Un acte médical assumé

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Éthique et tac

Un acte médical assumé

« Un acte médical assumé ». Jolie périphrase de François Hollande en visite le 17 juillet au centre de soins palliatifs Notre-Dame-du-Lac de Rueil-Malmaison, concluant au terme de deux heures en compagnie des soignants, des malades et de leur famille, qu'il était sans doute temps « d'aller plus loin dans des cas exceptionnels, quand la douleur est irréversible et appelle un acte médical assumé ». Une manière diplomatique et rusée de relancer le débat sur la fin de vie. Un débat qui « doit être noble et digne », a-t-il ajouté. Heureuse nouvelle ! La réflexion sera menée par le Professeur Didier Sicard, président d'honneur du Comité National Consultatif d'Éthique, qui a au moins le mérite d'inquiéter l'ADMD pour ses convictions « proche de la morale catholique ».

Si le président de la République doit tenir une de ses promesses de campagnes, ce sera certainement celle de l'euthanasie et il s'y prend bien. Il n'a pas fait de visite officielle au docteur Bonnemaison (condamné pour plusieurs actes d'euthanasie), ni même à l'ADMD. Il s'est rendu dans un centre de soins palliatifs, l'antithèse même de l'acharnement thérapeutique en même temps que de l'euthanasie. Qui serait assez fou aujourd'hui pour remettre en cause la mise en œuvre croissante – quoique toujours insuffisante – des soins palliatifs ? Qui ne saluerait pas l'immense travail humain et médical accompli chaque jour au chevet des mourants ?


Mais voilà, l’accompagnement jusqu’à la mort naturelle, qui paraissait être dû à chaque homme en raison de son humanité même, est insidieusement présenté aujourd’hui comme un droit que chacun est libre de réclamer. Ou non. Lassé, ou peut-être effrayé, du combat frontal entre culture de vie et culture de mort dans lequel il n’était pas toujours certain d’être vainqueur, le monde moderne voudrait donner l’illusion qu’elles ne sont plus deux paradigmes qui s’affrontent mais une alternative amorale. Bénéficier des soins palliatifs serait un droit au même titre que recevoir ou s’administrer soi-même une injection létale. Le monde moderne feint de ne plus fouler au pied le respect de la vie pour octroyer le droit à donner la mort, il voudrait que tout fût permis. Surtout de tuer. Spécialement ceux qui coûtent cher sans plus consommer. Ceux qui, en somme, sont un grain de sable dans les rouages de l’économie libérale puisqu’ils coûtent sans consommer ni produire.


Viendra peut-être un temps où ceux qui auront choisi de vivre leur vie jusqu’à son terme naturel, parce qu’ils assumeront leur dépendance envers le corps médical et leurs proches et parce qu’ils assumeront de « coûter cher » à la société malgré le discours moralisateur et culpabilisant dont on nous assomme déjà, seront des héros grands et forts de leur petitesse et de leur faiblesse. Leur vulnérabilité n’est qu’un appel lancé chaque minute de leur existence pour rappeler à la société qu’il n’y a de vraie richesse que d’homme.

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1 commentaire

Par ROUSSEL, le

M.Hollande est habile.Il ne peut rien faire de significatif sur le plan économique....car le réel résiste et dissout jour après jour ses silences, dénégations et mensonges. Reste alors le terrain des droits...des vraies et fausses libertés pour donner satisfaction aux idéologies qui le portent et dominent le peu de vie intellectuelle de cette société française aujourd'hui.La seule et unique force de résistance devrait être l'église catholique. Mais on la sait ici très divisée, et même elle aussi dominée par les idéologies ci dessus !Ainsi un bon tiers des catholiques pratiquants ont voté F.Hollande....et combien des prêtres , de responsables laïcs et même d'évêques , dans la confusion mentale des priorités, dans la peur de ne pas être assez "de progrès", en phase avec notre monde et notre temps ? Alors "le ciel se rit des prières qu'on lui fait pour éloigner de nous des maux dont on persiste à vouloir les causes". Le combat est perdu d'avance, faute de courage et de détermination.Les médias sauront émouvoir avec quelques cas tragiques, qui serviront de cheval de Troie, pour justifier une loi, qui sera ensuite largement dépassée, étendue, "normalisée"....comme ce fut le cas avec la loi Veil. Les cas les plus tragiques appellent le silence, la prière et la mansuétude des tribunaux , ils ne devraient pas être instrumentalisés pour justifier et entrainer le droit de donner la mort à l'embryon,comme au viellard. Et la peur d'être réac, ou de défiler aux côtés de quelques catholiques vite dénoncés comme intégristes, paralysera l'église, sans compter comme pour la loi Veil, le "jm'enfoutisme" profond ici de maints chrétiens, prêtres et évêques. Seuls deux évêques eurent le courage d'oser parler de "non négociable" sur ces sujets. Il faut se souvenir ici de la radicale solitude de Jean Paul II allant prier sur la tombe de son ami Jerôme Lejeune, à l'occasion d'un voyage en France....C'est le même processus, celui de l'interruption des vies gênantes...par des gens qui ne cessent par ailleurs de nous donner des leçons de morale, ou d'annoncer des commissions de morale. La France "normale-à la Hollande" est bien malade, ses maux s'appellent l'orgueil, la lâcheté et surtout le mensonge.C'est aussi par ailleurs tout le drame de la "vieille Europe".

Encart HS 17