Le silence méditatif de la mère de Dieu

Rédigé par Un moine de Triors le dans Religion

Le silence méditatif de la mère de Dieu

Depuis 1969, le 1er janvier est consacré explicitement à la Mère de Dieu, ce qui est très heureux car, comme l’enseigne saint Paul, c’est « à la plénitude des temps que Dieu envoya son Fils né d’une femme ». Saint Paul, comme saint Jean, mentionne Marie sous le nom de « Femme » qui renvoie implicitement à la Femme de la Genèse, Ève, « la Mère des vivants ». Marie est la Nouvelle Ève associée au Nouvel Adam dans l’œuvre par excellence qu’est la Rédemption qui est une recréation. Cette idée était déjà bien présente auparavant à travers les admirables antiennes de l’Office liturgique : O Admirabile Commercium, Magnum et Mirabile mysterium nées des grandes controverses christologiques des Ve et VIe siècles. On voit par là le lien étroit qui existe entre l’expression liturgique et la formulation dogmatique, comme le notait en particulier Dom Guéranger dans son mémoire sur l’Immaculée conception.

    Marie est Mère de Dieu et non pas seulement mère de Jésus comme le soutenait Nestorius condamné par le concile d’Ephèse en 431. Mais qu’est-ce qu’une mère ? Le terme latin mater permet au Pape d’associer la mère et la matière. De fait c’est par Marie que Jésus a reçu sa nature humaine. Mais en enfantant Jésus, Marie a également enfanté le Christ total, c’est-à-dire chacun de nous. Grâce à Marie, nous sommes devenus fils dans le Fils. Marie nous ayant vraiment enfantés, nous sommes ses enfants et nous devons nous réfugier dans ses bras. Marie, nouvelle Ève, vraie mère des vivants, nous fait comprendre le sens sacré de la vie. Si nous voulons vraiment la paix, nous devons respecter toute vie, de la conception à la mort naturelle, comme l’avait enseigné Paul VI dans son message pour la journée de la paix 1977.

    Tout enfant se jette comme spontanément dans les bras de sa mère qui est sa véritable éducatrice. Il se laisse guider par sa mère qui sera toujours pour lui le meilleur exemple. À Noël, on assiste au grand paradoxe divin : la Parole éternelle s’est faite enfant, c’est-à-dire celui qui ne parle pas (infans). Jésus d’ailleurs, de la crèche à la Croix, sera toujours un signe de contradiction. Le Dieu de majesté est devenu le tout petit et la petitesse de Jésus rejoint la petitesse de sa mère qui a plu à Dieu précisément en raison de sa petitesse et de son humilité. Et les deux petitesses se rejoignent dans le silence. Marie conservait toutes choses dans son cœur. La Sainte Famille est devenue ainsi une éminente école de silence, comme l’avait si bien souligné Paul VI à Nazareth. Sans silence, point de contemplation possible. Mais ce silence requiert méditation du cœur et purification du regard. Ne regardons que ce qui vaut la peine d’être regardé et laissons Jésus parler à notre cœur. Alors nous serons capables de nous émerveiller devant les beautés de la création et de la vie. Le silence impose l’humilité, de même que l’orgueil voisine avec les péchés de la langue. Le silence impose aussi la pauvreté en esprit qui permet de garder l’âme pure et éloignée de tous les éléments pervers qu’engendrent notre corrosive société de consommation et l’étourdissement publicitaire et médiatique. Comme Marie, gardons-nous de toutes paroles vides et de la fascination des bagatelles, de façon à pouvoir être fascinés par le plan miséricordieux de Dieu offrant son salut à tous, même si hélas, en raison de la liberté humaine, beaucoup le refusent. Regardons Marie. La dévotion mariale ne sera jamais facultative, faisant partie de notre enfance dans la grâce. Nous avons Marie pour reine et pour mère. Puissions-nous tous nous laisser conduire au ciel par elle.

 

SOLENNITÉ DE LA TRÈS SAINTE MÈRE DE DIEU
JOURNÉE MONDIALE DE LA PAIX 

CHAPELLE PAPALE

HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique Vaticane
Lundi, 1er Janvier 2018

  

L’année s’ouvre au nom de la Mère de Dieu. Mère de Dieu est le titre le plus important de la Vierge. Mais une question pourrait surgir : pourquoi disons-nous Mère de Dieu et non Mère de Jésus ? Certains, dans le passé, ont demandé de se limiter à cela, mais l’Eglise a affirmé : Marie est Mère de Dieu. Nous devons être reconnaissants parce que dans ces paroles est contenue une splendide vérité sur Dieu et sur nous. C’est-à-dire que, depuis que le Seigneur s’est incarné en Marie, dès lors et pour toujours, il porte notre humanité attachée à lui. Il n’y a plus Dieu sans homme : la chair que Jésus a prise de sa Mère est sienne aussi maintenant et le sera pour toujours. Dire Mère de Dieu nous rappelle ceci : Dieu est proche de l’humanité comme un enfant de sa mère qui le porte en son sein.

Le mot mère (mater), renvoie aussi au mot matière. Dans sa Mère, le Dieu du ciel, le Dieu infini s’est fait petit, s’est fait matière, pour être non seulement avec nous, mais aussi comme nous. Voilà le miracle, voilà la nouveauté : l’homme n’est plus seul ; plus jamais orphelin, il est pour toujours fils. L’année s’ouvre avec cette nouveauté. Et nous la proclamons ainsi, en disant : Mère de Dieu ! C’est la joie de savoir que notre solitude est vaincue. C’est la beauté de nous savoir fils aimés, de savoir que notre enfance ne pourra jamais nous être enlevée. C’est nous regarder dans le Dieu fragile et enfant entre les bras de sa Mère et voir que l’humanité est chère et sacrée au Seigneur. C’est pourquoi, servir la vie humaine c’est servir Dieu ; et toute vie, depuis celle qui est dans le sein de la mère jusqu’à celle qui est âgée, souffrante et malade, à celle qui est gênante et même répugnante, doit être accueillie, aimée et aidée.

Laissons-nous maintenant guider par l’Evangile d’aujourd’hui. De la Mère de Dieu il est dit une seule phrase : « Elle gardait avec soin toutes ces choses, les méditant en son cœur » (Lc 2, 19). Elle gardait. Simplement elle gardait. Marie ne parle pas : l’Evangile ne rapporte pas même une seule de ses paroles dans tout le récit de Noël. Même en cela la Mère est unie à son Fils. Jésus est un bébé, c’est-à-dire « sans parole ». Lui, le Verbe, la Parole de Dieu qui « à bien des reprises et de bien des manières, dans le passé, a parlé » (He 1, 1), maintenant, à la « plénitude des temps » (Ga 4, 4), il est muet. Le Dieu devant qui on se tait est un bébé qui ne parle pas. Sa majesté est sans paroles, son mystère d’amour se révèle dans la petitesse. Cette petitesse silencieuse est le langage de sa royauté. La Mère s’associe à son Fils et elle garde dans le silence.

Et le silence nous dit que nous aussi, si nous voulons nous garder, nous avons besoin de silence. Nous avons besoin de demeurer en silence en regardant la crèche. Parce que devant la crèche, nous nous redécouvrons aimés, nous savourons le sens authentique de la vie. Et en regardant en silence, nous laissons Jésus parler à notre cœur : que sa petitesse démonte notre orgueil, que sa pauvreté dérange notre faste, que sa tendresse remue notre cœur insensible. Ménager chaque jour un moment de silence avec Dieu, c’est garder notre âme ; c’est garder notre liberté des banalités corrosive de la consommation et des étourdissements de la publicité, du déferlement de paroles vides et des vagues irrésistibles des bavardages et du bruit.

Marie, poursuit l’Evangile, gardait toutes ces choses et les méditait. Qu’étaient ces choses ? C’étaient des joies et des souffrances : d’une part la naissance de Jésus, l’amour de Joseph, la visite des bergers, cette nuit de lumière. Mais de l’autre : un avenir incertain, l’absence de maison, « car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (Lc 2, 7) ; la désolation du refus ; la déception d’avoir dû faire naitre Jésus dans une étable . Espérance et angoisse, lumière et ténèbre : toutes ces choses peuplaient le cœur de Marie. Et elle, qu’a-t-elle fait ? Elle les a méditées, c’est-à-dire elle les a passées en revue avec Dieu dans son cœur. Elle n’a rien gardé pour elle, elle n’a rien renfermé dans la solitude ou noyé dans l’amertume, elle a tout porté à Dieu. C’est ainsi qu’elle a gardé. En confiant on garde : non en laissant la vie en proie à la peur, au découragement ou à la superstition, non en se fermant ou en cherchant à oublier, mais en faisant de tout un dialogue avec Dieu. Et Dieu qui nous a à cœur, vient habiter nos vies. 

Voilà les secrets de la Mère de Dieu : garder dans le silence et porter à Dieu. Cela se passait, conclut l’Evangile, dans son cœur. Le cœur invite à regarder au centre de la personne, des affections, de la vie. Nous aussi, chrétiens en chemin, au commencement de l’année nous ressentons le besoin de repartir du centre, de laisser derrière nous les fardeaux du passé et de recommencer à partir de ce qui compte. Voici aujourd’hui devant nous le point de départ : la Mère de Dieu. Parce que Marie est comme Dieu nous veut, comme il veut son Eglise : Mère tendre, humble, pauvre de choses et riche d’amour, libre du péché, unie à Jésus, qui garde Dieu dans le cœur et le prochain dans la vie. Pour repartir, regardons vers la Mère. Dans son cœur bat le cœur de l’Eglise. Pour avancer, nous dit la fête d’aujourd’hui, il faut revenir en arrière : recommencer depuis la crèche, de la Mère qui tient Dieu dans ses bras. 

La dévotion à Marie n’est pas une bonne manière spirituelle, elle est une exigence de la vie chrétienne. En regardant vers la Mère nous sommes encouragés à laisser tant de boulets inutiles et à retrouver ce qui compte. Le don de la Mère, le don de toute mère et de toute femme est très précieux pour l’Eglise, qui est mère et femme. Et alors que souvent l’homme fait des abstractions, affirme et impose des idées, la femme, la mère, sait garder, unir dans le cœur, vivifier. Parce que la foi ne se réduit pas seulement à une idée ou à une doctrine, nous avons besoin, tous, d’un cœur de mère, qui sache garder la tendresse de Dieu et écouter les palpitations de l’homme. Que la Mère, signature d’auteur de Dieu sur l’humanité, garde cette année et porte la paix de son Fils dans les cœurs, dans nos cœurs, et dans le monde. Et je vous invite à lui adresser aujourd’hui, en tant que ses enfants, simplement, la salutation des chrétiens d’Éphèse, en présence de leurs évêques : ‘‘Sainte Mère de Dieu’’. Disons, trois fois, du fond du cœur, tous ensemble, en la regardant [se tournant vers la statue placée près de l’autel] : ‘‘Sainte Mère de Dieu’’.

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