DVD : Il était une foi… Gustave Thibon

Rédigé par Philippe Maxence le dans Culture

DVD : Il était une foi… Gustave Thibon

Plus de dix ans après la mort de Gustave Thibon, Patrick Buisson, directeur de la chaîne Histoire, lui consacrait un film sous le titre évocateur, Il était une foi. Ce film, disponible en DVD, retrace l’itinéraire de ce fils de paysan, grand lecteur, qui à force de travail, a su bâtir une œuvre philosophique au XXe siècle, en dialogue constant avec la Révélation et la foi catholique.

Au-delà de cette œuvre, et des nombreux livres qui balisent celle-ci, Gustave Thibon a scruté, non sans difficultés personnelles, les rapports de l’âme avec Dieu, la tension existant en permanence entre la tentation de l’en-bas et l’appel de l’au-delà, ce que son amie Simone Weil, a appelé « la pesanteur et la grâce ».

C’est essentiellement cet aspect de son itinéraire et de son œuvre qu’entend refléter, à travers des images magnifiques – comment rester insensible, par exemple, à ces Christs souffrants ? – et des archives sonores, ce documentaire de très haute tenue.

Thibon a scruté le mystère. Il en laisse percevoir des échos et ses mots frappent par leur justesse et ce parfum de sagesse qui s’en dégage. On ne voudrait pas être injuste, en tous les cas, pas injuste gratuitement. Mais une phrase de Thibon, par exemple de celles que l’on entend ici, valent bien plus que toute l’œuvre et les poses de Jean d’Omersson que la France vient pourtant d’acclamer sous l’impératif catégorique (on a la philosophie que l’on peut) de la commémoration médiatique et du réchauffement des masses.

Thibon travaillé par le mystère ; Thibon retraçant le cheminement de l’âme ; Thibon n’évacuant ni la souffrance ni la solitude, c’est assurément un antidote à la pauvreté des âmes contemporaines, gavées de consumérisme et des mots d’ordre à la mode, depuis le « bien-vivre ensemble » jusqu’à l’écologie planétaire, y compris chez les catholiques toujours à la remorque de la bien-pensance du moment.

À ce titre, qu’un tel film soit possible tient assurément du miracle. Qu’il parvienne à transmettre quelque chose de ce qui relève pourtant de l’invisible en est un autre. Outre les qualités propres à la réalisation, Thibon, lui-même, n’y est pas pour rien. Amoureux de poésie, auteur d’une pièce de théâtre, le philosophe de l’Ardèche joue à merveille – peut-être innocemment – son propre personnage. On le voit surtout chez lui et on entend sa voix rocailleuse, qui semble sortir des tréfonds de l’Histoire. Derrière lui, c’est toute une lignée qui surgit, tout un peuple qui témoigne. Thibon n’est pas un météore, apparu en plein XXe siècle, par un pur produit du hasard ou, même, de la Providence. Ses mérites personnels ne sont évidemment pas en cause. Mais il est aussi le fruit des siècles passés, l’enfant d’une famille, l’homme d’une terre. Un champ a été labouré et longtemps entretenu jusqu’à ce que parvienne à maturité son meilleur fruit. Dieu qui a créé la nature n’agit pas contre les lois qu’Il lui a données et – suprême abaissement – Il se soumet à celle du temps.

Mais Thibon est également un fruit aux éclats multiples ! Patrick Buisson, peut-être en écho à son propre drame intérieur, a choisi de fixer la caméra sur le rapport de Thibon au mystère, au surnaturel, à la foi. Beaucoup qui connaissent l’œuvre de l’auteur de Retour au réel, seront peut-être surpris de n’y voir quasiment pas évoqué sa réflexion dans le domaine politique et social, sa prise en compte des domaines de l’économie et de l’entreprise, sans oublier son apport sur les relations hommes-femmes et le mariage. Faut-il le regretter ? Un film de cette sorte est une porte ouverte. Il faut la franchir et entrer dans le domaine dont elle nous dévoile un pan. S’il faut voir Il était une foi, il convient assurément ensuite d’aller puiser à la source même qui l’a rendu possible.

Oui, il faut lire Thibon et s’imprégner, au-delà de son rapport au mystère, de son réalisme, de cette tentative permanente de respecter, dans tout domaine, les exigences de la terre et les appels du Ciel. À ce titre, si l’œuvre de Thibon n’a pas la certitude qui accompagne celle de saint Thomas d’Aquin, ni d’ailleurs son côté systématique, elle possède le grand mérite pour celui qui s’y confronte, à travers la lecture de ses essais aussi bien que de ses aphorismes, de dégager l’intelligence d’elle-même, de la sortir du cercle vicieux de son rapport à l’irréel, pour la libérer vraiment.

 

Il était une foi, un film de Patrick Buisson, réalisé par Guillaume Laidet, éditions Montparnasse, 162 minutes, 15 € env.

 

 

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