Hollande-Ayrault, itinéraires laïcards

Rédigé par Denis Sureau le dans Société

Hollande-Ayrault, itinéraires laïcards

  

Tous deux furent de jeunes catholiques, tous deux aujourd'hui sont des apostats. François Hollande et Jean-Marc Ayrault, les deux hommes forts du nouveau régime, ont troqué leur foi contre la laïcité.

Il y a dix ans, le journaliste Jean-Yves Boulic interrogeait seize hommes politiques, Ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas(Grasset, 280 p., 19,30 euros). Parmi eux, François Hollande. Le futur président contait comment ses parents, sans être pratiquants, l'envoyèrent dans une école tenue par les Frères des écoles chrétiennes. Première communion, confirmation, communion solennelle.« J'ai donc accompli toutes les étapes d'un jeune catholique pratiquant ».

Le journaliste posait la question : « Dans la ferveur ou l'ennui ? ».Hollande répondait :« Plutôt la ferveur, du moins jusqu'à l'entrée en seconde, et la foi jusqu'en terminale. Adolescent, j'ai servi la messe, chanté à la chorale, fait mes prières. »


L’engagement politique sera fatal : c’est la dégringolade progressive, de l’agnosticisme à l’athéisme, qu’il affirme aujourd’hui sans hésitation : « Oui, je suis arrivé à un point où ce qui s’impose, c’est plutôt la conviction que Dieu n’existe pas, que le contraire. J’ai été longtemps agnostique, désormais mes doutes se sont transformés en certitudes. » Il affirme : « Dieu a été, et reste encore, une facilité. » Il n’y a rien après la mort : « J’ai réglé la question de la mort quand j’ai réglé celle de la religion. » Le spirituel, ou ce qu’il en subsiste, prend la forme d’un « humanisme » banal : « Le collectif l’emporte sur l’individuel », « le sens de l’Histoire est orienté vers le progrès de l’humanité », « le seul culte à pratiquer doit être celui de l’humanité », « le seul Dieu que nous devons servir, c’est celui de l’émancipation de l’individu »… Il reproche à l’Église « l’organisation du clergé », les « règles décalées », « les contraintes qu’elle fait peser sur l’esprit de ses fidèles, jusqu’à aliéner la liberté individuelle. Je pense notamment à ses prises de position sur la liberté des mœurs ».

Il faut conserver cela à l’esprit pour comprendre l’un des tout premiers actes symboliques du quinquennat : l’hommage à un Jules Ferry qui voulait « organiser un univers sans roi et sans Dieu », par le moyen privilégié d’une école antichrétienne : « La République est perdue si l’État ne se débarrasse pas de l’Église, s’il ne désenténèbre pas les esprits du dogme ».

L’itinéraire de Jean-Marc Ayrault est proche et illustre le glissement de l’Ouest ­démocrate-chrétien vers le socialisme. Né de parents chrétiens MRP puis socialistes, il use ses culottes sur les bancs des écoles catholiques de Maulévrier ­(Maine-et-Loire) et joue de l’orgue à l’église tous les dimanches et lors de mariages. Son engagement politique se forge au sein des trois mouvements d’Église qui, à la fin des années soixante, absorbent de fortes doses de marxisme : le Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC) à Cholet, où il anime en mai 68 au lycée Colbert le très gauchiste Comité d’action lycéen, puis la Jeunesse ouvrière chrétienne (Joc) et l’Action ouvrière catholique à Nantes lors de ses études d’allemand. Il abandonne progressivement la foi, devient de son propre aveu « agnostique », intègre en 1972 l’aile marxiste du PS incarnée par l’ex-PCF Jean Poperen. Le jeune professeur est désormais un laïcard froid et déterminé.

Devenu maire de Saint-Herblain, il coupe les subventions à l’école catholique. Élu en 1989 à la mairie de Nantes, il interdit l’année suivante au pèlerinage du Tro Breizh d’entrer dans la cour du Château des ducs de Bretagne, sous prétexte qu’une procession religieuse n’aurait pas sa place dans l’espace public. À Pâques 2011, catholiques, protestants et orthodoxes avaient organisé depuis un an un rassemblement œcuménique d’une heure, place Royale, à Nantes. À la stupéfaction des Nantais, leur ­député-maire publiait un communiqué hostile : « L’instrumentalisation du fait religieux au plus haut niveau de l’État, à des fins politiques, ne peut que dégrader les conditions d’un vivre ensemble apaisé, tel que nous le connaissons dans notre ville. Dans ce contexte, j’invite chacun à mesurer la portée de toute manifestation à caractère religieux sur l’espace public, dans le respect de la liberté de conscience. » Il ajoutait : « Si des rassemblements festifs à caractère religieux sont organisés sur l’espace public, après autorisation de la préfecture, pour autant cet espace appartient à tous et n’a pas vocation à être utilisé pour la célébration des cultes. »

Mais cette laïcité est à géométrie variable : c’est le même Ayrault qui accorde une subvention de 400 000 euros pour rénover et agrandir un immeuble où se réunissent les francs-maçons du Grand Orient et de la Grande Loge de France, et qui permet la construction de trois mosquées sur des terrains cédés à un prix symbolique.

Hollande, Ayrault : une nouvelle étape s’ouvre dans l’histoire de la laïcardie française.

 


Ce billet est extrait du dernier numéro de L'Homme Nouveau que vous pouvez commander à nos bureaux (10 rue Rosenwald, 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77, au prix de 4 euros), ou télécharger directement sur ce site en cliquant sur le lien ci-dessous.

Recommander ce billet

Ajouter un commentaire

Après validation par l'Homme Nouveau, le commentaire sera mis en ligne sur le Blog.
Pour commenter cet article, veuillez remplir le formulaire suivant :

* Champs obligatoires

8 commentaires

Par Bruno ANEL, le

Je crois qu'en plaquant l'étiquette "laïcard" sur ces deux hommes politiques, on leur fait un procés d'intention par raisonnement idéologique. Hollande est laïc, mais ce n'est pas un militant de la laïcité. Ayrault a pu se montrer sectaire il y a 30 ans, il a mis beaucoup d'eau dans son vin depuis et l'évêque de Nantes ne se plaint pas de lui.Nous ne sommes plus sous la IIIème République: Hollande et Ayrault sont des hommes "normaux": comme beaucoup de Français, ce sont des baptisés devenus indifférents en matière religieuse: cela n'en fait pas des militants anti-religieux, comme Combes ou Viviani au début du XXème siècle. Ils ne sont pas trés différents de leurs prédécésseurs de droite: c'est Chirac, rappelons-le, qui s'est opposé à l'inscription des racines chrétiennes dans la constitution européenne.Et le président qui a le plus fait état de ses inquiétudes en matière religieuse etait François Mitterrand.

Par BS, le

Pauvre Job, votre commentaire prouve que vous êtes outré. Remettez-vous, cette médiocrité-là ne doit pas vous faire peur, car l'obstination obtuse de la vérité des faits est un peu comme un désinfectant : ça pique toujours là où ça fait mal !

Par Job, le

Scandaleux article de procès d'inquisition publique sur la foi de tel ou tel homme politique. Digne d'un autre âge et d'une médiocrité intellectuelle qui suffisent à discréditer leur auteur. Jugeons l'arbre à ses fruits, plutôt qu'à ses feuilles...

Par yves, le

en tant que chrétien nous n'avons pas à poser de jugements sur les personnes... on a par contre le devoir de poser un jugement sur les actes ou les intentions d'actes, ce qui n'empèche pas pour autant le respect et la misécorde. Ici, les intentions ont été clairement exprimées par le nouveau président et un des leimotiv de mr Ayrault est qu'il tiendra les engagements de M Hollandes, il est de notre devoir de les dénoncer quand elles nous semblent contraire au bien commun et à la culture de la vie....

Par Bruno ANEL, le

Il convient de juger les hommes politiques en fonction de leurs actes et non de nos pré-supposés idéologiques. La venue de Vincent Peillon au congrès des APEL et ses propos apaisants sont plutôt de bon augure.

Par roussel, le

Il faut certes éviter toute paranoïa...mais l'article de Denis Sureau apporte des éléments essentiels , matière à bien des réflexions sur le passé de l'église de France, école catholique, mouvements, grosse influence du marxisme etc..,réduction de la foi catholique à un humanisme social, aboutissant logiquement à un athéisme qui en soi est parfaitement respectable..sauf icila régression vers un évident et profond sectarisme "laïcard" qui ne présage rien de bon.Elargissons le débat : L'église, la doctrine sociale de l'église a brillé par sa grande absence, lors de ces importants débats de l'élection présidentielle : église silencieuse, tétanisée par ses conflits internes, ses groupes de pression, les orientations dominantes de son clergé, des laïcs-clercs d'église, de ses "mouvements" etc....Certes les évêques ont donné trois mois avant, quelques justes repêres, sans oser , sauf deux d'entre eux, aller jusqu'au bout de la cohérence qu'ils impliquent, selon la hiérarchie des problèmes et de leurs enjeux...Et les catholiques votent alors comme les français...c'est en gros ce que confirment les sondages ! Et maintenant, comme disait Bossuet : "Le ciel se rit des prières qu'on lui fait pour éloigner de nous des maux, dont on persiste à vouloir les causes"...nous allons récolter ce que nous avons semé !On est stupéfié d'entendre et de lire dans les médias cathos...que les cathos de gauche s'intéréssent prioritairement aux étrangers, et ceux de droite à l'embryon....comme s'il ne s'agissait pas d'un seul et même problème....avec la différence que ce n'est pas tout à fait la même chose de renvoyer au néant, à la mort, cet étranger, le plus petit d'entre les miens, l'embryon, vie humaine, jeté 220.000 par an en France, en quelques "hospitalières" poubelles, et de renvoyer des Roms en Roumanie, par avion, avec 300 euros....Mais les Roms mobilisent des "cercles de silence" de gauche bien sûr, sur leurs conditions en centre de détention... en référence aux martyrs de la dictature militaire d'Argentine : faut le faire !Bref...que les catholiques de gauche comme de droite en France ,clercs ou laïcs, commencent par mettre leur foi et toute leur foi, au fondement et principe de leur présence à la Cité....plutôt que de transférer en église, la priorité de leurs idéologies et passions politiciennes ! Et là.... tout est à faire.... JCRoussel/

Par Bruno ANEL, le

Avoir en France un président athée n'est nullement une nouveauté: citons pour mémoire Vincent Auriol. Pour autant que l'on sache, Valery Giscard d'Estaing ou Jacques Chirac n'ont pas été de grands défenseurs des valeurs chrétiennes. L'itinéraire de Hollande et Ayrault est celui de millions de Français: inutile de faire de la paranoïa à ce sujet.

Par Melmiesse, le

puisque l'école catholique forme des athées à quoi sert l'école publique? inutile?( c'est désolant pour l'école libre mais l'école d'état ne forme-t-elle pas des citoyens qui n'ont rien à défendre rien à aimer qu'eux-mêmes)

HS numérique