Soins palliatifs : un nouveau hors série

Rédigé par Adélaide Pouchol le dans Société

Soins palliatifs : un nouveau hors série

« Il faut savoir mourir fièrement lorsqu'il n'est plus possible de vivre avec fierté », écrivait Nietzsche dans le Crépuscule des idoles, offrant à la modernité l'élégance de la formule et la force de la revendication. Les élections présidentielles ont fait de la légalisation de l'euthanasie une question brûlante et rendu d'autant plus nécessaire une réflexion de fond en même temps qu'un engagement toujours grandissant auprès des mourants. Si les lobbies proeuthanasie ont pu faire évoluer les mentalités, pourquoi les tenants du respect de la vie jusqu'à sa mort naturelle ne pourraient- ils pas faire entendre leurs voix ?


Les soins palliatifs permettent assurément d’offrir aux malades une mort véritablement digne de leur condition humaine, mais trop peu de mourants en bénéficient dès lors que ces soins sont, au mieux, méconnus, au pire délaissés car trop exigeants. Le personnel médical est mal formé à l’accompagnement de fin de vie, tiraillé entre l’interdit de donner la mort et l’obligation de soulager les souffrances. Soigner sans pouvoir guérir parfois pendant de longs mois demeure un vrai défi humain. Il nous paraissait urgent de connaître, comprendre, être à même de répondre de notre choix d’une culture de vie sans seulement s’opposer mais en proposant une approche plus juste de la fin de vie.

Nous publions donc dans un nouveau hors-série une enquête sur les soins palliatifs. De réflexions en témoignages, ces 64 pages veulent montrer comment on ne soigne pas la souffrance en supprimant le malade et comment la vulnérabilité et la dépendance ne sont pas moins dignes de l’homme que l’autonomie et la puissance. La réflexion y est organisée en trois volets qui veulent faire un état des lieux de la question de la mort et de la fin de vie, spécialement dans le cadre de la revendication de l’euthanasie avant de définir la nature des soins palliatifs et de livrer les témoignages de prêtres, personnels soignants et bénévoles confrontés à la fin de vie. Enfin, un argumentaire, une bibliographie et un annuaire de la fin de vie constituent autant d’outils précieux et de compléments à la réflexion.

Pour autant, de la mise en avant des dérives des pays ayant légalisé l’euthanasie et le suicide assisté à l’idée que ceux-ci n’impliquent pas la seule liberté du malade mais aussi celle du personnel soignant, nos arguments n’échappent pas à la question fondamentale de l’interdit d’attenter à ses propres jours. Au nom de quoi refuser à quelqu’un la liberté de se tuer ? Nous nous heurtons à une autre conception de la vie, de la liberté et de la dignité humaines… Nous mourrons tous, alors pourquoi refuser d’avancer l’échéance de la mort ?

Pourquoi n’avons-nous pas, comme les animaux, le droit de voir abréger nos souffrances ? La vie, que nous avons en partage avec le règne animal et végétal, aurait-elle plus de valeur que la liberté qui nous est propre ? Arguer que nous ne pouvons attenter à nos propres jours parce que notre vie est un don de Dieu est inaudible pour nos contemporains… et un peu facile, une manière de ne pas chercher comment, en raison, fonder cet interdit. Ces raisons ne sont sans doute pas évidentes et massives, à l’image de la fragilité, de la précarité même de la liberté humaine. Elle qui sert, paradoxalement, de fondement à la fois au droit au suicide assisté, qui serait l’une des expressions de cette liberté, et à l’interdit de mettre fin à ses propres jours en raison de la dignité de l’homme dont elle est constitutive. Le suicide a toujours existé, expression de l’usage radical que l’homme peut faire de sa liberté. On voudrait en faire un droit. Et qui dit droit dit aussi devoir. À qui incombera-t-il ? Y aurat- il un devoir d’assistance au suicide ? Devrons-nous cesser de réanimer les 150 000 personnes qui tentent de se suicider chaque année en France ? Enfin, au nom de quoi le suicide assisté serait-il réservé aux malades incurables ?

Assurément, c’est le caractère social de l’homme qui fonde cet interdit, la nécessité pour que dure la société que les individus ne mettent pas délibérément fin à leurs jours. L’impératif n’est pas catégorique à la manière de celui d’un Kant, il ne s’agit pas de dire que le suicide ne peut être universalisé sous peine d’une contradiction logique avec l’idée même de société. L’impératif touche à l’essence même de l’homme comme être de relation parce que la raison de vivre de l’individu ne lui est pas seulement intérieure. N’en déplaise à son amour-propre.

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