Quand le philosophe parle du mariage gay

Rédigé par Adélaïde Pouchol le dans Éthique et tac

Quand le philosophe parle du mariage gay

Thibaud Collin, agrégé de Philosophie et professeur en classes préparatoires ainsi qu'à l'Institut de Philosophie Comparée, vient de publier un essai incisif sur le mariage homosexuel. Quand certains agacent par la violence de leurs jugements sur l'homosexualité, Thibaud Collin gêne plutôt par la pertinence de ses questions. Il est de ceux qui mettent le doigt là où ça fait mal, qui questionnent, encore et toujours, les fondements du politique jusqu'à trouver la contradiction, l'erreur et parfois le mensonge…


 

 

Anthropologie, connaissance de l'homme et de la nature fondaient habituellement le réquisitoire des tenants du mariage. Soit, quoique ce soit un pléonasme, du mariage hétérosexuel. Pourtant, c'est un tout autre paradigme qu'engendre la société des droits de l'homme et de la lutte contre les discriminations. L'homme des droits de l'homme n'a plus rien à voir avec celui de l'anthropologie chrétienne, le débat se fait dialogue de sourds. Sa nature n'est plus donnée mais construite et l'anthropologie comme science n'a plus lieu d'être sinon pour dire de l'homme qu'il est sa liberté, un point c'est tout. « C'est un peu court, jeune homme ! » Soit, mais nous sommes dans l'aire du tout politique, et c'est à ce niveau que le philosophe Thibaud Collin envisage la question.


Celle-ci n’est donc pas tant de savoir si le mariage homosexuel et le droit à l’adoption qui en découlent sont bons mais s’ils sont justes. Quoique in fine, bien et juste se confondent, du moins dans une compréhension classique du bien et du vrai. L’analyse est fine, précise, poussée. Thibaud Collin traite le problème avec une acuité toute particulière en intégrant l’homosexualité dans une réflexion plus large sur le fondement même du droit et du rôle de l’Etat.

En somme, il préfère user de la démocratie plutôt que de se laisser abuser par elle, profitant de ce que ledit régime est censé être porté par la libre expression de l’individu. Aussi se permet-il de questionner le politique et de mettre en cause un Etat qui s’apprête à bouleverser l’une des valeurs fondamentales de la société. Peut-il, en justice, être le tiers qui donne aux couples homosexuels la parentalité, faute de parenté ? Peut-il, en justice, être le tiers qui fait de l’enfant le fruit d’un projet parental, une œuvre d’art en quelque sorte ? Peut-il, en justice, priver certains enfants d’une filiation bisexuée ? Que recouvre au juste la notion de discrimination et sur quoi se fondent les droits de l’homme si l’homme en question n’est plus qu’un être fluctuant ? Enfin, jusqu’où l’Etat osera-t-il aller ?

A lire d’urgence.


 

Les lendemains du mariage gay, Thibault Collin, Salvator, 128 p., 15€.


 

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