États-Unis : Les Cristeros à l’affiche

Rédigé par De notre correspondante aux États-Unis, Armelle SIgnargout le dans Culture

États-Unis : Les Cristeros à l’affiche

 

Un président athée déterminé à asphyxier l'Église. En face, de fervents catholiques prêts à mourir pour défendre leur foi, leur famille, leur liberté. For Greater Glory, qui décrit l'épopée des Cristeros mexicains (1926-1929), a envahi les écrans américains ce 1er juin. Un coup de clairon.

 


Ils sont morts en criant « Viva Cristo Rey ! ». Trente-neuf d’entre eux, dont le père Miguel Pro, ont été béatifiés ou canonisés par Jean-Paul II ou Benoît XVI. Leur héroïsme, qui rappelle celui des Vendéens en 1793, a de quoi inspirer beaucoup d’âmes confrontées aujourd’hui dans de nombreux pays à ce choix décisif : renier sa foi ou obéir à Dieu. En mars dernier, le Saint-Père célébra la messe à Leon, au Mexique, au pied d’une immense statue du Christ-Roi. Mais le 1er juillet prochain, malgré l’annulation récente par le Sénat mexicain des lois anticléricales de 1917, l’élection présidentielle risque fort de rétablir au pouvoir le parti révolutionnaire qui imposa la longue persécution anticatholique. Le film avait pris du retard… Maintenant, il tombe à pic.

La concordance chronologique entre cette nouvelle menace, le bras de fer qui oppose aux États-Unis Obama à l’Église (cf. L’H.N. nos 1514 et 1515) et la sortie de son œuvre n’a pas échappé au producteur Pablo Jose Barroso. « C’est un signe du Ciel », estime ce promoteur immobilier fixé à Mexico. Il lui a fallu plus de trois ans pour monter ce projet de 25 millions de dollars – budget modeste pour Hollywood mais énorme au sud du Rio Grande – et faire revivre cette histoire dont trois Mexicains sur quatre ignorent tout. Pas un mot sur les Cristeros dans les écoles publiques de son pays natal, constate Eduardo Verástegui, qui joue le rôle de l’un des martyrs, l’avocat pacifiste Anacleto Flores. « J’espère, confie cet acteur révélé en 2006 par le film pro-vie Bella, qu’après avoir vu ce film, les gens seront inspirés, qu’ils auront envie d’aimer davantage, de pardonner, de se sacrifier. »

Les Cristeros ? Un tabou tenace. Très peu de Mexicains savent qu’en 1934, dans leur pays, le nombre de prêtres officiels dégringola à… 334, pour 15 millions de catholiques. Et que les clercs fidèles à leur vocation furent contraints à l’exil ou à l’errance clandestine avant d’être emprisonnés ou exécutés sur ordre du président franc-maçon Plutarco Calles. Le tabou est en train de sauter, le passé revient au galop : depuis le 20 avril dernier, sous le titre Cristiada, le film fait salle comble au Mexique.

L’un des jeunes martyrs, José Luis Sanchez del Rio, gamin d’une vaillance inouïe, tendu vers son désir du Ciel malgré les pires tortures, est incarné dans le film par l’acteur mexicain Mauricio Kuri, 14 ans, qui brille dans ce rôle-clé. « Il voulait donner sa vie pour le Christ », explique Mauricio, notant avec reconnaissance que la messe fut célébrée chaque jour lors du tournage. « Je voudrais faire la même chose. » La relation filiale de José avec le général à la retraite Enrique Gorostieta, un agnostique remis en selle, littéralement, par l’injustice de la situation, éclaire de façon poignante cet épique long métrage fondé sur les travaux de l’historien français Jean Meyer (1).

Toute l’équipe du film est d’origine mexicaine, à l’exception du réalisateur novice Dean Wright, maître des effets spéciaux qui a perfectionné son art sur les plateaux de Titanic, des Chroniques de Narnia et du Seigneur des Anneaux. À l’exception aussi du compositeur James Horner (Braveheart). Et de quelques acteurs dont Peter O’Toole qui, pour l’occasion, porte le col romain. La vedette féminine, Eva Longoria, est née à Corpus Christi, au Texas, de parents mexicains. Quant à Andy Garcia, qui joue l’ex-général recruté par les Cristeros pour mener leurs troupes au combat, il est originaire de Cuba. Lui non plus n’avait jamais entendu parler de cette prise d’armes contre une révolution impitoyable qui priva brutalement la population des sept sacrements. Pourtant, le scénario l’a tout de suite attiré. Par goût de l’aventure : tourner à cheval, dans les vastes plaines – comment ne pas songer aux grands films de John Ford ou de David Lean ? Mais aussi en raison de son histoire personnelle : né à La Havane, il quitta Cuba à l’âge de 5 ans avec sa famille qui trouva refuge en Floride en 1961. « Je viens d’un pays où les droits les plus élémentaires ont été arrachés aux citoyens par le régime de Castro – et où cela n’est pas fini… Ici, nous avons le droit de former des organisations, de critiquer. Nous nous sommes battus pour ces droits. Nous devons les chérir et les protéger. La liberté a un prix, rappelle Andy Garcia. La liberté ne va jamais de soi. »

For Greater Glory est destiné à toucher non seulement les catholiques, non seulement les chrétiens, mais tous les hommes de bonne volonté. Il montre ce qui peut se passer quand des gens ordinaires, confrontés au mal, décident de risquer leur vie pour Dieu, leur famille et leur patrie. Les Cristeros ne sont pas morts. Les reliques de six prêtres-martyrs ont entamé fin avril à Houston une tournée de six villes de l’ouest, dont Los Angeles. Mgr José Gomez, son archevêque, né au Mexique, qui accueillera ces reliques dans sa cathédrale, espère que le film encouragera beaucoup de spectateurs à se battre pour l’Égli­se.

 

1.

    

1. Co-auteur avec Reynald Secher de La Vendée-Vengé, Perrin, 360 p., 23,50 e.

 

Pour mieux comprendre leur histoire, lisez l’ouvrage d’Hugues Kéraly disponible aux éditions de L’Homme Nouveau (cf. le lien ci-dessous)

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2 commentaires

Par ROUX Marie-Caroline, le

Bonjour,
J'ai visionné la bande annonce de "Cristeros".
Deux types de résistances y sont montrées, l'une Christique, don de soi sans violence et donc chrétienne et l'autre armée et violente jusqu'au meurtre prémédité. Dans ce montage promotionnel, une large place est faite à la résistance armée, violente et meurtrière. Elle semble justifiée par la cause : la défense de la foi catholique face à un pouvoir oppresseur.
Or pour un chrétien, quelque soit la fin, elle ne justifie jamais les moyens. Les chrétiens, les catholiques ont obligation d'user de moyens évangéliques pour solutionner les difficultés qu'ils rencontrent : la prière, la résistance pacifique, le dialogue, la justice ; l'Eglise le rappelle.
La force et la violence armée ne sont pas de ceux là.
J'avoue rester dubitative face au message que diffuse ce film : certaines actions violences qui prennent des vies seraient justifiables sous prétexte ... du Christ ... Ainsi voyons nous des hommes armes à la main qui en assassinent d'autres ... avec autour du cou la croix de Celui qui a donné sa vie pour TOUS et n'en a pris aucune.

Que certains, dans l'histoire du christianisme, aient pensé qu'il fallait en venir à la violence armée, nous le constatons et nous savons aussi que ce ne sont pas toujours les heures les plus glorieuses du christianisme et de la catholicité. Cependant le recul historique à la lumière de l'Evangile nous permet de comprendre aujourd'hui que l'on ne sert pas la paix en faisant la guerre. C'est ce que rappelait encore tout récemment le Pape François à propos de la Syrie.
Si ce film donne à penser que l'action armée mené par les Cristeros est héroïque, je crois qu'il est prudent de ne pas en faire la promotion. Cette prudence est d'autant plus nécessaire par les temps qui court en France où certains, comparables aux zélotes du temps du Christ, voudraient en venir à la force, à une certaine violence verbale et parfois à une violence plus concrète contre ceux qui s'opposent à la foi catholique. Laisser croire que de tels agissements servent le dessein d'amour de Dieu est trompeur. Cela ne peut que nuire au message du Christ.
Le véritable combat est le combat spirituel, le combat contre soi-même, contre l'esprit du monde, contre le prince du monde, satan. Ce combat est autrement plus compliqué que de désigner un ennemi extérieur humain et de le tuer au nom du Christ ce qui est absolument contraire à ce qu'Il nous demande : "Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous maltraitent et qu vous persécutent." (Mat 5, 44)
Saint Paul quant à lui précise les choses dans sa lettre aux Ephésiens:
"Car ce n'est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, mais contre les Principautés, contre les Puissances, contre les Régisseurs de ce monde de ténèbres, contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C'est pour cela qu'il vous faut endosser l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais vous puissiez résister et, après avoir tout mis en oeuvre, rester fermes. Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l'Evangile de la paix; ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du mauvais; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l'Esprit, c'est à dire la Parole de Dieu. (...)"
Propager l'Evangile de la paix en faisant la guerre ???

Ainsi, il me semble prudent de ne pas laisser entendre que l'action armée, des Cristeros ou d'autres, est un choix acceptable pour un chrétien. C'est le choix que pourrait faire n'importe qui, chrétien ou pas. Or, Jésus ne cesse de nous le rappeler, être chrétien c'est faire toujours mieux, en terme d'amour du prochain, que ceux qui ne connaissent pas le Christ; c'est aller toujours plus loin dans le don de soi; c'est aimer ses ennemis, tendre l'autre joue, bref se configurer au Christ qui n'a pris la vie d'aucun de ses ennemis pour sauver la sienne.

Ne nous trompons pas de combat, ne nous trompons pas d'ennemi. Le diviseur, prince du mensonge, se réjouit toujours lorsque des hommes se détruisent entre eux et il jubile plus encore quand ils le font au nom de Dieu, car alors c'est Dieu lui-même qui est défiguré aux yeux de ceux qui le cherchent et ne le reconnaissent plus à cause de ces croyants qui justifient la violence par son Nom.

Enfin, user de la violence n'est-ce pas oublier la puissance de Dieu, cette puissance d'amour qui peut renverser les situations les plus compromises grâce à l'engagement non violent des enfants de Dieu.
Plus modestement que certains martyrs, les manifestants des "Manifs pour tous" ont été exemplaires en cela, tout comme le sont "Les Veilleurs" et tous ceux qui résistent en témoignant, par leur vie, qu'ils sont configurés au Christ.

Christ est ressuscité !

M.C. ROUX



Par Herren, le

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