Iphigénie, une pièce sur la vertu de force

Rédigé par Pierre Durrande le dans Culture

Iphigénie, une pièce sur la vertu de force
© Virginie Gibert

Il faut avoir présent à l’esprit, pour entrer dans l’univers de cette tragédie classique inspirée de ses sources grecques, la distinction entre le monde céleste et le monde terrestre. Cette distinction propre à l’univers des mythes nous rappelle que les éléments de la terre sont des hiérophanies du monde céleste où se joue et se décide le destin des hommes. 

Ici, l’élément dominant est le vent, signe de la force. Iphigénie est une pièce sur la vertu de force, cette vertu du combat qui permet de surmonter les obstacles et qui est en même temps révélatrice du sens de la mesure ou de la démesure. La force s’oppose à la lâcheté, mais s’oppose aussi à la témérité. Elle révèle la vraie nature du courage. Tous les personnages de la pièce ont un rapport à la force, Artémis à la puissance du monde des dieux qui imposent leur loi, Agamemnon à celle de l’exercice fragile et périlleux du pouvoir royal, Clytemnestre à celle de l’autorité féminine de l’épouse et de la mère, Iphigénie à celle de la piété filiale et de son amour pour Achille, Achille à celle de sa bravoure et de sa gloire, Ulysse à celle du chef de guerre, Eriphile à celle de la jalousie. Lutte terrible et inégale où seule la puissance du sacrifice peut apaiser et réconcilier terre et ciel avec cette note particulière à Racine en terre chrétienne que le Destin n’est pas chose inéluctable.

Cette pièce de Racine n’est pas souvent jouée, mais elle a une puissance de représentation des passions humaines vraiment impressionnante. Florence Tosi a choisi de la faire jouer en faisant ressortir cette profonde humanité des personnages sur un fond de violence particulièrement inhumain. Cela est renforcé par le double choix d’un décor entièrement nu uniquement serti par la lumière et par la distribution des rôles qui fait la part belle à de jeunes comédiens dans les rôles principaux d’Iphigénie et d’Achille. Le jeu est dense, jamais pesant et l’on sent affleurer dans les intonations du verbe racinien cette force des émotions qui touche le spectateur en le mettant en résonance avec lui-même. Une pièce à faire redécouvrir, un auteur que les classes de littérature devraient entendre pour y goûter la beauté et la force suggestive de notre langue.

 

Théâtre du Nord-Ouest, 13, rue du Faubourg Montmartre, Paris IXe.

Les 11 décembre à 20 h 45, 19 décembre à 21 h, 21 décembre à 20 h 45, les 1er janvier à 20 h 45, 2 janvier à 21 h, les 8, 11, 14 et 16 janvier à 20 h 45, 20 janvier à 17 h, 21 janvier à 14 h 30, les 25, 29 et 30 janvier à 20 h 45, le 3 février à 17 h.

Rés. : 01 47 70 32 75.

 

 

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