Face au système, vivre dans la vérité

Rédigé par Philippe Maxence le dans Société

Face au système, vivre dans la vérité

Le sujet occupe tous les esprits. La révolution morale et anthropologique que prépare le gouvernement socialiste avec l'instauration d'un mariage ouvert aux personnes homosexuelles, constitue le vrai débat de fond de ce début de mandat socialiste. Enfin, « débat » ! Tout dépend de ce qu'on entend par là. Fidèle à une certaine pratique de la Ve République, l'actuel gouvernement, fort de sa majorité absolue à l'Assemblée nationale et au Sénat (sans parler des régions), semble considérer le Parlement comme une simple institution d'enregistrement. Même dans ces enceintes, que l'on fait vénérer aux jeunes collégiens et lycéens comme les temples du débat démocratique, l'échange contradictoire semble avoir disparu. La discipline du parti l'emporte sur le devoir d'agir selon sa conscience. Certes, contre cette transformation radicale de l'institution du mariage la grogne monte, même dans les rangs de la gauche. Une grogne réelle, mais qui au final risque bien de servir de prétexte pour laisser croire que le… débat politique est possible dans notre pays, alors même que les décisions sont déjà prises. Faisant fi de toute prise en compte des arguments de l'opposition, et ce jusque dans son propre camp, le porte-parole du gouvernement en personne, Najat Vallaud-Belkacem, l'a en quelque sorte avoué en annonçant ingénument que le premier « mariage » gay aurait lieu à Montpellier, une fois la loi votée. Refermant le monde clos de son mensonge, le système entend, donc, siffler la fin de la partie à temps pour promouvoir cette suite logique des lois sur le divorce, la contraception et l'avortement.


Suite logique ? Sur RTL, le 24 septembre dernier, Clémentine Autain a eu le mérite d’exposer clairement cette filiation :

« Je pense en effet que cette ouverture bouscule l’ordre symbolique des sexes, c’est la vérité. Et s’il y a le débat sur l’adoption qui arrive juste derrière, c’est précisément parce qu’on va changer les rôles sociaux. La parentalité, c’est plus Papa, c’est plus Maman, ça a totalement à voir avec les fondements de ce qu’est une société patriarcale ; ils sont en train d’être profondément battus en brèche. C’est la réalité et donc on est devant un nouveau fait qui est qu’on va créer des parents sociaux. Je me fous totalement de la nature, de l’état de nature ! Si je me fiais à l’état de nature, je n’aurai pas de rapports sexuels qui ne conduisent pas à de la procréation. Je suis contente d’avoir la pilule et l’avortement qui me permettent de ne pas prendre de risque. La nature me dirait que dans le rapport sexuel je dois prendre le risque de la grossesse et bien mon état social fait que j’ai envie de me battre contre ça ! ».

Est-ce à dire que les jeux sont faits et qu’il convient de rentrer sous sa tente, sans même tenter la moindre opposition, sans apporter le moindre argument, sans proposer la moindre parade ? Recevant un groupe d’évêques français en visite ad limina, le pape Benoît XVI les a invités, au contraire, à défendre la famille, en posant le juste diagnostic de l’enjeu en cours : « La famille “est le fondement de la vie sociale”. Celle-ci est menacée en bien des endroits, par suite d’une conception de la nature humaine qui s’avère défectueuse. » (cf. p. 30 de ce numéro). Cette invitation nous devons la faire nôtre et devenir le grain de sable qui peut éventuellement enrayer la machine du système en place.

Celui-ci démontre, en effet, une fois de plus qu’il est fondé sur le mensonge. Tout à fait cohérent avec lui-même, il s’incarne bien au-delà du pouvoir politique qui agirait de l’extérieur sur la population. Une même idéologie traverse l’ensemble des élites, des médias, des faiseurs d’opinion, des professeurs, des écrivains et des grands cadres de l’industrie. Il existe certes des exceptions, tolérées jusqu’à un certain point, jusqu’au moment précis où leur parole, souvent laissée libre à titre de prétexte démocratique, doit se taire devant la doxa en place.

Il est vrai que dans ce contexte d’une démocratie totalitaire, nous ne sommes que des « sans-pouvoirs ». Ce terme fut justement utilisé dans un texte fondateur, écrit en octobre 1978, par Vaclav Havel, futur Président tchèque, alors dissident et porte-parole de la Charte 77. Il montrait dans cet essai dense qu’il existait bien un « pouvoir des sans-pouvoirs » et qu’il s’agissait de vivre dans la vérité alors que la société post-totalitaire, caractérisée, entre autres, par la rencontre du totalitarisme et de la société de consommation, était fondée sur le mensonge. « Si l’Occident ne tire pas les leçons de notre expérience qui nous a montré où mène l’orgueil de l’homme, déclarait Havel, il lui en coûtera cher. »

Sans nous comparer aux dissidents de l’ancien bloc de l’Est, il est certain que nous devons aujourd’hui, plus que jamais, pratiquer ce « pouvoir des sans-pouvoirs ». Jusqu’au bout, ne transigeons pas avec la vérité ! N’est-ce pas ce que nous rappelle constamment, depuis Rome, celui qui, détenteur d’une simple autorité morale et religieuse, incarne aujourd’hui à l’échelle universelle, ce pouvoir des sans-pouvoirs ?

Ce billet est extrait du dernier numéro de L'Homme Nouveau que vous pouvez commander à nos bureaux (10 rue Rosenwald, 75015 Paris. Tél. : 01 53 68 99 77, au prix de 4 euros), ou télécharger directement sur ce site en cliquant sur le lien ci-dessous.

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2 commentaires

Par pmlg, le

"Naja Vallaud-Belkacem " : jolie coquille (involontaire ?) mais bien dans le ton de perfidie de ceux qui nous gouvernent. Montpellier ? J'en connais un qui va frétiller d'aise dans sa tombe ! Continuez de surfer sur la vague de l'humour ... Faîtes l'humour pas la guerre !

Par roussel, le

Le propos de Ph.Maxence nous met effectivement au coeur du débat, qui est par ailleurs tout le problème de la modernité , de son "hubris" technique, ou de la folie de la liberté sartrienne en ses premières expressions."Je suis maître de moi comme de l'univers" nous dit Corneille par la bouche d'Auguste, en Cinna. C'est ce que dit plus modestement au niveau qui est le sien, Mme Autain avec "la nature, je n'en ai rien à faire" , et de jusqu'à la nature même de l'homme ,lequel n'est plus alors que fantasme d'une "liberté" totale, pure et vide ....Le meilleur des mondes de Mme Autain correspond à une sorte de "fabrique" technique et industrielle des enfants, où les parents ne seront plus qu'acheteurs-adoptifs-socialement reconnus de produits à leur convenance On en aura alors enfin fini avec le corps, la nature et ses lois, la maternité "naturelle", l'accouchement, la naissance etc...La filiation se fera par preuve d'achat !C'est le discours des féministes revendiquant la maitrise et possession de leur corps , dans le refus des conséquences "naturelles" de leur activité "physique", à savoir le droit d'aller jusqu'à la mise à mort du corps de l'autre que la nature ose parfois leur imposer contre l'absolu de leur désir. "Un enfant...si je veux, quand je veux, et comme je veux..." C'est le discours du droit à l'avortement "dépénalisé" par Mme Veil! C'est aussi le discours du "droit au suicide" que ce soit par le cannabis dépénalisé , ou par l'euthanasie. Une "culture" sans nature ,ni Dieu : "J'étais seul, et seul j'ai inventé le Bien et inventé le Mal" Goetz dans "Le diable et le Bon Dieu" Sartre.On touche ici à la logique profonde de la modernité qu'avait parfaitement entrevue Descartes et qu'affronte Pascal.Les premiers à bondir ici, devraient être les écologistes... mais leurs arrive-t-il de "penser" avec quelque cohérence ? C'est l'honneur de l'église catholique (du Syllabus à Vatican II) que d'avoir été finalement, même parfois maladroitement, la seule force de résistance et de sagesse face à cet "hubris" de l'orgueil et autosuffisance moderne, qui porte en lui la violence, car il nous ramène inévitablement.... à l'état de nature, c'est à dire au rapport de forces : une "culture" qui par ses prtentions est la négation même de toute culture ! La seule justification de l'avortement est évidemment la loi du plus fort.... que pèse l'embryon face à la force "naturelle" de sa mère , soutenue par une société, et la violence technique de sa médecine ?Reste la question : que faire ? la stratégie efficace ?L'enjeu était suffisamment grave pour que les évêques français aient le courage d'appeler les catholiques à refuser de voter "à gauche". Ils ne l'ont pas fait....et au final, l'élection de M.Hollande est bien le fruit décisif du vote de nombre de catholiques, à commencer par la hiérarchie à divers niveaux ! Alors....?Quel Pape, en cet anniversaire de Vatican II, avait osé écrire : "Entre le communisme et le christianisme le Pape rappelle que l'opposition est radicale.Il ajoute qu'on ne peut admettre en aucune manière que les catholiques donnent leur adhésion au socialisme modéré; soit parce qu'il est une conception de la vie close sur le temporel, dans laquelle le bien être est considéré comme objectif suprême de la société; soit parce qu'il poursuit une organisation sociale de la vie commune au seul niveau de la production, au grand préjudice de la liberté humaine; soit parce qu'en lui fait défaut tout principe de véritable autorité sociale"....Qu'en pense aujourd'hui la bonne moitié de l'église de France ?Dans les célébrations auourd'hui de Vatican II, quelle place est faire aujourd'hui à cette essentielle réflexion quant au rapport au "monde" de ce temps, quant à la vérité de la "liberté religieuse" ?

Encart HS 17