec son Créateur. La route de la vie est dirigée vers la rencontre définitive avec le Seigneur.

Le Livre de la Genèse affirme que l’homme a été créé à l’image et ressemblance de Dieu, qui est Père et Fils et Saint-Esprit, une relation d’amour parfaite qui est unité. A partir de cela, nous pouvons comprendre que nous avons tous été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour, en nous donnant et en nous recevant sans cesse, pour pouvoir ainsi trouver la plénitude de notre être.

Quand Moïse, face au buisson ardent, reçoit l’appel de Dieu, il lui demande quel est son nom. Et que répond Dieu?: «Je suis celui qui est» (Ex 3, 14). Cette expression, dans son sens originel, exprime présence et faveur, et en effet, Dieu ajoute immédiatement après: «Yahvé, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob» (v. 15). Le Christ lui aussi, quand il appelle ses disciples, les appelle afin qu’ils soient avec Lui. Il s’agit donc de la plus grande grâce: pouvoir faire l’expérience que la Messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus, et, à travers Lui, avec Dieu et avec nos frères.

Prier, comme tout véritable dialogue, est également savoir demeurer en silence — dans les dialogues il y a des moments de silence —, en silence avec Jésus. Quand nous allons à la Messe, nous arrivons peut-être cinq minutes à l’avance et nous commençons à bavarder avec celui qui est à côté de nous. Mais ce n’est pas le moment de bavarder: c’est le moment du silence pour nous préparer au dialogue. C’est le moment de nous recueillir dans notre cœur pour nous préparer à la rencontre avec Jésus. Le silence est si important! Rappelez-vous ce que j’ai dit la semaine dernière: nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur et le silence nous prépare et nous accompagne. Demeurer en silence avec Jésus. Et du mystérieux silence de Jésus jaillit sa Parole qui retentit dans notre cœur. Jésus lui-même nous enseigne comment il est réellement possible «d’être» avec le Père et il nous le démontre par sa prière. Les Evangiles nous montrent Jésus qui se retire dans des lieux apartés pour prier; les disciples, en voyant sa relation intime avec le Père, sentent le désir d’y participer, et ils lui demandent: «Seigneur apprends-nous à prier» (Lc 11, 1). C’est ce que nous avons entendu dans la première Lecture, au début de l’audience. Jésus répond que la première chose nécessaire pour prier est de savoir dire «Père». Soyons attentifs: si je ne suis pas capable de dire «Père» à Dieu, je ne suis pas capable de prier. Nous devons apprendre à dire «Père», c’est-à-dire à nous mettre en sa présence dans une confiance filiale. Mais pour pouvoir apprendre, il faut humblement reconnaître que nous avons besoin d’être instruits, et dire avec simplicité: Seigneur, apprends-moi à prier.

C’est le premier point: être humbles, se reconnaître comme ses fils, reposer dans le Père, avoir confiance en Lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux il est nécessaire de devenir petits comme des enfants. A savoir que les enfants savent avoir confiance, ils savent que quelqu’un se préoccupera pour eux, de ce qu’ils mangeront, de comment ils s’habilleront et ainsi de suite (cf. Mt 6, 25-32). C’est la première attitude: confiance et confidence, comme un enfant à l’égard de ses parents; savoir que Dieu se rappelle de toi, prend soin de toi, de toi, de moi, de tous.

La deuxième prédisposition, elle aussi propre aux enfants, est de se laisser surprendre. L’enfant pose toujours mille questions parce qu’il désire découvrir le monde; et il s’émerveille même de petites choses, car tout est nouveau pour lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux il faut se laisser émerveiller. Dans notre relation avec le Seigneur, dans la prière — je pose la question — nous laissons-nous émerveiller ou pensons-nous que la prière signifie parler à Dieu comme le font les perroquets? Non, c’est avoir confiance et ouvrir son cœur pour se laisser émerveiller. Nous laissons-nous surprendre par Dieu qui est toujours le Dieu des surprises? Car la rencontre avec le Seigneur est toujours une rencontre vivante, ce n’est pas une rencontre de musée. C’est une rencontre vivante et nous allons à la Messe, pas au musée. Nous allons à une rencontre vivante avec le Seigneur.

Dans l’Evangile on parle d’un certain Nicodème (Jn 3, 1-21), un homme âgé, qui faisait autorité en Israël, qui se rend auprès de Jésus pour le connaître; et le Seigneur lui parle de la nécessité de «renaître d’en haut» (cf. v. 3). Mais qu’est-ce que cela signifie? Peut-on «renaître»? Est-il possible de recommencer à éprouver du goût, de la joie, de l’émerveillement pour la vie, même devant les si nombreuses tragédies? Il s’agit d’une question fondamentale de notre foi et cela est le désir de tout véritable croyant: le désir de renaître, la joie de recommencer. Eprouvons-nous ce désir? Chacun de nous a-t-il envie de toujours renaître pour rencontrer le Seigneur? Eprouvez-vous ce désir en vous? En effet, on peut facilement le perdre, car à cause de tant d’activités, de nombreux projets à mettre en œuvre, il reste à la fin peu de temps et nous perdons de vue ce qui est fondamental: la vie de notre cœur, notre vie spirituelle, notre vie qui est une rencontre avec le Seigneur dans la prière.

En vérité, le Seigneur nous surprend en nous montrant qu’Il nous aime également dans nos faiblesses. Jésus Christ «est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier» (1 Jn 2, 2). Ce don, source de véritable consolation — mais le Seigneur nous pardonne toujours, cela console, c’est une véritable consolation — est un don qui nous est donné à travers l’Eucharistie, ce banquet nuptial au cours duquel l’Epoux rencontre notre fragilité. Est-ce que je peux dire que lorsque je fais la communion pendant la Messe, le Seigneur rencontre ma fragilité? Oui! Nous pouvons le dire parce que c’est vrai! Le Seigneur rencontre notre fragilité pour nous reconduire à notre premier appel: celui d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Tel est le cadre de l’Eucharistie, telle est la prière.

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