Benoît XVI : pape de l'unité

Rédigé par Philippe Maxence le dans Rome

Benoît XVI : pape de l'unité

Selon la presse italienne, et plus particulièrement Andrea Tornielli de La Stampa, l'un des vaticanistes les plus connus, le Saint-Siège et la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X, se seraient entendus sur les termes du préambule doctrinal, fruit de la longue et exigeante persévérance du cardinal Ratzinger, puis du Pape Benoît XVI, pour clore l'épisode douloureux qui avait vu, selon l'expression d'Alain de Penanster, « des papistes contre le pape ».


Cet accord, dont nous ne connaissons pas la teneur – et qui doit encore être confirmé par les deux parties –, est un événement important qui dépasse le simple cadre de la question traditionaliste telle qu’elle est posée depuis plus de quarante ans mais touche l’Église entière. Le réglement de cette question s’inscrit pleinement dans le cadre du pontificat de Benoît XVI, dans ce que nous avons appelé à L’Homme Nouveau

, la « réforme bénédictine » et que nous avons toujours soutenu sans 

a priori

 et sans arrière-pensées. Il ne marque pas la fin et la résolution du problème touchant à la compréhension de Vatican II. Les deux parties ont fait le constat de leurs divergences importantes concernant ce Concile dont nous fêterons en octobre prochain le cinquantième anniversaire de l’ouverture. Mais le magistère de l’Église affirme également que ce constat ne met pas en péril la foi catholique et que, de ce fait, il n’y a aucune raison que la Fraternité Saint-Pie X se trouve en dehors de la visibilité de l’Église. Plus positivement encore, le Pape continue sa très longue action de réconciliation de l’Église d’aujourd’hui avec son long héritage et la richesse de sa tradition et de son passé. Il l’a fait sur un mode mineur (si l’on peut dire) en développant une catéchèse hebdomadaire sur les Pères de l’Église puis sur les grandes figures de sainteté qui forment la couronne d’or du catholicisme. Il l’a fait sur un mode majeur en réintégrant dans la visibilité de l’Église une partie vivante du troupeau catholique.

On se tromperait lourdement si l’on voyait en Benoît XVI un traditionaliste et un homme enfermé dans une idée fixe, tourné vers le passé, comme par un goût douteux pour la nostalgie. Bien au contraire, Benoît XVI est pleinement un homme de Vatican II, concile œcuménique auquel il a participé comme théologien (peritus

) du cardinal-archevêque de Cologne, Mgr Frings. Il a participé également au lancement de la revue 

Concilium

 avant de s’en éloigner et de promouvoir, en participant au lancement de la revue 

Communio,

 une troisième voie, ni progressiste, ni traditionaliste, qui sera incarnée également par le pape Jean-Paul II et le cardinal Jean-Marie Lustiger.

À la tête de la Congrégation pour la Doctrine de la foi, il secondera efficacement Jean-Paul II dans l’application de cette voie médiane. Mais, à son poste, il constatera également l’étendue de la crise qui touche l’Église et qui, au-delà de ses aspects les plus visibles, atteint profondément la foi et sa transmission. Toujours à la demande de Jean-Paul II, il prendra en main le dossier de la réconciliation avec la Fraternité Saint-Pie X qui échouera de peu en 1988 et qui conduira aux sacres illicites de quatre évêques par Mgr Lefebvre et Mgr de Castro-Mayer.

Profondément enthousiaste vis-à-vis du Concile, le futur Benoît XVI n’a jamais caché qu’il avait très mal vécu la réforme liturgique et surtout son application brutale. Il n’a jamais pensé que la mise en œuvre de la réforme liturgique devait passer par l’abolition pure et simple, ainsi que par la brutale interdiction de la messe tridentine.

Dans ce sens, l’une de ses premières mesures comme pape, et en tous les cas, l’une des plus visibles, fut en 2007 la publication du motu proprio Summorum Pontificum

 par lequel il rendait possible pour tout prêtre la célébration de la messe traditionnelle. Il soulignait qu’elle n’avait jamais été abrogée et qu’elle constituait l’une des formes (la forme extraordinaire) de l’unique rite romain.

Ce motu proprio répondait aussi à l’une des demandes de la Fraternité Saint-Pie X comme signe pour reprendre avec le Saint-Siège des discussions en vue du règlement de sa situation. L’autre demande était la levée de l’excommunication des quatre évêques sacrés par le fondateur d’Écône que le Saint-Père a bien voulu effectuée, après un geste de reconnaissance de son autorité par Mgr Fellay. Les interférences, nées des déclarations de l’un des évêques (Mgr Williamson) concernant le nombre de morts juifs dans les camps de concentration nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, devaient créer un climat de suspicion contre le Pape et conduisit celui-ci à placer le règlement de la situation de la Fraternité Saint-Pie X sous la responsabilité de la Congrégation de la Doctrine de la foi. C’était aussi le constat public qu’un désaccord doctrinal demeurait et que celui-ci ne pourrait être résolu si on l’évacuait entièrement.

De ce fait, le Saint-Siège et la Fraternité Saint-Pie X ont entamé en 2009 des discussions doctrinales sur les points litigieux concernant le concile Vatican II. Loin de résoudre ces problèmes, les discussions devaient se terminer en 2011 sur le constat d’un désaccord sur plusieurs aspects de Vatican II. Mais il était constaté également que ce désaccord prenait appui du côté de la Fraternité Saint-Pie X sur des positions théologiques anciennes et non pas sur des hérésies. De ce fait, bien que les désaccords n’étaient pas réglés, il n’y avait plus aucune raison de ne pas considérer les membres de la Fraternité Saint-Pie X comme des catholiques, dans la mesure où ils ne rejetaient ni Vatican II, interprété de manière traditionnelle, ni la validité de la forme ordinaire.

Ce constat a été facilité également par le fait qu’avec son discours de décembre 2005, Benoît XVI avait appelé à une réévaluation du concile Vatican II, laquelle entrera dans une nouvelle phase avec l’Année de la foi qui s’ouvrira en octobre prochain.

Si le Pape est le grand artisan de cet accord, le mérite de Mgr Fellay ne doit pas être diminué. Jusqu’au bout, il a subi des pressions internes visant à l’empêcher de signer un accord avec le Saint-Siège. 

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1 commentaire

Par Nicolas Jaisson, le

Ce billet est truffé d'imprécisions qui sont tellement typiques des raisonnements troubles à propos des conséquences doctrinales de Vatican II parce que le contenu des propositions discutées n'est jamais clairement défini. Ici par exemple, le lecteur est en droit de se demander ce que l'auteur entend par les mots de nostalgie, d'idée fixe tournée vers le passé, de visibilité de l'Eglise, ou de points litigieux concernant le concile Vatican II. Le point de vue de l'auteur semble de prime abord davantage fondé sur le dénigrement a priori d'une conception jugée dépassée ou ringarde de la foi en vue de justifier les tentatives du Saint Siège de rendre à la raison les éléments détachés de l'Eglise catholique parce qu'ils seraient restés embourbés dans une compréhension devenue fausse de la tradition catholique. Il est étonnant de constater combien le Saint Siège si épris de transparence n'a jamais pris la peine d'expliquer clairement aux fidèles en quoi consistaient les points d'achoppement avec la FSPX. Il semble que l'orientation prise par le Vatican depuis le dernier concile soit de replacer la foi dans une perspective ecclésiale fondée sur un nouvel humanisme dans la perspective de la reconnaissance des droits de l'homme et du mystère d'Israël, qui auraient leur rôle à jouer dans l’édification de la société chrétienne. Il semble aussi que l'Eglise ait décidé d'abandonner un certain pragmatisme personnaliste fondé sur la responsabilité personnelle éclairée en conscience par l’esprit saint , pour se rallier au structuralisme socialiste inspiré par les valeurs évangéliques. Les dernières encycliques du pape semblent reconnaître que le socialisme est le meilleur système pour assurer le bien vivre ensemble d'une société trop longtemps affectée par des divisions catégorielles, pourvu qu’elle soit organisée en fonction d’une gouvernance juridique édictée par des Sages qui prendraient leurs décisions en fonction de valeurs éthiques de portée universelle. La discussion entre le Saint Siège et la FSPX dépasse donc largement le simple cadre doctrinal – il ne s’agit pas simplement de s’entendre sur les dogmes fondamentaux de la Tradition- mais concerne bien davantage une nouvelle conception de la Tradition revue et corrigée à l’aune des nouvelles règles de la société unifiée technocratique que le Saint Siège a fini par accepter comme la nouvelle base sociale de sa doctrine évangélique. Encore une fois il est inadmissible que nos prélats n’explique jamais cette nouvelle conception de la foi intégrée dans la mentalité collectiviste actuelle parce qu’elle constitue la pierre d’angle de la nouvelle évangélisation, alors que le fidèle croit naïvement que le Saint siège a conservé le dépôt de la foi reçu des Apôtres. Cette transformation subreptice de la doctrine catholique fausse d’emblée toute forme de jugement, en ce qui concerne les divisions entre les modernistes et les traditionnalistes, parce que l’enjeu fondamental n’est pas clairement perçu, a fortiori compris par le peuple chrétien qui est trompé par ses clecrs à propos des transformations doctrinales menées à l’insu des fidèles depuis Vatican II. Cela explique pourquoi Mgr Fellay fait figure de « renégat » pour une bonne partie de la FSPX, dans la mesure où il ne s’agit pas de faire œuvre d’obéissance vis-à-vis du Pape qui aurait fait « le premier pas », mais de révéler au grand jour les compromissions du Vatican avec tenants du Nouvel Ordre Mondial. Sans ce travail d’éclaircissement doctrinal on imagine mal comment des fidèles attachés à une conception de la société chrétienne fondé sur l’Evangile et l’autorité sociale du Christ Roi pourrait rejoindre les adeptes de la gouvernance universelle censée résoudre toutes les différences économiques ou sociales par l’intégration des Nations dans un ordre mondial fondé sur les valeurs nohachiques.

Encart HS 17