Le cardinal Scola dénonce le nœud de la crise économique

Rédigé par La rédaction le dans Société

Le cardinal Scola dénonce le nœud de la crise économique

Le cardinal Angelo Scola, actuel archevêque de Milan, a inauguré, dimanche 26 février, la série des conférences de Carême à Notre-Dame de Paris, sur le thème « Éthique chrétienne et vie en société ? ». Voulant d'emblée écarter les lieux communs liés à la notion de solidarité, il s'est attelé à une longue déconstruction des idées fausses en la matière et à une reconstruction argumentée des liens entre solidarité, bien commun, subsidiarité et dignité humaine. Derrière Benoît XVI, il a ainsi remis la croix au centre même de la réflexion sociale catholique, remise en place qui dépasse le simple cadre du symbole :  « Nous pouvons tracer les interconnections entre ces quatre principes en plaçant la dignité de la personne au point d'intersection de deux axes, un axe horizontal qui représente la "solidarité" et la "subsidiarité", et un axe vertical, qui représente le bien commun (Benoît XVI) ». La doctrine sociale de l'Église ne peut donc être réduite à un seul aspect ni être pleinement comprise sans l'ensemble des principes qui la constituent.


 

On peut lire sur le site de la Conférence des évêques de France cette longue analyse et cette réflexion qui s’attaque à bras-le-corps au fait que nous sommes confrontés aujourd’hui à un « processus graduel d’abandon de toute prétention à l’universel »

 qui débouche sur 

« une déception acceptée »

 que le cardinal Scola nomme une 

« résignation béate » 

où 

« l’homme se retrouve face à lui-même, incapable de chercher le sens humain de son expérience personnelle (ou, tout simplement, fatigué), et paradoxalement heureux qu’il en soit ainsi et donc prêt à subir, sans s’en apercevoir, de nouveaux despotismes technocratiques sournois. La résignation consentie endort le désir d’édifier le bien commun, et laisse ainsi les personnes en proie à des logiques qui n’obéissent plus nécessairement à des fins humaines. »

Cette tragédie contemporaine explique profondément la crise économique que nous traversons. Celle-ci n’est pas le simple effet d’un dysfonctionnement du système, qu’il suffirait dès lors de remettre sur le droit chemin de la technicité et de « moraliser » pour mieux lui éviter de dérailler dans l’avenir. Sur cette crise globale de l’économie et des finances, le cardinal Scola fait exactement ressortir le fait que tout repose sur une pathologie qui s’appuie elle-même sur une mauvaise conception de l’homme et de la société : « Comment ne pas voir qu’il ne s’agit pas seulement d’un problème technique, d’un simple dysfonctionnement du système, mais d’une pathologie bien plus profonde, qui entraîne toute une façon de prendre l’homme en considération ? Comment ne pas voir que si l’on n’agit pas à ce niveau anthropologique et éthique, aucune mesure, aucune garantie du marché ne pourra surmonter la crise ? ».

De fait, il rejoint là l’invitation de Benoît XVI à substituer à l’économie marchande et libérale, une économie du don telle qu’elle s’exprime dans l’encylique Caritas in Veritate

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2 commentaires

Par Nicolas Jaisson, le

Autant l'analyse anthropologique de la crise actuelle est juste, autant les solutions proposées par Benoît XVI sont erronées. En effet l'économie du don fait partie des nombreuses pistes de réflexion qui avaient été envisagées par les penseurs du XIXème siècle pour palier aux conséquences néfastes de l'économie de marché. Si notre Pape avait étudié sérieusement les encycliques sociales de ses prédécesseurs, il saurait que les thèse proudhoniennes remises aujourd'hui à l'honneur par la gouvernance onusienne avaient été sévèrement condamnées par Léon XIII qui y voyait l'amorce du communisme totalitaire. Celui-ci bien loin d'avoir disparu réapparaît par l'intermédiaire des instances onusiennes qui profitent de la crise financière (une opportunité de faire avancer le programme mondialiste qui n'a rien de fortuit) dans la direction d'une socialisation croissante des économies nationales alignées sur les normes édictées par la Communauté internationale dont Benoît XVI se verrait bien le tuteur moral. Malheureusement pour lui, les génocides du XXème siècle nous rappellent combien il est illusoire de croire en la capacité du système normatif à produire une société où l'homme serait revenu à un état de bonté originelle qui était celui où il vivait avant d'être corrompu par la propriété privée et les passions désordonnées. Nos prélats continuent à croire aux fadaises Rousseauistes, au lieu d'aller puiser aux sources de la Vérité comme le faisaient les Pères de l'Eglise qui croyaient encore à l'existence de la Vérité comme principe libérateur et fondateur de la société civile, au lieu de mettre leur confiance dans des institutions humaines dont les lois se sont avérées plus vaines les unes que les autres dans leur prétention à édifier le meilleur des mondes. Le dernier avatar en est "l'économie transversale", traduisez "économie du don" en langage catholique.

Par Nicolas Jaisson, le

Il est un peu tard pour se réveiller à l'heure où triomphe partout la technocratie mondialiste qui impose les règles du savoir-vivre universel à coups de règlements et autres directives qui servent justement à interdire toute réflexion sur soi-même ou toute prise de conscience globale qui mettrait en péril les concepts fondamentaux sur lequel repose le pouvoir universel acquis par la synarchie mondialiste au nom du respect des droits de l'homme qui rendrait indispensable son action universelle et omnipotente, tellement les peuples sont incapables de surmonter leurs faiblesses. Après tout l'Eglise de France a accepté et validé l'accord avec l'Etat prévoyant de faire passer sous le contrôle public l'enseignement dans les écoles dites catholiques afin de pervertir les esprits des jeunes générations soumises à une véritable démoralisation par le renversement des valeurs individuelles de comportement, qui de chrétiennes sont devenues laïques et collectives pour mieux annihiler tout esprit de résistance contre un système trop heureux de distiller des connaissances parcellaires, sans vue d'ensemble pour rendre indéchiffrable le sens caché de l'histoire et encore moins ses intentions en ce qui concerne le type de société envisagée par l'Etat. Nous sommes arrivés au stade terminal, après l'entreprise de démoralisation à laquelle succède l'entreprise de formatage et de conditionnement couronnée par un système policier jouant le rôle de chien de garde contre ceux qui auraient la mauvaise idée de se rebeller contre une gouvernance socialiste prônant la sobriété dans la solidarité, concepts chers à Benoît XVI qui en avaient fait deux principe fondateurs de sa méthodologie pour réaliser le bien commun dans un monde réduit à la portion congrue. Dans cette perspective l'économie du don ne peut qu'être synonyme de vaches maigres dans un contexte de paupérisation généralisée des masses privées de la possibilité d'amasser un surplus qui leur permettrait d'exercer une juste charité dans la réciprocité de l'échange vécu comme une mise en commun des talents et des ressources offertes à tous. Sans doute faudrait-il pour atteindre ce noble objectif de la recherche du bien commun se passer du système financier actuel qui aboutit justement à priver les individus de leurs ressources financières qui sont captées par le monopole bancaire qui seul a le droit de générer de la monnaie sous la forme de crédit et autres moyens de financement. Voilà la première injustice qu'il faudrait combattre si l'on veut que la valeur ajoutée du capital ne reste pas dans les circuits financiers au lieu de profiter à la société civile sous la forme d'emplois créés ou de plus-value du capital productif conservée par les productifs, au lieu de passer dans la poche des improductifs financiers captant pour eux-mêmes les profits issus du capital privé. Une telle réappropriation de la richesse privée passe par la création de banques publiques de financement qui échapperait aux circuits financiers classiques pour rendre le privilège de création monétaire à la nation, c'est-à-dire au peuple qui le mettrait au service du bien commun par l'intermédiaire des corps intermédiaires constitués en associations privées, à l’image des corporations et autres groupement de métier ou d’utilité publique. Ainsi pourrait émerger des micro-communautés économiques capables de dégager suffisamment de surplus à partir de la libre expression et disposition de leurs talents individuels qui échapperaient à l'emprise spoliatrice des gouvernances juridiques au service des oligarchies étatiques.

Laudate